Autisme·Psychophobie

L’effet plante verte

Ici, je vais parler d’expérience personnelle. L’effet plante verte, c’est une forme de psychophobie subtile et inconsciente (j’en parlais déjà un peu ici). Ce sont en général des personnes neurotypiques pas méchantes ni spécialement désagréables qui la pratiquent.

Ce que j’appelle l’effet plante verte, ce n’est PAS « être un peu mis à l’écart ou ignoré de temps en temps », et encore moins « se sentir seul ». Ces deux choses-là arrivent à tout le monde, et ne sont pas liées à la psychophobie en soi.

L’effet plante verte, c’est lorsqu’un groupe, tout en étant superficiellement sympa et agréable voire amical, n’inclut pas une personne (et que cela concerne spécifiquement cette personne-là). Et que c’est tous les jours, tout le temps.

La différence avec la mise à l’écart classique, c’est que les gens du groupe vont laisser venir la personne en leur sein, ne jamais rien lui dire de méchant ou de directement désagréable, voire même l’appeler « leur ami.e », mais que dans les faits, les gens feront comme si la personne était transparente.

Je fais un lien avec la psychophobie parce que :

  • ce phénomène revient beaucoup dans des témoignages de beaucoup de personnes neuroatypiques (Aspies mais aussi dépressif.ve.s, HQI…).
  • et dans ces témoignages, comme dans ma vie à moi, ce phénomène arrive en général dans des groupes à majorité neurotypique. Et surtout, cela nous arrive dans des milieux et des circonstances très différents les uns des autres. Du coup, je ne crois pas du tout à une coïncidence du type « c’est la vie, parfois on galère et parfois ça va mieux » ou « tu n’as pas trouvé les bonnes personnes ».
  • Cela n’a même pas de rapport avec le fait de partager des centres d’intérêt ou autres affinités avec les gens. En effet, même avec des centres d’intérêt communs, cela n’empêche pas l’effet plante verte.

Le dénominateur qui revient presque tout le temps, c’est donc clairement « une personne neuroatypique dans un milieu à dominante neurotypique ». De plus, dans le cas de l’autisme Asperger, le phénomène d’isolement social est bien connu et répertorié comme un des nombreux « signes ».

Il y a des personnes neuroatypiques à qui l’effet plante verte n’arrive pas/plus/moins, même dans les milieux à dominante neurotypique.

Sans faire de généralités cependant, toutes les personnes Asperger qui m’ont dit que cela ne leur arrivait pas beaucoup (ou que cela leur était arrivé dans le passé, mais moins maintenant) sont des personnes qui ont fait beaucoup d’efforts pour s’adapter aux codes sociaux des neurotypiques, et pour passer pour une personne normale (autrement dit, passer pour neurotypique à première vue au moins).

Enfin, est-ce que je pense que seule la psychophobie peut créer l’effet plante verte ? Non. Il y a aussi la grossophobie, le racisme, l’homophobie, le classisme… Mais ici, je vais parler de l’effet plante verte lié au fait d’être Aspie.

 

Le lycée

D’abord, ça m’est arrivé au lycée, de manière assez évidente. Lorsque des gens qui me connaissaient s’installaient à ma table (en salle de travail par exemple) sans même me saluer (si je ne le faisais pas d’abord, j’ai testé de temps en temps), et ne parlaient qu’entre elleux sans m’inclure du tout dans leur conversation.

Je vous laisse deviner que lorsque des gens allaient au cinéma, prendre le soleil dans un parc, réviser ensemble, je n’étais jamais invité, par exemple. Pour manger à midi, je n’étais jamais invité, c’était toujours moi qui « m’imposait » (en silence mais quand même) à la table commune.
Parce que je n’avais pas les mêmes centres d’intérêt que la plupart (et que j’avais par exemple décliné pour le match de foot des mecs de la classe), les gens étaient partis du principe qu’on ne pouvait RIEN me proposer, jamais, même un petit film. Et que ce n’était pas la peine de me demander des nouvelles non plus.

Enfin, je suis médisant : lorsque s camarades avaient besoin d’une information ou d’un service, d’un service, là, j’existais. Ou pour se mettre avec moi en travail de groupe pour me refiler tout le boulot parce que j’étais fiable.

Et puis, même si j’avais réussi à tromper la plupart des gens et à me faire globalement passer pour hétéro, une poignée de gens avait des doutes, et venait régulièrement me saouler (parfois pendant plus de 40 minutes d’affilée) avec des blagues carambar sur l’homosexualité et me poser des questions sur ma vie sexuelle (sans doute pour me tester et m’amener à me trahir). Donc, pour ça aussi j’existais.

Et puis les gens avaient bien senti que je n’étais pas un garçon, inconsciemment. Et que j’étais mentalement différent. Donc, petites insultes, blagues et remarques sexistes et psychophobes à gogo, surtout de la part des mecs.

Pour le reste je faisais partie du décor.

Là, des lecteur.ice.s se diront « mais ce Troll de Jardin, il doit être un peu narcissique, pour mal prendre qu’on n’ait pas fait attention à lui une fois, ça arrive à tout le monde ça ». Et la remarque serait justifiée.
Sauf que ça arrivait presque tous les jours de cours. Pendant trois ans

Pourtant, personne n’était « méchant », personne ne me disait un mot plus haut que l’autre (enfin à part toutes les petites perles homophobes, sexistes et psychophobes). Et je pense que presque tout le monde m’aimait bien. Il faut dire que je rendais des services sans trop de difficultés, évitais les conflits, et que ma bizarrerie devait les amuser et mettre du piquant dans leur quotidien.

En bonus je n’étais clairement pas un concurrent sexuel pour les mecs hétéros (qui me prenaient pour un « hétéro-mais-trop-bizarre-incapable-de-choper »), et il n’y a jamais eu la moindre ambiguïté ou drague entre les autres (meufs ou mecs) et moi. Ce qui évite un bon paquet d’histoires.

Mais j’étais un élément du décor, une plante verte. Par exemple, des personnes de ma classe racontaient à côté de moi des trucs très persos à leurs potes, ou des rumeurs (« Untel a trompé sa meuf avec Bidule ») à côté de moi comme si je n’étais pas là. A leurs yeux, ça devait être comme si je n’étais pas là en effet.

Au passage, dès que je remettais une personne ne serait-ce qu’un peu à sa place, là les gens arrêtaient instantanément de bien m’aimer…

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Bébé Groot fait la danse de la victoire.

La fac

Et à la fac, cela a continué, sous d’autres formes.

En surface, j’avais des « ami.e.s », qui m’avaient rapidement adopté dans leurs petites bandes.

Mais par exemple, pendant un moment, je m’asseyais mangeais le midi avec un garçon et une fille. A la base on était cinq, et puis deux personnes ont lâché la fac (et ont aussi oublié complètement mon existence d’ailleurs, malgré mes efforts), nous laissant tous les trois. En cours, les deux restants se mettaient toujours à côté l’un de l’autre, me mettant mécaniquement hors de leur discussion. A midi, les deux s’asseyaient des tables carrées, l’un en face de l’autre.

Autrement dit, à midi, la conversation du matin entamée pendant le cours (dont je n’avais pas des morceaux) continuait, sans que personne ne m’explique jamais rien (je devais toujours quémander des morceaux d’infos, mais ça n’allait pas de soi). De plus, iels se mettaient toujours l’un en face de l’autre, dans un environnement bruyant, et donc je galérais pour suivre leur discussion. Puisqu’iels ne pensaient pas à se tourner vers moi, ou à parler assez fort pour que j’entende.

J’ai bien essayé de changer ça, en leur demandant gentiment parfois (de changer de table, de manger dans un endroit moins bruyant, de m’expliquer plus…), mais sans résultat.

Par ailleurs, iels ne m’invitaient jamais non plus à quoi que ce soit. Par exemple, si l’un des deux faisait une soirée avec ses amis Machin et Bidule, iel invitait l’autre, et au repas suivant j’entendais mes deux « amis » parler de leur soirée à quatre, et bien sûr moi je ne rencontrais jamais Machin et Bidule (dont j’entendais parler sur tous les tons pendant des mois, par contre).

J’ai donc fini par m’éloigner de ces gens, au bout de deux mois environ. Et j’ai trouvé de nouveaux gens (un groupe de trois). Là, ça a encore pris une forme différente.

Je pouvais bien entendre les discussions. Mais, primo, iels choisissaient toujours le sujet de la discussion sans tenir compte de moi. Ce n’était même pas le problème en soi. Moi j’aurais bien aimé participer à leurs conversations geek et nerd (séries, cosplay, films etc), même si je m’y connaissais assez peu par rapport à eux. Justement, en apprendre plus.

Sauf que, iels ne prenaient jamais la peine de rien m’expliquer, de leurs références assez spécialisées. Et du coup, je ne comprenais souvent que des morceaux de leur discussion. Je ne pouvais donc pas participer (ce qui déjà n’est pas agréable). Mais je ne pouvais même pas être en écoute active.

C’est cool, l’écoute active, lorsqu’on ne connaît pas un sujet, qu’on écoute des personnes plus calées et qu’on apprend en silence. Mais pour cela, il faut encore que les personnes en question fassent un minimum attention à ce qu’on suive.

C’est un peu comme si je faisais un repas avec un passionné d’histoire et une personne qui ne l’est pas (et s’y connaît assez peu), et que pendant une heure, avec la première personne nous discutions du mouvement anarchiste en Ukraine et des guerres locales en Europe de l’est en 1918, sans calculer la troisième personne, ni l’aider à suivre la discussion en lui expliquant un minimum le contexte, en vérifiant parfois si elle suit…

Et encore une fois, c’était tout le temps comme ça. Parfois, on m’expliquait un peu (vite fait) quand je demandais, mais encore une fois ça n’allait jamais de soi.

Au passage, cet exemple montre bien que l’effet plante verte n’a rien à voir avec « un manque d’affinités et de centres d’intérêt communs ». Dans ce cas, justement, le centre d’intérêt commun, il était là (certes avec moins de connaissances de mon côté mais ça m’intéressait).

Cette fois, je me suis éloigné après qu’un jour, ces gens aient été fouiller sur ma vie privée. Même si aucune info perso n’été trouvée, ça m’a mis très mal à l’aise, cette intrusion.
Et puis c’était la goutte d’eau aussi, parce que l’amitié à sens unique ça commençait à me gaver.

Il y a eu aussi une fille qui s’était mise avec moi principalement pour les travaux en groupe, pour que je la couvre pendant ses retards auprès des profs, et pour l’échange de cours et d’infos, sous des dehors amicaux trompeurs. Et qui me zappait complètement dès que ses vrais amis arrivaient.
J’ai fini par m’éloigner d’elle, par lassitude, et surtout parce que j’ai découvert qu’elle était homophobe et raciste. D’ailleurs sur ce plan-là aussi, elle cachait bien son jeu, en surface elle avait des amis homos et arabes, en grattant un peu, elle allait à la Manif pour Tous et n’aimait pas les noirs. Cette meuf, c’était le prototype des personnes qui « ne sont pas homophobes mais » et « ne sont pas racistes mais« .

Il y a eu, encore, un mec qui ne s’est intéressé à moi que lorsqu’il avait besoin de services divers et variés comme lui prêter des objets ou l’aider pour une dissert (et si je m’étais laissé faire j’aurais fait seul sa dissert…). D’autres fois, pour se défouler sur quelqu’un par des petites piques (même si je lui renvoyais dans les dents). Et puis je suis devenu son grand ami aux périodes de sa vie où il s’emmerdait et/ou était seul, avant de ne plus exister ensuite. Ah oui, et je lui servais aussi de faire-valoir quand il draguait.

Bon là pour le coup, je n’étais pas une plante verte avec lui (c’est malgré tout le seul du lot qui m’a traité comme une personne à part entière, d’ailleurs), mais je restais un mix de faire-valoir, de bonne poire et de punching-ball (même si je me défendais).
Lorsque j’ai fini par le remettre réellement en place, il a coupé tout contact et demandé à ses autres amis (qu’il m’avait présentés) de cesser tout contact aussi avec moi.

Dans mon année de redoublement, je me suis encore retrouvé avec un groupe de deux personnes, qui passaient leurs cours ensemble à côté, mais ne m’incluaient jamais réellement.

De plus, sur mes trois premières années de licence, je connaissais presque tout le monde dans les personnes habituées des amphis (les personnes qui ne séchaient pas tous les cours dès le premier mois). Pourtant, presque à tous les coups les gens passaient devant moi sans me dire bonjour, si je ne le faisais pas (les simples connaissances comme les « ami.e.s »). Et que des personnes se déplacent (de 15 mètres maxi, hein, dans un amphi à la pause par exemple) pour me dire bonjour, ça n’est quasiment jamais arrivé en quatre ans.

Encore une fois (sauf exception), personne n’a été directement irrespectueux envers moi.
Simplement, j’étais transparent la plupart du temps pour les gens, sauf quand quelqu’un avait besoin de moi pour une raison X ou Y.

En master, c’est devenu encore plus évident. Les gens, sauf exception, ne me calculaient pas DU TOUT.
Parce que la plupart se connaissaient déjà de la licence, et une minorité venait d’une autre fac, et moi je n’étais (évidemment) dans aucun des deux groupes, venant d’encore ailleurs.

Quand je dis « ne me calculaient pas », c’est au point qu’iels étaient tellement occupé.e.s par leur discussion qu’iels ne m’entendaient pas leur dire aurevoir et donc ne me répondaient pas, et continuais leur chemin comme si je n’étais pas là. Alors qu’en licence, au moins les gens (à défaut de dire bonjour) me disaient bien aurevoir.

Par ailleurs, le sujet de mon master m’intéressait. Et la plupart du temps, iels parlaient de leurs recherches de master. Donc encore une fois, le centre d’intérêt commun était là. Et pourtant j’ai encore été relégué au rang de plante verte.

 

Ailleurs

Via un forum LGBT que j’ai fréquenté plusieurs années, je suis souvent allé aux rencontres entre membres. Certaines fois, c’était vraiment des super moments. Par exemple, une rencontre avant une Marche des fiertés, ou une rencontre à quatre dans un resto italien de banlieue, ou un pique-nique que j’avais organisé.

Souvent, cependant, je me suis retrouvé à des tables plus ou moins grandes (ou à des pique-niques), à essayer de participer à la discussion, plus ou moins en vain. Pourquoi ? Parce que lorsque je disais quelque chose, une personne me répondait rapidement (en général, en trois ou quatre mots maxi, quand ce n’était pas des « ah oui ok ») puis les gens recommençaient à parler ensemble comme si je n’étais pas là et n’avais rien dit. Et spontanément personne ne me parlait jamais.
Du coup, dans une conversation, je pouvais intervenir 3 ou 4 fois sans jamais réellement participer, ça restait des brèves parenthèses.

Par ailleurs, là aussi j’entendais souvent parler de soirées où la majorité des personnes vétéranes de Paris (et souvent, des personnes pas parisiennes ou nouvelles) étaient invitées, mais pas moi.
Souvent aussi, les gens se demandaient des nouvelles (parfois détaillées) les uns aux autres (et même des gens qui n’étaient pas là) mais pas à moi. Je passe aussi sur toutes les private jokes et les messes basses excluantes (ce n’était qu’un détail mais c’était un peu la cerise sur le gâteau).

J’admets très bien, en soi, qu’iels n’aient pas eu envie de m’inviter à leurs soirées privées (ceci dit, on peut quand même se demander pourquoi des gens qui ne s’aimaient pas et crachaient les uns sur les autres s’invitaient parfois, mais pas moi qui n’était en conflit avec personne, bref).

Par contre, les discussions sur les soirées privées et les nouvelles des absents et les ragots (privés, eux aussi) et les messes basses et les private jokes, dans les apéros publics, c’est juste du manque de respect, pour toutes les personnes qui n’ont pas l’honneur de « faire partie du club ». De même, demander les nouvelles de toutes les personnes présentes sauf une, c’est de l’incorrection totale.

Le principe d’un apéro public, c’est qu’on inclut tout le monde. Qu’on aime la personne ou pas, qu’elle soit nouvelle ou ancienne, qu’elle fasse partie du club. Les « untel me fait chier » et « j’aime pas Bidule » n’ont pas à jouer, donc.

Ou sinon, on assume et on fait un apéro privé, sur invitation, pour rester entre soi. Comme ça, les gens « pas du club » ne perdent pas leur temps à venir pour rien.

Tout ça se passait ainsi, avec des gens que je connaissais depuis un, deux, trois ans IRL (et encore plus sur le forum).

Même si c’était moi qui organisait les rencontres, c’était pareil, d’ailleurs. Quand c’est moi qui organisait, les nouveaux qui venaient étaient toujours sympas, mais certains habitués arrivaient extrêmement en retard ou annulaient au dernier moment. Et une fois sur place, continuaient à faire comme si j’étais invisible et à se comporter en petit club fermé.

Je ne suis pas l’Altesse de la ponctualité moi-même, en particulier parce que j’ai souvent du mal à m’organiser, mais je n’arrive jamais beaucoup en retard, je fais gaffe lorsque l’heure d’arrivée est importante (par exemple, si on doit jouer au billard, c’est mieux de démarrer quand tout le monde est là), et surtout je ne suis pas toujours chez moi pépouze à 14h10 quand le RDV est à 14h (alors que j’habite à 40 min). Je n’annule pas non plus la veille au soir ou le jour même, sauf si je ne peux vraiment, vraiment pas faire autrement.
Enfin, si exceptionnellement j’arrive vraiment en retard et que je fais chier le monde, je m’excuse, je propose de payer un verre à la personne…

Quand ce sont des personnes qui te traitent en plante verte par ailleurs qui font ce genre de coups, ça veut tout dire.

Bref, je dirais bien que j’étais un éternel nouveau dans leur groupe. Sauf qu’en réalité, même les gens arrivés depuis un mois étaient mieux inclus que moi après cinq ans de présence forumesque, et deux ans de participation IRL régulière.

J’ai fini par ne plus y aller du tout, à ces rencontres, parce que j’en avais marre. Les quelques fois où ça s’est mieux passé, c’était des fois où :

  • On était peu nombreux.ses (ou du moins, dans une foule, j’avais trouvé un petit groupe), genre, 2-3-4.
  • Il y avait d’autres personnes neuroatypiques (ça je ne l’ai réalisé qu’après coup, d’ailleurs, mais à chaque fois c’était le cas).

Ensuite, dans une association LGBT étudiante, où mon copain m’a emmené, ça a été encore la même musique. Bon, là c’était un peu moins pire parce que j’étais au moins le « copain/ami de M ». Qui lui-même connaît très bien un des vétérans de l’asso. Bon, ceci étant dit, beaucoup de gens ne parlaient qu’à M spontanément…

Et quand j’y allais seul, presque personne ne me calculait, sauf quelques nouveaux (encore) avec qui j’ai réellement pu discuter.
Les autres, ça se divisait en « les gens qui papillonnent toute la soirée, et donc échangent deux trois banalités avec tout le monde, et hop au suivant », et « les gens qui restent en petit groupe et donnent l’impression de s’incruster si on veut rentrer dans leur groupe ».

Et ça a été similaire dans les apéros en bar (avec beaucoup de monde), les pique-niques, ou les rencontres ciné en petit nombre.

Dans cette association, je n’ai pu réellement discuter qu’avec 6 personnes, soit deux ami de M, une personne bourrée qui s’est confiée à moi sur ses peines de cœur car ses potes étaient trop occupés à faire la fête (et a continué à ne pas me calculer le reste du temps), et trois nouveaux.
Les autres, je n’ai pas réussi à échanger plus de 6 mots d’affilée avec.

Pourtant (pas désolé d’insister), dans le cas du forum, comme dans le cas de l’association, il y avait clairement des centres d’intérêt en commun entre les gens présents et moi. Pas seulement les sujets LGBT+ (même si il y avait déjà ça, en effet), mais aussi le cinéma, les séries, les romans…

De plus, dans ce cas aussi, c’est une association qui cherche à être inclusive. Autrement dit, ici aussi, les personnes habituées qui se comportent comme si elles étaient juste entre potes et excluent les autres, c’est incorrect en soi.

En plus, quand on est un groupe pour personnes minoritaires (LGBT ici), exclure des personnes parce qu’elles font partie d’une minorité, c’est légèrement un échec.

Pour finir, le même phénomène s’est produit plusieurs fois en rencontrant des amis d’amis, en étant emmené à des repas d’autres associations…

 

Pourquoi c’est un problème  ?

1 – Les fausses amitiés

Le problème avec l’effet plante verte, c’est bien sûr qu’on se sent seul.e, mais ce n’est pas que cela.
Le problème, c’est aussi qu’on croit souvent initialement que les gens sont nos amis, ou au moins camarades et amis potentiels (puisqu’iels nous le laissent croire). C’est logique d’ailleurs, lorsque des gens nous invitent à les rejoindre (ou nous laissent venir), nous parlent amicalement, voire nous disent textuellement qu’on est amis.

Mais mystérieusement, on serait supposés comprendre qu’en fait, non, ce n’était pas ça. En lisant dans le marc de café peut-être ?

Sauf qu’en réalité, pas du tout. On leur sert juste à se confier après une peine de cœur, ou à fournir des cours, ou à prévenir des changements d’emploi du temps, et tous les autres petits services (administratifs notamment) dont on a parfois besoin.

Au lieu de juste assumer que c’est une transaction, iels déguisent ça en amitié. Bref, c’est de l’hypocrisie pure et simple. Bon, admettons que de temps en temps ce soit réellement un malentendu, mais il ne faut pas trop nous prendre pour des truites quand même.

Au passage, il n’y a rien de mal à avoir des relations de pure transaction avec les gens. C’est le principe du commerce, après tout. C’est tout aussi acceptable pour le troc (de biens ou de services) au quotidien. Mais quand c’est fait honnêtement.

Or, dans la dynamique de la plante verte, nous on se fait rouler. Autrement dit, on est amené.e.s à perdre notre temps, notre énergie, un peu de notre argent, dans de fausses amitiés.
Parce que pendant qu’on fait des repas, des parties de bowling, des soirées… avec des gens comme ça, on pourrait faire autre chose. Et les billets qu’on dépense à ces occasions, on pourrait s’acheter des trucs sympas avec ou économiser à la place.

De plus, les personnes qui nous traitent en plante verte, souvent, se dispensent très facilement de nous respecter. Que ce soit au niveau du respect de la vie privée, de la politesse, du respect de notre travail…

Là, des personnes penseront probablement « oui mais si tu acceptes de rester dans une relation pseudo-amicale comme plante verte, tu es consentant donc responsable, tu ne peux pas te plaindre si tu restes ».

C’est vrai (en partie). On consent à être les plantes vertes de nos faux amis.
Cependant, ce consentement est vicié. Parce qu’il repose sur (au mieux) un malentendu, et (au pire) un mensonge. C’est un peu comme quand on consent à louer un appart, et qu’ensuite « oh surprise le chauffage marche pas, c’est ballot ça ».

Lorsque c’est un mensonge, la personne (neurotypique) en face profite en plus de notre moins bonne maîtrise des codes sociaux et de l’implicite, et de notre moins grande expérience sociale.

De plus, l’argument « si tu restes c’est ton choix » suppose qu’on reste forcément. Des fois, on choisit d’envoyer à la gare les personnes qui se comportent ainsi (en général elles montrent leur vrai visage à ce moment), ou de ne plus les rappeler. Mais même dans ce cas, on s’est de toute manière fait rouler au moins sur le début.

Il faut un minimum de temps à n’importe qui pour différencier « une personne amicale » (mais qui a éventuellement un caractère un peu spécial ou des soucis en ce moment), et « une personne hypocrite qui veut profiter des services qu’on peut lui offrir, ou de notre compagnie comme faire-valoir et bouche-trou ». Au premier abord rien ne les différencie. A fortiori pour nous, à cause des codes sociaux implicites faits par et pour des neurotypiques.
Et si on ne veut pas s’isoler par précaution, il faut bien tenter le coup.

2 – Les connaissances, collègues…

Il y a aussi toutes les simples connaissances (de travail ou de fac) qui, sans (trop) profiter de nous et sans se faire passer pour des amis, nous traitent en plante verte. C’est moins pire mais ça reste problématique.

On ne peut pas demander aux gens de se forcer à être nos amis, et d’ailleurs, cela n’aurait aucun intérêt pour personne. Mais « bonjour », « aurevoir », ne pas arriver 50 minutes en retard, ne pas annuler la veille ou le matin, c’est quand même un minimum de respect. Or ce respect, envers les personnes plantes vertes, il est clairement optionnel.

La cause de l’effet plante verte

Au début, j’ai pensé que cela venait du milieu (lycée), avec ses populaires et ses exclus. Oui, comme dans toute série américaine qui se respecte.

Ensuite, j’ai pensé que cela venait de moi, forcément. Puisque ça se reproduisait systématiquement. Je ne pouvais pas accuser les autres quand cela arrivait avec des gens de milieux différents, dans des circonstances différentes. Du coup, je me suis longtemps pris le chou à essayer de comprendre ce qui n’allait pas, dans ma manière d’interagir avec les gens. Ce qui n’est pas top pour l’estime de soi, au passage.

J’ai parfois pensé que je n’avais juste pas de chance. Ou que, en trouvant des personnes ayant plus d’affinités et de centres d’intérêt avec moi, ça irait mieux. Sauf que non. Les centres d’intérêt en commun aident un peu, mais ne déterminent pas le fait d’être plante verte ou non.

On peut être traité comme ça par des gens avec qui on a plein de choses à partager sur le papier, ou être traité avec respect (ou amitié) par des gens avec qui on n’a rien à partager sur le papier.

Et puis, récemment, j’ai compris d’où ça venait. Grâce à deux choses.

La première chose, c’est que j’ai commencé à fréquenter des milieux où les gens m’ont tous ou presque traité comme une personne et avec respect. Même les gens avec qui je n’ai peu ou pas de centres d’intérêt en commun, et même les gens qui ne m’aiment pas spécialement (ou ne m’aiment pas dutout).

La différence entre ces milieux-là et les autres ?

Qu’il y a une grande proportion de personnes neuroatypiques. Et que même les personnes neurotypiques présentes sont pour beaucoup sensibilisées sur la question et font plus d’efforts pour être inclusives. Beaucoup d’ailleurs sont marginalisées pour d’autres raisons (transphobie par ex), ce qui peut aider même si ça n’a rien d’automatique.  Certaines ne le sont pas (il y a des neurotypiques vautrés dans leur privilège NT même chez les poly ou les trans), mais beaucoup le sont.

Du coup, il est possible de s’outer en tant que neuroatypique, et d’être soi-même sans se conformer aux attentes dominantes (regarder dans les yeux, comprendre et manier l’implicite, etc), et de quand même être respecté pleinement par la majorité, et adopté comme ami par une partie des gens.

Et bien sûr, dans le milieu Aspie on peut pleinement être nous-mêmes puisqu’on est entre nous. Même lorsqu’on est entre neuroatypiques en général (par exemple, autistes, surdoués, bipolaires… mélangés) d’ailleurs.

Quand j’ai réalisé que c’était possible dans ces milieux, d’être soi-même et de ne pas être une plante verte, j’ai compris que ça devrait être possible partout. Et je sais très bien que d’un monde à l’autre, je suis toujours la même personne, je n’ai pas magiquement changé en allant à mon premier café poly. Le problème c’est donc bien la psychophobie dans tous les autres lieux.

La deuxième chose qui m’a permis de comprendre, ce sont les explications données par des Aspies plus âgées et expérimentées que moi.

La grande majorité des neurotypiques communiquent surtout non-verbalement (regard, expressions faciales, gestes, posture, intonations…). Or, moi je ne regarde naturellement pas dans les yeux, et je n’ai pas le sens non-verbal. Je ne sais pas adapter mon langage corporel pour dire « j’ai envie de parler avec toi » sans le dire, ni cacher mes ressenti (par exemple l’ennui ou l’agacement). Inversement, je ne reçois naturellement pas la plupart des messages non-verbaux des gens (et quand je les reçois je ne sais en général pas les interpréter correctement).

Du coup, la plupart des neurotypiques (surtout en groupe) ne me calculent pas ou à peine parce qu’iels ont l’impression que je n’ai pas envie de discuter avec eux. Et parce que je les mets un peu mal à l’aise (pour une partie d’entre elleux au moins).
Autrement dit, iels ne font pas l’effort minime d’adapter leur communication à nous.

Oui, effort minime, j’insiste. Parce que (à l’exception des personnes sourdes, malentendantes ou muettes bien sûr), les neurotypiques savent parler et écouter. S’adapter aux Aspies, de ce point de vue, ne leur demande rien de compliqué, simplement de se concentrer sur le verbal, et d’utiliser leur ouïe et leur voix.
Nous, communiquer non-verbalement, ça nous demande d’utiliser un sens que nous n’avons pas, ou peu, et d’apprendre à « compenser » l’absence de ce sens.

De plus, si c’est si compliqué pour les NT de s’adapter, c’est parce qu’à la base, leurs codes sociaux ont été construits pour et par les NT, sans tenir compte des autres.

D’ailleurs, on a la PREUVE que ce n’est pas si compliqué pour des neurotypiques de bonne volonté d’adapter la communication aux Aspies (ou autres personnes neuroatypiques dans un cas similaire), puisque
1 ) dans certains milieux, il y a des personnes neurotypiques (même en groupe) qui y arrivent et à qui ce n’est pas si coûteux, donc les autres n’ont aucune raison de ne pas le faire (sauf la paresse et le privilège)
2 ) les neurotypiques savent très bien le faire lorsqu’iels sont en contact avec des étrangers qui ne partagent pas leurs codes.

D’ailleurs, cette comparaison avec les étrangers, elle n’est pas de moi. Elle est d’une personne (neurotypique) à la tête d’une association sur le syndrome d’Asperger. Qui expliquait que « être Aspie c’est comme en visite dans un pays étranger » (jusque-là elle n’a pas tout à fait tort, à part qu’en général les gens sont plus inclusifs avec les touristes qu’avec nous. Et ajoute « comme un touriste français au Japon qui doit s’adapter au pays, un Aspie doit s’adapter ». Au passage cette métaphore vient d’un auteur Aspie célèbre à la base, pas de cette femme.
Oui mais non. Parce que nous, on est (AUSSI) chez nous.

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14 réflexions au sujet de « L’effet plante verte »

  1. Je ne suis pas neuroatypique, mais c’est fou comme je me reconnais là-dedans ! C’était comme ça avec la plus part des gens avant que je connaisse la première personne avec qui j’étais pas comme une plante verte. Maintenant je m’inclue pas quand y’a pas d’effort de l’autre côté. :’)

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  2. Je ne sais pas si je suis neuroatypique ou pas, mais j’ai reconnu ici une grande partie de ma vie sociale. L’effet plante verte j’ai bien connu, mais le summum ça a été durant mes deux premières années d’études supérieures au point que j’en ai fait une dépression et que j’ai abandonné des études qui me plaisaient pour me réorienter.
    Maintenant j’ai réussi à (presque) outrepasser ça, mais se faire des amis reste très difficile pour moi, mais engager la conversion ne me pose généralement pas de problème puisque plus je suis mal à l’aise, plus je vais parler, c’est limite un don du ciel d’être aussi bavarde même si ça a beaucoup d’inconvénient.

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  3. Très probablement neuroatypique moi même (mais non diagnostiqué), je reconnais mon vécu du primaire et en partie du collège dans ton témoignage. Puis j’ai appris à jouer des codes parfois, à les repérer de plus en plus finement, au point de dépasser la plus part de ceux que je connais dans leur perception et interprétation du non verbal… Et au final, je ne saurait dire à quel point je me suis rendu compatible avec les NT, ou a quel point je me suis rendu filtrant pour ne côtoyer que des neuroatypique (ou NT très inclusif)

    Néanmoins, je n’ai pas la même perception de l’irrespect des NT. De mon point de vu, il n’est probablement pas si simple (même si certains y arrivent, parfois sans en percevoir d’effort) pour des NT de s’adapter aux autres. Pourquoi ?
    Parce-que pour s’adapter il me semble falloir :
    – l’occasion d’apprendre (et un NT à de forte chance de ne connaitre que pas ou peu de NAT, donc moins d’occasion de comprendre comment s’adapter)
    – le besoin d’apprendre (si 95% de son entourage ne nécessite pas d’effort d’adaptation, qui ressent le besoin de s’adapter au 5% restant ? pas tout le monde)
    – les capacité d’apprendre (comprendre est accepter que nous ne somme pas tous égaux me semble d’autant plus difficile que l’on n’est pas confronté à ces inégalités personnellement. En étant dans la norme dominante, il me semble plus facile de supposer que tout le monde marche comme soi-même (qui est un référenciel pratique car observable et interogable à volonté), alors qu’en étant hors norme, et plus particulièrement hors norme neural, les innégalités interne à chacun sont rappellé chaque jour (sans forcément être identifié pour autant, il m’aura fallu plus de 25ans pour accepter ces différences) )

    Et selon un principe de responsabilité non violente qui m’est chère, je trouve que c’est à celui est gêné de chercher à dissiper ça gène, pas à ceux qui ne sont pas gêné et donc n’ont pas de raison de vouloir consacrer de l’énergie à dissiper cette gène, peu importe qui est « légitimement en tord », c’est celui qui à la gène qui à envie de la résoudre.
    Un exemple qui n’a rien a voir avec la neurotypicité :

    Dans un local associatif, une personne s’investit beaucoup, et trouve inadmissible que les autres ne face pas le minimum qu’est de laver leur verre après s’en être servi.
    Plutôt que de fustiger les autres (violence par ingérence dans la liberté des autres de ne pas le faire)
    Il lui est possible de faire la vaisselle pour tout le monde (au risque de se faire violence, de développer du ressentiment et d’en vouloir aux autres)
    Mais il lui est possible aussi de déporter la gène aux autres en mettant les verres sale dans un coin où il ne gène pas la personne très investie, mais devrons être lavé avant usage par chacun.

    Bref, trouver un moyen soit de s’adapter aux autre, soit que les autres ai envie de s’adapter à nous.

    Pour ma part, j’ai développé un look qui écarte ceux qui n’auraient pas envie de s’adapter, et qui attise la curiosité de ceux qui on envie de me découvrir (et qui provoque des réactions satisfaisante chez les NT plutôt que de les subir de façon inacceptable tel que ça l’était auparavant)

    PS : je trouve toujours d’une extrême violence, de dire :
    > qui démontre que les oppressions à l’envers (comme la NT-phobie, ou le racisme antiblanc, l’hétérophobie…) ne peuvent pas exister.
    Qu’on préfère utiliser un autre terme qu’oppressions pour désigné les [dominance]phobie, pour faire comprendre qu’il y a une différence de vécu, systémique et ordinaire dans un cas, réactive dans l’autre, je l’entend très bien. Mais formuler ainsi, ce que j’entends c’est que les violences subie par une personne identifié comme dominante sont nié que leur ressenti est considéré illégitime, bref, qu’elle n’ont pas le droit de souffrir parce-qu’elle sont privilégié, qu’elles n’ont pas le droit de faire reconnaître inaccessibilité des violence qu’elles peuvent subir, même si c’est exceptionnellement… Et qu’en leur niant ce droit, ces dominant essai de se défendre face à ceux qui les traitent ainsi, de du coup les deux camps entretiennent une opposition plutôt que d’écouter et de reconnaître ce que subissent les autres, quand bien même les proportions sont terriblement différentes.
    Je reste toujours outré par les « faites ce que je dis, pas ce que je fais », et nié la violence que quelqu’un qui a subi peu développer en vers chaque individu d’un ensemble identifié comme bourreau, pour demander ensuite à ces même individus, qu’il ai été individuellement violent ou non, de ne pas être violent alors qu’ils viennent de subir une violence réactive… ça me semble perdu d’avance, et incohérent.
    Je ne dit pas qu’une personne oppressé à toujours la ressource pour réagir autrement que violemment, et ne lui jetterais pas la pierre, mais nier qu’un privilégié puisse subir une violence réactive en étant identifié comme potentiel agresseur, ça me semble être une violence supplémentaire, évitable et contre-productive.
    (un avis d’assigné dominant, assigné privilégié (je n’ai pas demandé à l’être, et ne le suis en pratique que sur certains des plans parmis ceux où je suis considéré comme tel) qui s’efforce de respecter chaque être, mais pour ne pas avoir à être irrespectueux, se tiens à l’écart de ceux qui ne le respecte pas en lui faisant violence, que ce soit par oppression systémique, sur les plans ou je suis hors norme, ou par hostilité d’opprimés quand je suis identifié aux dominants)

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  4. Un petit complément sur mes propos sur « c’est à celui qui est gêné de faire le nécessaire pour évacuer sa gène », je ne dit pas que c’est « normal », ce que je trouve, c’est que c’est le plus constructif, à titre individuel, puisque c’est ce qui pousse à agir sur ce sur quoi on peu agir le plus facilement : soit-même.

    Après, collectivement, je suis pour faire prendre conscience que tout le monde est, sur un plan ou sur un autre, à certain moment seulement dans le meilleur des cas, dans la position de la minorité gêné ou carrément opprimée. Du coup, en prenant conscience de cela, cela pousse à être collectivement aidant et respectueux de ces exceptions qui perturbe nos habitudes et enrichissent nos quotidiens. Mais pour moi, ce n’est pas à celui qui est gêné d’imposer (ou de vouloir imposer) au autres de dissiper sa gêne, mais à lui de s’en occuper, éventuellement en sensibilisant les autres pour qu’il choisisse de dissiper sa gêne. Mais dans un cas on est dans la violence, dans l’autre dans l’émancipation, l’écoute et la bienveillance.

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  5. Alors, déjà, l’exemple de la personne qui fait tout dans ton association n’a non seulement rien à voir avec le fait d’être NT ou pas, mais surtout rien à voir avec les questions de privilège ou d’oppression. Enfin, à moins que tu me dises pas tout (par exemple, c’est la seule femme sur 10 hommes et elle se tape toutes les tâches ingrates, ou c’est le seul jeune, ou le seul noir ou la seule noire… évidemment dans ce cas ça changerait la donne, mais c’est pas le sujet ici, bref).

    Donc, je réponds à la suite
    « Parce-que pour s’adapter il me semble falloir :
    – l’occasion d’apprendre (et un NT à de forte chance de ne connaitre que pas ou peu de NA, donc moins d’occasion de comprendre comment s’adapter) »

    Je crois que tu sous-estimes le pourcentage de NA dans la population. Dans un groupe un tant soit peu grand (par exemple une classe ou un groupe de rando de 20 personnes) il y a toujours des NA.
    Simplement la plupart du temps ça ne se « voit pas » tout simplement parce que ce n’est pas marqué sur le front et que leur comportement ne correspond pas à l’imaginaire.

    De plus, si on suivait ta logique, on pourrait dire pareil pour les hétéros, ou les cisgenres (par rapport au cissexisme et à la transphobie), ou les non-juifs (par rapport à l’antisémitisme), etc. Que ils n’ont « jamais rencontré » des personnes homo/bi/pan, trans, juives (en fait si, tout le monde en a rencontré mais souvent on ne le sait pas c’est tout) et donc leurs comportements de dominants ordinaires (les blagues, les commentaires problématiques…) sont excusables.

    « – le besoin d’apprendre (si 95% de son entourage ne nécessite pas d’effort d’adaptation, qui ressent le besoin de s’adapter au 5% restant ? pas tout le monde) »

    Mais encore une fois, dans ce cas, moi je suis mince et je ne connais maximum que 5% de gros, pourquoi j’arrêterais d’être grossophobe ? Je suis blanc et je connais une minorité seulement de personnes racisées, quel besoin ai-je de ne plus être raciste ?
    (Quand je dis grossophobe et raciste ici, je pense aux formes ordinaires hein, pas seulement aux agressions physiques et aux insultes directes).

    Et puis, encore une fois, les cisgenres sortent le même argument par rapport aux trans. C’est une petite minorité, donc pourquoi s’emmerder à faire l’effort d’utiliser les bons pronoms et accords pour une personne (par exemple, appeler « elle » une femme trans), à arrêter les blagues transphobes, les questions et remarques déplacées…

    Quand on fait l’effort de ne pas se comporter en privilégié, on ne le fait pas POUR SOI (ou en attendant une récompense, normalement du moins). On le fait par souci de JUSTICE. Pour les personnes concernées. C’est un peu égocentrique d’ailleurs, d’un point de vue de privilégié, de se poser la question en termes de « ça m’apporte quoi à moi ».

    Cependant, j’admets, dans les faits la plupart des privilégiés sont égocentriques. C’est pour ça qu’on doit se battre quotidiennement pour s’imposer. Et que par exemple, en ce moment un de mes amis trans et Aspie est obligé de se battre quotidiennement à son boulot pour qu’on respecte ses besoins spécifiques en tant qu’Aspie et pour qu’on le genre au masculin (et pas au féminin). Il devrait faire quoi, rester gentil avec ces gens qui lui manquent de respect avec le sourire et tranquillement, sous prétexte qu’iels n’ont pas eu l’occasion ou le besoin d’apprendre ?

    « – les capacité d’apprendre (comprendre est accepter que nous ne somme pas tous égaux me semble d’autant plus difficile que l’on n’est pas confronté à ces inégalités personnellement. En étant dans la norme dominante, il me semble plus facile de supposer que tout le monde marche comme soi-même (qui est un référenciel pratique car observable et interogable à volonté), alors qu’en étant hors norme, et plus particulièrement hors norme neural, les innégalités interne à chacun sont rappellé chaque jour (sans forcément être identifié pour autant, il m’aura fallu plus de 25ans pour accepter ces différences) »

    Oui certes, mais enfin les personnes (NT) dont je parles dans l’article, elles savent TRES BIEN être respectueuses et inclusives, puisqu’elles le sont ou l’ont été avec toutes les autres personnes sauf moi, et parfois quelques autres (ces quelques autres, comme par hasard, c’était toujours soit quelqu’un de gros, soit quelqu’un de très malentendant, soit quelqu’un de NA, soit quelqu’un de noir ou arabe ou asiatique…).

    Donc ce n’est pas une question de capacités, puisque la majorité des NT font ça très bien avec tout le monde sauf les personnes (identifiées comme) minoritaires. Parce que dans ce cas, ça implique d’adapter leur communication (a une personne malentendante, Aspie) dans certains cas, et de dépasser leur rejet instinctif dans tous les cas.

    Et puis surtout, ce que tu décris plus haut : pas de « besoin d’apprendre » et pas « d’occasion » d’apprendre, c’est tout simplement le PRIVILEGE.

    Je m’explique (mais c’est tout simple, en fait). Le fait (pour une personne dominante A) de ne pas avoir besoin d’apprendre à respecter et à inclure certaines catégories de population (opprimées), c’est parce qu’autrement dit, la personne A peut se permettre de leur manquer de respect et de les exclure à volonté sans jamais craindre de conséquences.

    Et en plus, la personne A en général, elle est tellement centrée sur sa perspective de groupe dominant, qu’elle ne VOIT MEME PAS que les autres existent. Ou dans certains cas, elle voit un peu du coin de l’oeil mais comme c’est pas confortable elle tourne les yeux, d’ailleurs.
    Un des premiers signes du privilège, c’est justement que la personne en haut ne voit pas sa situation dominante (ou peut choisir de l’ignorer), et le second c’est qu’elle peut s’essuyer les pieds sur les gens en dessous.

    J’insiste sur le fait que c’est un privilège, autrement dit, ce n’est PAS DU HASARD NI DE LA MALCHANCE.

    Pas « l’occasion », ben ça rejoint mon propos sur le fait de ne pas voir. La personne privilégiée A, elle pensera souvent que tout le monde ou presque est comme elle. Si elle est cisgenre, elle pensera que tout le monde est cis. Si elle est hétéro, elle pensera que tout le monde est hétéro (il lui viendra pas à l’idée que la personne à côté d’elle ou de la table en face qui l’entendent faire ses blagues ne le soient pas).

    Ou dans certains cas, c’est parce que les privilégiés restent entre elleux. Donc, forcément, iels n’ont pas l’occasion, puisqu’iels excluent les autres à la base. Tu vois, la boucle est bouclée.

    Ensuite, quand tu dis que c’est aux personnes gênées de faire l’effort de dissiper leur gêne, bah ça pose encore et toujours les mêmes problèmes. Transpose ça à d’autres groupes opprimés, pour voir.
    Une femme dans un groupe de mecs cis, qui se prend du sexisme ordinaire à longueur de journée, elle doit donc elle-même faire l’effort de dissiper sa gêne ? (comment, d’ailleurs ?). Ou partir ? Même si c’est son boulot et que la démission va la mettre ELLE dans la merde ? Donc autrement dit ELLE doit partir et en payer le prix, pendant que les autres restent tranquilles, alors que c’est ELLE la victime ?

    Et ça marche aussi pour l’homophobie, le racisme, la grossophobie, la transphobie…

    Non, évidemment ça ne marche pas, cette solution-là. Si la personne « s’adapte » (c’est à dire, en gros, s’écrase ou du moins rentre dans ce qu’on attend d’elle), elle ne cesse pas d’être opprimée. Si elle s’en va, elle paye le prix de son départ et a toutes les chances de retrouver la même chose ailleurs (ou pire).

    Donc oui, parfois il vaut mieux aller contre la « liberté de ne pas le faire » des dominants, comme tu dis.
    D’ailleurs cette expression est super problématique, en soi. Par exemple, mon ami trans dont je parles plus haut, tu défends la « liberté » de ses collègues de le genrer au féminin même si ce n’est pas une femme ? Et de l’appeler par le mauvais prénom ?

    Pour finir.
    Si tu veux avoir une idée de à quoi l’hétérophobie et le racisme anti-blanc ressembleraient VRAIMENT, vas voir cette page.
    https://trolldejardin.wordpress.com/2016/01/23/voyage-en-pays-hetero-cisphobe-raciste-antiblanc/

    Ensuite, j’ai pas mal de privilèges moi-même. Classe moyenne (basse certes), Blanc, Mince, Valide, déjà.
    J’ai vécu toute ma vie dans un arrondissement avec au moins un tiers d’asiatique, et un tiers de noirs et d’arabes. Au collège c’était plutôt un tiers de noirs, un tiers d’arabes, un tiers de blancs et d’asiatiques (je me rappelle plus les proportions exactes de ces deux groupes). Niveau harcèlement contre moi ça venait de partout, je précise. Et en étant d’une famille avec plus de revenus que la plupart des autres, vivant dans la meilleure partie de l’arrondissement aussi. On n’est pas des gros riches mais comparé aux autres, privilégiés.

    Depuis quelques temps je fréquente pas mal les milieux queer, féministe, etc. J’ai rencontré pas mal de personnes racisées, remontées contre le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme (normal puisque ça les concerne). Et aussi des personnes handicapées, assez remontées contre le validisme, ou (considérées comme) grosses et remontées contre la grossophobie (idem). Et souvent ces personnes cumulent plusieurs oppressions d’ailleurs. Pas mal encore une fois sont plus pauvres que moi.

    Pourtant je n’ai jamais subi le moindre racisme anti-blanc, ou la moindre hostilité de principe en tant que valide, mince, personne de classe moyenne. Non seulement ça mais au collège, les quasi-seules à prendre ma défense contre le harcèlement étaient des filles noires et arabes.
    Et plus récemment, dans le milieu queer et assimilé, pas mal de mes ami.e.s sont des personnes racisées et/ou handicapées. Tu sais, les personnes remontées contre le racisme et le validisme. Bah elles sont pas pour autant racistes anti-blanc ou validophobes, sinon elles n’auraient pas d’amis comme moi (ou d’autres de leurs amis hein).

    Tout ça pour dire que :
    la plupart du temps, j’ai constaté que lorsque (par exemple) un hétéro parle d’hétérophobie, un cis de cisphobie, etc,

    A ) Soit la personne a dit un truc problématique et on lui a fait remarquer pas très gentiment. Ben oui, quand on parle de « trucs de pédé » ou qu’on confond travesti et trans ou qu’on dit que des victimes de viol l’ont peut-être un peu cherché, si il y a des personnes concernées, on risque de se prendre un Scud. C’est pas agréable mais c’est toujours 100 fois moins violent que pour la personne en face. Donc il y a FRANCHEMENT pas de quoi en faire une maladie, de se prendre un Scud dans ce cas.

    Moi-même récemment, j’ai sorti un truc bien raciste par inadvertance, devant 60 personnes en plus, bon par chance je ne crois pas qu’il y avait de personne concernée, mais si il y en avait eu, elle aurait eu raison de me remettre en place. (et bien sûr je me suis excusé direct en voyant ce que j’avais dit).

    Et en général, dans ce cas quand ça tourne au drama, c’est parce que justement, la personne qui a dit le truc refuse de s’excuser, ou s’excuse en mode « oui je m’excuse MAIS… » et rejette la faute sur autre chose. Là évidemment, ce n’est plus un Scud que la personne va prendre, mais toute une rafale. Mais en même temps, c’est un peu de sa faute hein.

    La personne peut avoir dit ou FAIT un truc problématique d’ailleurs. Par exemple, organiser un évènement « inclusif » dans un lieu pas accessible aux personnes handicapées et avoir juste oublié cet aspect. Ou donné la parole que aux hommes cis toute une soirée en laissant les femmes et les autres dans le silence.

    Dans ce cas ce n’est PAS de l’hétérophobie/racisme antiblanc/whatever, puisque la personne ne se prend pas de l’hostilité pour ce qu’elle EST (hétéro, blanche, valide…), mais pour ce qu’elle a DIT ou FAIT. C’est pas du tout pareil donc.

    B ) Soit des personnes concernées ont fait remarquer à la personne qu’elle s’exprimait à leur place, ou prenait trop de place dans leur espace.

    Par exemple, si une personne hétéro se met à expliquer comment on devrait s’organiser pour la Gay Pride, comment on devrait militer le reste de l’année, à dire « tu devrais faire ton coming out » à une personne homo ou bi…
    Clairement ça va pas le faire. Et là aussi elle risque de se prendre des Scud. Non pas parce qu’elle est hétéro en soi, mais parce que du fait de son PRIVILÈGE hétéro, elle ne peut pas SAVOIR ce que les personnes concernées vivent.

    Et parce qu’elle est moins LÉGITIME a parler sur le sujet qu’eux. En parlant à leur place, elle leur confisque la parole et va encore essayer de garder le pouvoir sur eux, en réalité (même si elle ne s’en rend pas compte).

    C ) Soit la personne va gueuler à l’oppression à l’envers parce qu’une loi a été mise en place pour rééquilibrer les choses.

    Exemple : la parité hommes-femmes, certains mecs crient au sexisme anti-hommes. Bah oui mais non, ça permet juste de rétablir une certaine justice dans les proportions.
    Autre exemple : les places de stationnement pour handicapés. Oui, il y a des valides qui trouvent ça injuste.

    D ) La personne dominante s’est faite « exclure » d’un lieu non-mixte fait par et pour des personnes opprimées.
    Par exemple, dans l’association de jeux pour autistes que je participe à monter en ce moment, du coup, les NT sont exclus. Normal, puisque c’est censé être un lieu où les autistes peuvent se sentir bien, ne pas subir de psychophobie, ne pas être jugés… Un lieu entre nous quoi.

    Ce n’est pas CONTRE LES NT, cette exclusion, c’est POUR NOUS ET NOTRE BIEN-ÊTRE.
    Pourtant, dès que ce genre de lieux existe (que ce soit en non-mixité trans, lesbienne, bi, asiatique ou autre), il y a toujours des gens non-concernés qui essayent de rentrer de force et crient à l’injustice.
    Ensuite, ces gens vont souvent dire « mais c’est hétérophobe », « mais c’est cisphobe », « mais c’est raciste anti-blanc », « mais c’est NTphobe »… de les exclure.

    Et à part dans des lieux communautaires et/ou militants, les catégories dominées, de toute manière, n’ont PAS LE POUVOIR de discriminer les autres. Elles ne le font donc pas, parce qu’elles ne PEUVENT PAS.

    En pratique, par exemple, si je suis au boulot (moi, blanc) avec des personnes pas blanches, et qu’une d’elles se met à m’insulter et à me harceler en tant que blanc, la hiérarchie et les autres collègues vont probablement lui tomber dessus direct en meute. Si je me plains (avec un minimum de preuves) je pourrais probablement faire entendre ma plainte.

    Alors qu’en sens inverse, moi je pourrais faire pareil beaucoup plus facilement, mon comportement sera toléré ou carrément suivi par la majorité (blanche), on me trouvera plein d’excuses (par exemple « c’est de l’humour »), même si je suis sanctionné (parce que j’ai été VRAIMENT loin) la sanction sera toujours plus légère qu’elle aurait été dans l’autre sens…

    Et c’est pareil pour l’hétérophobie ou la NTphobie.

    « Mais pour moi, ce n’est pas à celui qui est gêné d’imposer (ou de vouloir imposer) au autres de dissiper sa gêne, mais à lui de s’en occuper, éventuellement en sensibilisant les autres pour qu’il choisisse de dissiper sa gêne. Mais dans un cas on est dans la violence, dans l’autre dans l’émancipation, l’écoute et la bienveillance. »

    NON.
    Ça, c’est de l’injonction à la pédagogie et à la bienveillance. Je ne vois pas pourquoi des gens qui se prennent de l’oppression DEVRAIENT être bienveillants avec leurs oppresseurs. Déjà comme tu l’as dit tout le monde n’a pas ce luxe, mais même quand on a le choix, pourquoi ça serait un DEVOIR ?
    Et pourquoi les personnes opprimées devraient passer leur vie à expliquer en boucle les mêmes choses aux gens en face, alors qu’il suffirait que ces personnes dominantes aillent un minimum se renseigner (c’est pas comme si il y avait pas des centaines de blogs d’info comme le mien, par ex).

    On peut avoir envie d’être pédago, dans ce cas tant mieux. Mais on peut aussi vouloir imposer aux autres, non pas de « dissiper une gêne » mais de se comporter avec respect, tout simplement. Quitte à passer par le conflit.
    Dans ce cas, si conflit il y a, c’est la personne dominante qui le crée d’ailleurs (en refusant de devenir respectueuse), pas la personne opprimée qui s’impose. Il faut pas inverser les rôles.

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    1. Whaou ! Mille merci d’avoir pris le temps de me répondre en détail !

      Avec ta réponse je me rend compte que je partage beaucoup plus ton avis que l’impression que j’en avais eu à la lecture de l’article.

      En fait, il y a une différenciation dont j’ai pris conscience via ta réponse et que je n’ai pas vu dans ton article et peut-être pas fait dans mon premier commentaire :
      – Ce qui est fait et quels sont les mécanisme qui fond que c’est ordinaire, que ceux qui le fond n’ont pas de raison égocentriste de changer.
      – Ce que nous, personne subissant au moins une oppression avec suffisamment de force pour vouloir lutter contre et être solidaire des autres oppressions, bref, ce que nous défendons pour plus égalité voir d’équité.

      Du coup, avec cette grille de lecture, l’essentiel de ce que j’ai dit rentre dans la première catégorie, et fait que je considère qu’un privilégié en ce sens ne « doit » pas changer, parce qu’il n’a rien qui l’y pousse égocentriquement.
      Mais que nous (le même nous inclusif de toutes oppressions) qui somme les gêné (ou bien plus que juste gêné) avons intérêt à faire changer.
      Du coup, je suis gêné avec l’usage du « ils doivent » qui ne me semble pas représentatif des injonctions légal ou culturelles actuelles, donc des droits et devoirs actuels, et je serais plus alaise avec un « Ils devraient pour être respectueux » ou exprimer clairement en revendiction « Nous voulons qu’il devienne normal de » (normal cachant autorisé et admis ou obligatoire selon les contextes).

      > Donc oui, parfois il vaut mieux aller contre la « liberté de ne pas le faire » des dominants, comme tu dis.
      > D’ailleurs cette expression est super problématique, en soi. Par exemple, mon ami trans dont je parles plus haut, tu défends la « liberté » de ses collègues de le genrer au féminin même si ce n’est pas une femme ? Et de l’appeler par le mauvais prénom ?

      Typiquement dans cet exemple, j’acte cette liberté factuelle, je ne la défend pas. Et du coup, oui ça me semble aux communautés opprimées (et solidiaires) de faire évoluer ce qui est considéré comme normal, légitime, autorisé, pour prendre en compte leur cas (ce qui est aussi égocentrique pour celui qui subi (de ne plus vouloir subir), et l’est moins, ou beaucoup plus indirectement pour ceux qui en sont solidaire, bref l’égocentrisme me semble une bonne grille de lecture pour comprendre les motivations des gens, et l’altruisme ou la solidarité, une compréhension que l’égocentrisme de chacun est généralement mieux servi collectivement).

      Pour l’injonction à la pédagogie, effectivement, c’est une approche qui me semble préférable, mais avec les précisions sur les cas d’oppressions inversé qui n’en sont pas que tu site en commentaire, effectivement, les violences inclusives que je dénonçais deviennent des légitimes défenses aux quelle je n’ai rien à opposer (si ce n’est que dans un monde idéal, j’aime à penser qu’on puisse toujours faire autrement).

      Bref, merci beaucoup pour ta réponse !

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    2. Bah pour la pédago je suis d’accord MAIS je pense que c’est le taf des alliés avant tout. Par ex moi je suis blanc, donc sur le racisme j’ai le luxe de m’éduquer et d’aider les autres blancs a mieux comprendre. Quitte a encaisser leurs remarques racistes. Parce que c’est pas MOI personnellement que ça touche.

      Par contre demander aux concernés d’être pédago ca pose problème. Parce que c’est encore leur dire quoi faire.

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    1. Pour l’Effet Matilda, je ne vois pas trop de rapport.

      Pour l’Effet Mathieu, à la limite, par rapport à « l’abondance d’amis » et au fait de pas aller vers quelqu’un déjà isolé car « sans amis » justement.

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  6. Bonsoir,
    Merci pour ton article très complet. Et d’ailleurs merci de partager tous ces articles, ça permet de remettre des choses en perspectives, de réfléchir sur nos (mon) propres comportements, en tant que privilégiés et en tant que victimes.
    Pour ce qui est de la plante verte, je me définie surtout comme un fantôme. Je l’ai bien connu se sentiment de honte et de responsabilité autant à l’école qu’au travail, bien que ce fut pire après, parce que j’en avait plus conscience. J’en était même arriver à la conclusion que je n’existait effectivement pas, pas pour tout le monde en tout cas, comme une sorte d’hologramme, ou un personnage d’invention, bref, c’est bien la première fois que je lis ça. Et ça me fait à la fois plaisir de partager ce vécu et pas du tout car ça ne devrait pas exister.
    J’ai encore beaucoup d’autres articles à lire car bien des sujets sont intéressant alors j’y retourne !
    Merci

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  7. Je me demande, est-ce qu’on peut vraiment parler de neurophobie (ou de psychophobie) si le groupe ne savent pas que la personne est neuroatypique, ou que ses membres n’ont pas réellement de connaissances sur la neuroatypicalité? En même temps, si une personne demande des clarifications ou tente d’interragir, ça ne montre pas qu’elle veut faire partie de la discussion?

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    1. Oui on peut parler de psychophobie parce que même si ce n’est pas clairement conscient, ce sont bien les CARACTÉRISTIQUES autistiques (ou schizophréniques ou autres) qui poussent les NT à exclure la personne.

      D’ailleurs les NT traitent toujours les autistes, les HP, les bipolaires etc de « débiles », « fous », « bizarres », « intellos » etc.
      Même quand la personne n’a eu aucun diagnostic et que personne ne sait directement.

      Les NT la voient bien la différence

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