Autisme·HP·Psychophobie

Les cancres et les intellos

[Cet article a été écrit en février 2016. Maintenant, on est en octobre 2017. Entre temps, j’ai pris conscience que je suis HP, moi aussi. A l’époque, j’étais dans le déni total par rapport à ça. Notamment, je pensais que je n’étais « pas assez intelligent », « pas un génie » donc « je peux pas être HP ». Et je percevais les personnes HP comme forcément plus intelligentes que moi, plus cultivées, réussissant mieux leurs études et leurs carrières, plus intégrées socialement… 

Depuis, j’ai compris que être HP ne veut pas dire « être plus intelligent » ni « avoir des facilités partout » mais que c’est beaucoup plus complexe. Et que le mot est trompeur. Bref. Cela explique certains passages.]. 

Bon, une fois n’est pas coutume, cet article-là, je l’écris surtout avec mes tripes (et en le démarrant je ne sais pas exactement où je vais avec). D’ailleurs ça introduit bien le sujet.

D’habitude justement, je rédige mes articles un peu comme des dissertations. Avec un plan (construit à partir d’une liste d’idées) dans la tête, des parties, des sous-partes, des transitions, une intro, une conclusion. J’ai l’habitude d’écrire et de parler un peu comme dans les livres. 

D’ailleurs, j’ai souvent été considéré comme un intello, dans ma scolarité. Déjà, au primaire, ma grande passion de l’époque était la lecture (bon, depuis j’aime toujours ça mais c’est moins central). En particulier sur l’histoire, la géopolitique, la mythologie… Au collège et au lycée, c’était toujours le cas. D’autant que j’étais dans la minorité d’élèves qui ne foutaient jamais la merde en classe, quasi-irréprochable pour les profs, et plutôt investi dans les cours de français, d’histoire, et de philo. En plus au collège j’avais pris l’option latin. J’étais aussi l’enfant/préado qui participait naturellement aux conversations d’adultes même sur des sujets un peu pointus.

Pour couronner le tout, mes parents se sont demandés si je n’étais pas « précoce », « surdoué » , et à un moment, on m’a fait passer un test dans un centre psy (dont nous n’avons jamais eu le résultat d’ailleurs). Et les gens qui me rencontraient croyais tous que j’étais un « bourge » (spoiler : pas du tout), parce que dans leur tête, « intello » = « prétentieux » = « bourge ». 

Évidemment, le côté « intello » n’aide pas pour éviter le harcèlement, la mise à l’écart et l’effet plante verte. Sauf pour devenir la bonne poire des tricheurs, ça va de soi.

Et pourtant, au collège comme au lycée, je ne faisais pas réellement partie des bons élèves. Les « vrais bons », celleux qui ont 15, 16, 17, 18. Il faut dire que je ramais pas mal en langues, dans les matières scientifiques et qu’en sport, j’étais une catastrophe ambulante. En grande partie à cause du fait d’être autiste et aussi (voire surtout) du fait que l’enseignement soit avant tout fait par des neurotypiques, pour des neurotypiques. Bon, c’est plus compliqué que ça, j’en ferais sûrement un ou plusieurs articles aussi, mais ce n’est pas le sujet tout de suite.

Bref, au collège, il y avait le groupe « bons élèves » (en gros, les blancs de classe moyenne, neurotypiques, à l’aise avec les profs et l’école, à qui on pardonnait toutes les petites transgressions), le groupe « cancres » (en gros les noirs, les arabes, et quelques blancs prolos, qui étaient neurotypiques aussi et avaient des relations tendues avec les profs). Et moi, pile au milieu, qui ne rentrait dans aucun. Et qui ai été harcelé des deux côtés, d’ailleurs.

Les premiers ont fini dans des lycées d’élite, les seconds en professionnel, et moi dans un lycée général moyen.

Une fois au lycée, c’était différent, il n’y avait globalement que des gens blanc.he.s et de classe moyenne, comme moi d’ailleurs (ça c’est pour poser le décor). Je suis allé en S, première erreur. Parce que on nous avait martelé que la S c’était « les classes des meilleurs » et blablabla, et j’ai voulu me prouver que moi aussi je pouvais (je commençais justement à complexer sur mon intelligence à l’époque). J’avais dit à mes parents « je veux aller en S parce que c’est un choix stratégique, ça ouvre plus de portes ». Mais la vraie raison c’était me rassurer sur mon intelligence. 

C’était une erreur, parce que j’ai (évidemment) continué à ramer dans les matières scientifiques. Sauf la SVT où ça allait pas trop mal (mais justement, en SVT on nous demandait beaucoup de rédaction, c’était presque littéraire comme exercice dans la forme). Bon, j’ai toujours maintenu un niveau correct (en ramant) mais tout juste.

Donc bon, évidemment, ça n’a pas arrangé mon malaise par rapport aux autres élèves (en majorité) qui souvent avaient des cours particuliers dans les matières scientifiques, plus de facilités en sciences (et en sport), des meilleurs résultats, et qui avaient déjà le projet de devenir ingénieur, médecin, pharmacien ou d’aller en école de commerce… pour avoir des bons salaires.

Moi, déjà, je savais que ça allait être particulièrement la merde pour moi au niveau des études et du milieu du travail. Je n’avais jamais entendu le mot « autisme » ou « handicap » pour moi, mais malgré tout, j’étais conscient que ça n’allait pas le faire. 

De plus, je n’étais pas du tout dans la même démarche que mes camarades NT. Moi, j’ai toujours eu besoin de m’intéresser aux choses réellement et profondément pour les assimiler, donc en gros, soit ça m’intéresse et ça marche bien, soit ça marche pas. Pas réellement de demi-mesure. 

Eux, ils ne s’intéressaient aux choses que superficiellement, mais se forçaient sans trop de problèmes. Pour leur image auprès des parents, des autres élèves et des profs, leur future carrière… Cela ne les empêchait pas de se comporter comme des crabes, parce qu’ils restaient plus intéressés par leurs interactions sociales NT que par les cours et qu’ils avaient de toute façon confiance dans leur avenir. 

Bref, paradoxalement j’étais un peu l’intello (bon et investi dans les matières littéraires alors que presque tout le monde s’en foutait, et calme) et le cancre (vu mes performances en sciences et en sport) en même temps. 

D’ailleurs c’est plus en L que j’aurais eu ma place, entouré de gens qui lisaient beaucoup, réfléchissaient à la politique, militaient pour certains, etc. Bon, heureusement, j’ai eu mon BAC d’extrême justesse. 

A noter cependant que même au lycée, j’ai encore eu deux/trois personnes qui ramaient encore plus que moi (puisque moi je m’en sortais pas mal dans les matières littéraires) et m’ont pris pour leur bonne poire, notamment dans les travaux « en groupe » que j’ai fait seul…

A la fac, les choses sont restées similaires. Malgré les heures que j’ai passées sur mes dissert et autres commentaires, je n’ai jamais réussi à avoir que des résultats moyens, voire médiocres dans les matières principales, faute d’avoir jamais assimilé la « bonne » méthode de travail. En fin de licence, un prof m’a d’ailleurs dit que je faisais des textes « d’école de journalisme » (je n’étais pas en journalisme). J’ai eu mes trois années encore une fois par l’anglais, les options historiques et géopolitiques. Et puis j’ai rapidement réalisé que je n’étais pas à l’aise dans ma filière, j’ai donc passé trois ans à chercher la meilleure réorientation en changeant tout le temps d’avis.

Déjà, pendant ma licence, je commençais à bien comprendre ce que les fameux cancres pouvaient ressentir (se demander ce qu’on fout là, ce qu’on va faire de sa vie, ramer pour approcher un peu le niveau des autres, se dévaloriser…). D’ailleurs, ça ne fait pas de mal, comme leçon de vie.
Et puis, en me réorientant, en entrant en M1 dans une filière (où supposément je serais brillant, car passion depuis l’enfance, tout ça), je me suis encore plus planté qu’avant. Et là pour le coup, je me suis vraiment senti LE Cancre du groupe.

Dès le premier jour du Master, ça a mal démarré. Je suis arrivé en n’ayant pas encore de sujet de mémoire, en n’ayant pas les infos… En gros, je m’étais réorienté. Et je n’avais pas réussi à gérer correctement les procédures administratives (trop compliquées pour un autiste comme moi) et la recherche d’infos sur les filières (éparpillées dans tous les sens sur les sites des facs). Encore un aspect du système scolaire excluant pour mon handicap.  

Du coup, j’arrivais sans connaître les profs, en n’ayant qu’une idée vague du sujet de la filière, et sans avoir de sujet de mémoire (j’ai dû bluffer, en inventer un en catastrophe). Et donc, sans avoir commencé à travailler mon mémoire. 

Les autres élèves avaient tous suivi la voie « normale » (licence puis master sur le même sujet, dans la même fac, avec les mêmes profs). Ils étaient donc arrivés avec toutes les infos, leurs sujets de mémoire, et un début de recherches. Du coup, j’avais déjà du retard sur eux. En plus, ils comprenaient toutes les références « évidentes » des profs, ils se connaissaient tous entre eux, ils s’en sortaient bien en latin (alors que moi, les langues autres que l’anglais…). Ils s’entraidaient entre eux, mais pas avec moi. Ils me traitaient en plante verte. 

J’ai donc passé l’année à « faire comme si » tout allait bien, à faire semblant de suivre et de comprendre. En espérant que personne ne découvre le pot-aux-roses. J’avais l’impression d’avoir un panneau clignotant « CANCRE » sur le front. 

Cette année de M1 (ratée sans surprise…) m’a laissé avec un malaise face aux personnes qui ont un projet d’études / professionnel bien défini et structuré, aux personnes qui font des doctorats, qui sont brillantes dans leurs études, etc. 

Dernièrement (septembre 2015), je me suis retrouvé au milieu d’un groupe, où tout le monde parlait de ses études brillantes. Alors que moi je venais de rater mon M1 et d’être déscolarisé. J’avais juste envie de partir me bourrer la gueule seul. Et d’un côté j’étais (une fois de plus) confiné au rôle de plante verte, ce qui me saoulait. D’un autre côté, j’étais soulagé qu’on ne me demande pas de parler de mes études à moi (en me taisant je pouvais éviter de montrer mon échec…). 

Ah et j’oubliais, LA question qui tue (et que j’esquive autant que possible) c’est évidemment « tu fais quoi dans la vie » avec toutes ses déclinaisons.

Il y a aussi la culture. Face aux personnes qui n’ont pas mes intérêts spécifiques, je passe pour un « intello ». Souvent pour un intello chiant, prétentieux, qui étale sa culture. Par exemple quand (autour du thème de la neurodiversité), je parle de trucs sociologiques, politiques, psychologiques… Ou quand je parle de géopolitique. 

Pour autant, ma culture est répartie de manière très inégale et anarchique, en fonction de mes intérêts spécifiques présents et passés, des périodes où j’ai l’énergie, les cuillères (ou pas) pour apprendre de nouvelles choses, de mes difficultés de compréhension sur certains sujets… Donc, dans les sciences humaines, je peux avoir énormément de connaissances sur un sujet spécifique (qui touche plusieurs disciplines), mais peu de connaissances « en général » dans telle discipline.

Et donc, face à des étudiants en sociologie par exemple, je serais perçu comme « inculte » et j’aurais tendance à, moi-même, complexer là-dessus. 

En outre, quand ça sort de mes intérêts spécifiques, je passe encore plus pour « inculte », car je ne connais souvent pas les séries, films, musiques… que « tout le monde connaît ». 

Du coup, soit je complexe de « manquer de références » et « d’être inculte », soit j’ai peur d’être « l’intello qui emmerde tout le monde ». 

Face aux personnes (beaucoup) plus diplômées que moi, brillantes à l’université, ou avec une grande culture académique (sociologie, psychologie, philosophie, sciences…), j’ai toujours l’impression d’être illégitime à parler, à avoir un avis, de bluffer. Même sur un sujet spécifique que je connais mieux que ces personnes (malgré leur diplôme). 

 

(Avertissement : psychophobie « light » à propos des personnes HP.).

Enfin, un dernier truc (lié au reste) me file des complexes. C’est lorsque j’apprends qu’une personne est HP (surdouée). 

Là, je sais que c’est carrément psychophobe, en réalité (et je n’en suis pas fier, je vous rassure). Parce que ces personnes n’ont pas des vies « rêvées » et « faciles », qu’elles vivent aussi des discriminations, des violences et de l’exclusion, qu’elles ne sont pas toujours brillantes à l’école, ont souvent des difficultés professionnelles, correspondent peu au cliché « des génies »… 

Et que le QI ne mesure pas l’intelligence toute entière (ni encore moins la valeur d’une personne).

Oui, un comble, j’écris un blog contre la psychophobie, et j’ai moi-même une vision « gentiment » psychophobe de ces personnes. Je mets gentiment entre guillemets, parce que les clichés « bienveillants » sur les minorités, ça n’a rien de gentil et c’est tout autant de la merde que les clichés malveillants. La preuve, à mon niveau perso, je ne peux pas m’empêcher de les envier un peu et de m’y comparer (même si je sais que c’est rationnellement absurde). Au moins, je me soigne.

En plus, j’ai une relation intime avec un HP. Qui réussit mieux que moi ses études (ce qui est pas difficile, il suffit de pas se retrouver déscolarisé après un M1 raté…), et sait depuis son enfance ce qu’il veut faire et s’y dirige précisément depuis. Pour complexer il n’y a rien de tel…

Ceci dit, c’est (notamment) en le fréquentant que je me suis rendu compte à quel point ma vision du haut potentiel était biaisée et pleine de clichés pseudo-bienveillants de merde.

Quelque chose qui n’aide pas non plus, c’est que (encore une fois, « grâce » à la télé, au cinéma, aux sites Internet qui racontent n’importe quoi ou donnent des visions simplistes, à l’égo de certains parents pour leurs enfants, aux sites même sérieux qui parlent d’Einstein/Mozart/Aristote/insérer une personne brillante etc) beaucoup de gens associent systématiquement les autistes dits « Asperger » avec le « génie » (usuellement en science, en informatique ou à la limite en musique) de manière directe.

Ou au moins associent autiste et « talent particulier ».

Ou pensent que les autistes dits « Asperger » sont forcément surdoués (nope). 

Moi pendant un bon moment, j’ai donc pensé que je « n’étais pas à la hauteur pour un Asperger », voire que du coup je « ne pouvais pas être autiste puisque pas du tout un génie » (alors même que tout colle). Surtout que bon, non seulement je n’ai pas une telle intelligence, mais je ne suis pas doué en sciences, en informatique et en musique.

Depuis j’ai compris que j’étais autiste, que au niveau des vrais « symptômes » je suis même un cas d’école, mais que par contre je ne ressemble pas aux clichés populaires du tout. Mais ce cliché du génie reste blessant, en me rappelant que « mon niveau » n’est pas assez « bon ». 

Et puis je sais que je ne suis pas le seul, à ressentir ça, cette idée stupide qu’on n’est pas à la hauteur pour des autistes. Évidemment qu’on ne l’est pas d’ailleurs, 99% de la planète ne pourrait pas l’être en se comparant à de tels modèles.

Bref, j’ai une relation assez compliquée à l’intelligence, au niveau d’études, de culture. Faite d’envie, de malaise, de sentiment d’imposture, et aussi de psychophobie, d’élitisme et de classisme intériorisés. Et due au fait que j’ai souvent été mis sur un piédestal (« intello »), même si ça ne m’a pas attiré que de la bienveillance, ET aussi souvent été bien rabaissé de fait (« cancre »), plus récemment, par rapport aux groupes où je me trouvais, parfois en même temps.

 

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Autisme·Psychophobie

L’effet plante verte

Ici, je vais surtout parler de mon expérience propre. L’effet plante verte, c’est de l’exclusion sociale. La différence avec l’exclusion classique, c’est qu’elle est plus insidieuse. En gros, une personne exclue ne pourra pas venir avec les autres à la table.

Une personne traitée en plante verte, elle, pourra s’asseoir avec les autres, mais on l’ignorera quand elle parlera, on la coupera sans arrêt, on ne lui dira pas « bonjour » ou « aurevoir », demandera des nouvelles de tout le monde sauf d’elle, etc. A côté de ça, les gens diront peut-être à la personne qu’elle est « leur amie » et feront semblant de l’inclure.

L’exclusion classique, comme l’effet plante verte, ce n’est pas juste se « sentir un peu seul » ou être un peu mis à l’écart de temps en temps. En effet, se sentir un peu seul et à l’écart une fois de temps en temps, ça arrive à tout le monde et n’est pas grave. Ce qui est problématique dans l’effet plante verte, c’est que ça vise toujours les mêmes personnes, tout le temps.

Les témoignages que j’ai récoltés montrent que l’effet plante verte arrive énormément à des personnes anxieuses, borderline, autistes, HP, dépressives, etc. Bref, à toute sorte de personne neuroatypique. Et cela vient en général de groupes de neurotypiques. C’est donc une forme de psychophobie.

Il faut noter aussi que cela ne dépend pas forcément du fait de partager des centres d’intérêt ou non. Dans les expériences que j’ai récoltées et la mienne, l’effet plante verte nous arrive souvent avec des personnes NT malgré le fait de partager des centres d’intérêt.

En outre, ce n’est pas juste « de la malchance », puisque ça se répète avec des groupes différents, dans des circonstances différentes (travail, association, militantisme, lycée, collège, voyage…). 

Le lycée

Lorsque je m’installais à une table, les gens ne me disaient pas « bonjour » si je ne le faisais pas en premier. Et pire, quand ils venaient s’installer à MA table (où j’étais en premier donc), ils ne le faisaient pas plus. J’ai testé en ne disant rien, de temps en temps, pour voir.
Lorsque je disais quelque chose, ils ne répondaient pas ou répondaient de manière laconique, avant de reprendre leur discussion comme si je n’étais pas là. 

De temps en temps, j’avais une vraie discussion avec une personne (c’était rare mais ça arrivait)… Sauf qu’en général, il y avait toujours un connard pour venir, parler à l’autre personne (d’autre chose) sans me calculer, et m’exclure de ma propre discussion. 

Les gens avaient décrété que j’étais « asocial » de manière arbitraire, parce que je ne partageais pas certains centres d’intérêt communs (par exemple, jouer au foot avec les garçons), entre autres. Du coup, ils ne me proposaient jamais d’aller au cinéma avec eux (par exemple), alors que j’aurais pu être intéressé. Ensuite, de temps en temps, ils me faisaient remarquer que je « restais seul » (alors que c’étaient eux qui ne m’invitaient pas 

Par contre, ils se souvenaient de mon existence quand ils avaient besoin d’une info, d’un service, en cas de travail en groupe (pour me refiler tout le travail parce que j’étais fiable), ou pour s’amuser de mes bizarreries. Ou, parfois, pour être intrusifs. 

Tout le monde avait vaguement remarqué que je collais pas aux stéréotypes des hétéros (ce que je suis pas), mais je ne collais pas non plus aux stéréotypes sur les homos (ce que je suis pas non plus, d’ailleurs). Et ça devait les stresser, entre ceux qui voulaient savoir si « je me branlais » ou m’intéressais à des filles, et les quelques-uns qui me faisaient des blagues carambar sur l’homosexualité pendant plus de 40 minutes, pour m’amener à me trahir. 

Pour rester sur ce sujet, pour les gens, j’étais un garçon visuellement, j’avais une tête de garçon… mais ils ne me percevaient pas et ne me traitaient pas réellement comme un garçon. En bref, j’étais une sorte de créature bizarre, classable socialement ni dans les filles, ni dans les garçons, ni dans les homos, ni dans les hétéros. Et chez qui les différents aspects (tête, corps, façon de parler, de me tenir, etc) « n’allaient pas ensemble ». Et c’était à peu près la seule chose qui intéressait les gens chez moi en tant que personne (ça devait mettre du piquant dans leur quotidien). 

Personne n’était « méchant », ouvertement hostile ou agressif. Bien sûr, il y avait tous les jours au moins une ou deux perles (psychophobes, sexistes, homophobes), mais toujours sur un ton de blague, de fausse camaraderie… 

Tout le monde m’aimait bien, comme une bonne plante verte qui décore et qui amuse les autres juste en existant, qui rend parfois des services, et qui ne dérange pas (trop). Enfin, si jamais je remettais les gens en place, là, on arrêtait de bien m’aimer par contre… 

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Bébé Groot fait la danse de la victoire.

La licence

Et à la fac, cela a continué, sous d’autres formes.

Au début, ça avait l’air sympa, il y avait des groupes qui m’avaient invité à les rejoindre (sans que je n’aie à taper l’incruste). Sauf que, rapidement, ça a recommencé. 

Par exemple, en L1, j’étais dans un groupe de quatre/cinq personnes. Les autres parlaient de leurs centres d’intérêt respectifs et s’écoutaient (et je les écoutais), mais moi, dès que je parlais de mes intérêts on ne m’écoutait pas. 

Ils continuaient aussi souvent leur conversation commencée en cours, sans prendre la peine de m’expliquer de quoi ils parlaient. Ou parlaient de leurs amis (ils se présentaient tous leurs amis, mais moi je ne les rencontrais jamais), des sorties qu’ils avaient fait (et auxquelles je n’avais, bien sûr, pas été invité)…

J’ai parfois demandé gentiment et poliment si on pouvait aller à une table ronde, manger à un endroit moins bruyant (pour que j’entende), de m’expliquer de quoi ils parlaient… mais ça ne changeait rien. 

J’ai bien essayé de changer ça, en leur demandant gentiment parfois (de changer de table, de manger dans un endroit moins bruyant, de m’expliquer plus…), mais sans résultat.

Je me suis éloigné assez rapidement. Par respect pour moi-même, je n’ai jamais aimé ramper aux pieds des gens pour avoir du respect. Donc, j’ai essayé d’aller vers d’autres gens, groupes… et le problème s’est répété chaque fois. 

Il y a eu ce groupe où les gens (qui me traitaient en plante verte au quotidien) se sont souvenus de moi un jour… pour tenter de fouiller dans ma vie privée. 

Il y a eu cette fille qui était devenue « amie » avec moi, parce qu’on avait les mêmes horaires (donc elle se servait de moi pour passer le temps… jusqu’à ce que ses vrais amis soient là). Elle aimait bien aussi s’inscrire avec moi aux travaux de groupe, me laisser faire tout le travail, me demander de la couvrir en cas d’absence… En plus, j’ai découvert que (derrière ses dehors tolérants) elle était bien homophobe et raciste. 

Il y a eu cet « ami » qui s’intéressait à moi pour se défouler sur moi par des petites piques (même si je lui renvoyais dans les dents), pour que je lui prête des objets, lui serve de faire-valoir quand il draguait, l’aide dans ses dissertations (et si je m’étais laissé faire je lui aurais fait ses dissert entières…), et puis qui m’a pris comme son grand ami après avoir rompu avec sa copine (il s’emmerdait). Ensuite, il a trouvé une autre copine, et je n’existais plus. 

Quand je l’ai remis en place pour de bon, il a coupé les ponts et demandé à tous ses amis de faire pareil. Une relation de respect ça ne devait pas l’intéresser…

Et l’effet plante verte ne concernait pas que mes « amis ». Je connaissais presque tout le monde dans l’amphi, mais personne ne me disait jamais bonjour spontanément. 

Le master

En master, c’est devenu encore plus évident. Les gens, sauf exception, ne me calculaient pas DU TOUT. Même quand je disais « bonjour » ou « aurevoir », les gens n’avaient pas la politesse de base de répondre (trop absorbés par leurs petites conversations). En licence, au moins, les gens me répondaient…

Le milieu homo

J’ai fréquenté plusieurs années un forum gay et lesbien, et je suis souvent allé aux rencontres entre membres. 

De temps en temps, c’était de super moments où j’étais totalement inclus. Avec le temps, j’ai appris que ces personnes qui avaient été inclusives étaient toutes neuroatypiques d’ailleurs (un surdoué, deux hypersensibles…). Tiens tiens. 

Par contre, face à des groupes neurotypiques, c’était la catastrophe. Que le groupe soit petit ou grand, qu’on soit dans un bar, un parc, une salle de billard… c’était pareil, d’ailleurs. 

Dans une conversation, j’essayais de parler. Voilà ce que ça donnais. 
Moi « truc à dire sur le sujet de la conversation ». 
Eux « oui tu as raison » / « oui c’est vrai » / « OK ». Ensuite, ils se remettaient à parler entre eux, comme si je n’avais rien dit. Et ça pouvait arriver quatre ou cinq fois dans une discussion. 

Et là aussi, j’entendais toujours parler de soirées où tout le monde (y compris des nouveaux) semblait invité, et moi (vétéran chevronné du forum) non. Les gens se demandaient des nouvelles (détaillées) entre eux, et demandaient même des nouvelles des absents, mais pas des miennes. Sans oublier les private jokes et les messes basses excluantes. 

Le pire c’est que même à MES évènements (organisés par moi, donc), c’était pareil

Après, je conçois très bien qu’ils n’aient pas eu envie d’être amis avec moi, de m’inviter à leurs soirées, etc. C’est une question de goûts et de choix personnels. Je respecte.

Sauf que là, on n’était pas dans des apéros privés entre potes. On était dans des événements publics, supposés être inclusifs. Et pas réservés aux personnes (neurotypiques) qui faisaient partie du club… 

A un moment donné, il faut être cohérents. Soit tu organises un événement entre potes, et tu n’invites que les gens que tu veux voir. Soit tu organises un événement public et inclusif, tu assumes, et tu fais l’effort d’inclure les personnes avec qui tu n’as pas (pour autant) envie d’une amitié. Mais tu invites pas les gens pour ensuite les traiter en pot de fleurs. Et tu ne vas pas à leurs événements pour les ignorer. 

J’ai ensuite été invité (par mon copain de l’époque, M) aux soirées d’une association gay et lesbienne étudiante. 

Quand j’y allais avec lui, les gens faisaient un effort minimal de politesse (me dire bonjour, échanger quelques mots, essayer légèrement de me connaître…) parce que j’étais « le copain de M ». Enfin, parfois. Parfois aussi, ils ne parlaient qu’à M et pas à moi.

Quand j’y allais seul, j’étais invisible. Il y avait ceux qui papillonnaient toute la soirée d’une personne à l’autre, sans s’attarder sur personne (et qui ne me remarquaient souvent même pas). Et il y avait ceux qui restaient en petits groupes, dans lesquels je n’étais jamais inclus. 

La seule exception, ça a été un mec bourré, malheureux et jaloux, qui avait été mis à l’écart par ses potes (pour ne pas plomber l’ambiance festive…), et qui s’est donc rabattu sur moi comme confident. Lui non plus, cependant, ne me prêtait pas attention le reste du temps. 

Encore une fois, ne pas vouloir être amis avec moi, je respecte, j’accepte, je comprends. Mais encore une fois (aussi), c’était un espace qui se voulait inclusif (LGBT). Pas une soirée entre potes. 

Cela m’est aussi arrivé dans le travail, en voyage

Pourquoi c’est irrespectueux 

1 – C’est hypocrite et trompeur

Les gens nous font croire et nous disent qu’on est leurs amis, pour ensuite nous ignorer, se servir de nous, voire nous marcher dessus. Ils profitent donc de nos handicaps sociaux, de notre isolement, de notre manque d’expérience sociale, etc. 

C’est finalement une escroquerie affective et sociale, puisque nous on met du temps, de l’énergie, de l’argent (restos, bars…), de l’investissement mental, et eux ne font que se servir avant de nous jeter. Et là, on se rend compte, comme une claque, qu’on n’a encore pas de (vrais) amis. 

C’est doublement hypocrite dans les milieux qui se présentent comme inclusifs (milieu homo…). Surtout que, bon, quand on est neuroatypique ET qu’on n’est pas hétéro-cisgenre, on est doublement exclus de la société « normale ». Et on se retrouve exclus AUSSI dans le milieu homo… 

2 – On ne « consent » pas à être une plante verte

Ce consentement est vicié, il n’existe pas. Parce qu’il est basé sur un mensonge, une fausse apparence, sur nos handicaps sociaux… 

Pourquoi l’effet plante verte existe

Les personnes friandes de séries américaines qui se passent au lycée, se diront : c’est normal, il y a les populaires, et puis il y a les autres. Cela a toujours été comme ça depuis Mathusalem, et cela sera toujours comme ça. 

D’autres personnes neuroatypiques pensent que c’est ELLES le problème. Que ELLES ne font pas bien quelque chose, que ELLES ne donnent pas envie aux gens de les inclure et de les respecter… Parce que si tout le monde fait ça, c’est forcément que quelque chose déconne dans leur manière d’être à ELLES. 

Je suis passé par là aussi, essayant désespérément de comprendre ce qui n’allait pas, ce que je pouvais faire de mieux…

La réponse était simple, en réalité. Rien. Je ne pouvais rien faire de plus ou de mieux, car ça ne dépendait pas de moi, mais des personnes NT. 

Je l’ai compris pour deux raisons

1 ) En fréquentant des milieux où les gens me traitaient avec respect, ou au moins comme une personne. Même ceux qui ne m’aimaient pas moi (ou mon blog, mes idées…). Comme par hasard, des personnes neuroatypiques. 

Si il existe des milieux sans effet plante verte, c’est que ça n’a rien d’automatique et ne vient pas de nous, mais des personnes qui se comportent ainsi. 

2 ) En discutant avec des personnes autistes plus âgées, qui m’ont expliqué que je n’avais pas un langage corporel de neurotypique (regard, posture, voix…). Et que c’était ça qui coinçait. 

En plus du langage corporel, il y a aussi ma manière de raisonner, de structurer mes idées et mes phrases, de m’habiller, de manger… qui me mettent à part.