Tranches de vie

Les cancres et les intellos

Bon, une fois n’est pas coutume, cet article-là, je l’écris surtout avec mes tripes (et en le démarrant je ne sais pas exactement où je vais avec). D’ailleurs ça introduit bien le sujet.

D’habitude justement, je rédige mes articles un peu comme des dissertations. Avec un plan (construit à partir d’une liste d’idées) dans la tête, des parties, des sous-partes, des transitions, une intro, une conclusion. Il faut dire que des disserts et des commentaires, comme plein de gens, j’en ai fait depuis mes 15 ans jusqu’à la fin de ma licence. C’est devenu naturel chez moi d’écrire comme ça. Et même un peu, de parler comme ça à l’oral (ou de ressortir des tournures de phrase de bouquins).

D’ailleurs, j’ai souvent été considéré comme un intello, dans ma scolarité. Déjà, au primaire, ma grande passion de l’époque était la lecture (bon, depuis j’aime toujours ça mais c’est moins central). En particulier sur l’histoire, la géopolitique, la mythologie… Au collège et au lycée, c’était toujours le cas. D’autant que j’étais dans la minorité d’élèves qui ne foutaient jamais la merde en classe, quasi-irréprochable pour les profs, et plutôt investi dans les cours de français, d’histoire, et (en Tle) de philo. En plus au collège j’avais pris l’option latin. J’étais aussi l’enfnt/préado qui participait naturellement aux conversations d’adultes même sur des sujets un peu pointus.
Pour couronner le tout, mes parents se sont demandés si je n’étais pas « précoce », « surdoué » , et à un moment, on m’a fait passer un test dans un centre psy (dont nous n’avons jamais eu le résultat d’ailleurs).

Évidemment, le côté « intello » n’aide pas pour éviter le harcèlement, la mise à l’écart et l’effet plante verte. Sauf pour devenir la bonne poire des tricheurs, ça va de soi.

Et pourtant, au collège comme au lycée, je ne faisais pas réellement partie des bons élèves. Les « vrais bons », celleux qui ont 15, 16, 17, 18. Il faut dire que je ramais pas mal en langues, dans les matières scientifiques et qu’en sport, j’étais une catastrophe ambulante. En grande partie à cause du fait d’être Aspie et aussi (voire surtout) du fait que l’enseignement soit avant tout fait par des neurotypiques, pour des neurotypiques. Bon, c’est plus compliqué que ça, j’en ferais sûrement un ou plusieurs articles aussi, mais ce n’est pas le sujet tout de suite.

Bref, au collège, il y avait le groupe « bons élèves » (qui globalement incluait des blanc.hes de classe moyenne aisée, bien aimé.es des profs et à l’aise avec le système scolaire et les profs, assez d’ailleurs pour se permettre d’être bavard.e.s, parce que elleux on leur pardonnerait), le groupe « cancres » (qui incluait globalement les élèves racisé.e.s et blanc.he.s pauvres et avait des relations pas mauvaises, mais compliquées avec les profs). Et moi, pile au milieu, qui ne rentrait dans aucun. Et qui ai été harcelé des deux côtés, d’ailleurs (par contre, les seules qui ont pris ma défense -des filles, oui- étaient dans le groupe « cancres », comme quoi).

Du coup, les premier.e.s ont fini dans des lycées d’élite, les second.e.s en professionnel (ce qui était vu -et présenté- comme une punition implicitement d’ailleurs, y compris par les profs, et oui c’est scandaleux quand j’y repense), sauf exception. Et moi, j’ai fini dans un lycée général moyen.

Une fois au lycée, c’était différent, il n’y avait globalement que des gens blanc.he.s et de classe moyenne, comme moi d’ailleurs (ça c’est pour poser le décor). Je suis allé en S, première erreur. Parce que on nous avait martelé que la S c’était « les classes des meilleurs » et blablabla, et j’ai voulu me prouver que moi aussi je pouvais (je commençais justement à complexer sur mon intelligence à l’époque). Sur le moment j’ai dit que c’était parce que « S ouvre toutes les portes et je pense à mon avenir » mais la vraie raison c’était ça.

C’était une erreur, parce que j’ai (évidemment) continué à ramer dans les matières scientifiques. Sauf la SVT où ça allait pas trop mal (mais justement, en SVT on nous demandait beaucoup de rédaction, c’était presque littéraire comme exercice dans la forme). Bon, j’ai toujours maintenu un niveau correct (en ramant) mais tout juste.

Donc bon, évidemment, ça n’a pas arrangé mon malaise par rapport aux autres élèves (en majorité) qui souvent avaient des cours particuliers dans les matières scientifiques, plus de facilités en sciences (et en sport), des meilleurs résultats, et qui avaient déjà le projet de devenir ingénieur, médecin, pharmacien ou d’aller en école de commerce… pour gagner beaucoup d’argent.

Je ne généralise pas sur les gens qui vont en S, mais celleux que j’ai connus, sauf exception leur intérêt pour l’école se résumait à ça, iels s’intéressaient très peu aux sciences et encore moins au reste.

D’ailleurs, iels se comportaient pour beaucoup comme des crabes (en bavardant tout le temps voire en foutant la merde en classe), justement parce qu’iels étaient confiant.e.s sur leur avenir et assez « à l’aise » face aux profs (avec raison, puis qu’aucun.e n’a jamais eu le moindre problème pour ça ou presque, et qu’iels ont toustes plus ou moins fini dans les études souhaitées).

Bref, paradoxalement j’étais un peu l’intello (bon et investi dans les matières littéraires alors que presque tout le monde s’en foutait, et calme) et un des cancres (pas le pire, certes) du groupe en même temps.

D’ailleurs c’est plus en L que j’aurais eu ma place, entouré de gens qui lisaient beaucoup, réfléchissaient à la politique, militaient, etc. Bon, heureusement, j’ai eu mon BAC (sans mention), sauvé par le côté « littéraire » de la SVT, et par le français et l’anglais.

A noter cependant que même au lycée, j’ai encore eu deux/trois personnes qui ramaient encore bien plus que moi (puisque moi je m’en sortais pas mal dans les matières littéraires) et m’ont pris pour leur bonne poire, notamment dans les travaux en groupe que j’ai fait seul…

A la fac, les choses sont restées similaires. Malgré les heures que j’ai passées sur mes dissert et autres commentaires, je n’ai jamais réussi à avoir que des résultats moyens, voire médiocres dans les matières principales, faute d’avoir jamais assimilé la « bonne » méthode de travail. En fin de licence, un prof m’a d’ailleurs dit que je faisais des textes « d’école de journalisme » (je n’étais pas en journalisme). J’ai eu mes trois années encore une fois par l’anglais, les options historiques et géopolitiques. Et puis j’ai rapidement réalisé que je n’étais pas à l’aise dans ma filière, j’ai donc passé trois ans à chercher la meilleure réorientation en changeant tout le temps d’avis.

Déjà, pendant ma licence, je commençais à bien comprendre ce que les fameux cancres pouvaient ressentir (se demander ce qu’on fout là, ce qu’on va faire de sa vie, ramer pour approcher un peu le niveau des autres, se dévaloriser…). D’ailleurs, ça ne fait pas de mal, comme leçon de vie.
Et puis, en me réorientant, en entrant en M1 dans une filière (où supposément je serais brillant, car passion depuis l’enfance, tout ça), je me suis encore plus planté qu’avant. Et là pour le coup, je me suis vraiment senti LE Cancre du groupe.

Parce que tout le monde avait déjà son sujet de mémoire au début de l’année, sauf moi (même si j’ai bluffé et que j’en ai inventé un en 30 minutes, que j’ai pu sortir quand le prof m’a interrogé). Il faut dire que je n’avais su qu’au tout dernier moment dans quelle classe exactement je serais, que je suis arrivé avec zéro infos. Sans détailler, la raison c’est que la réorientation (avec les démarches, la pêche aux canards aux infos…) avait été une vraie galère.

Donc, j’ai démarré l’année avec un gros retard sur tout le monde (ce qui m’a plombé évidemment). Certains exercices importants me paraissaient carrément absurdes aussi, et je n’avais aucune idée de quoi répondre. De plus, je sentais bien que les autres élèves comprenaient constamment toutes les références « évidentes » des profs et moi non. Souvent, je ne comprenais que la moitié de leurs conversations entre eux, et j’espérais que personne ne me demande mon avis. De plus, tout le monde s’en sortait bien en latin alors que moi, je n’y arrivais pas. Comme je disais plus haut, les langues (sauf l’anglais) m’ont toujours posé un gros problème.

Bref, j’ai passé l’année à « faire comme si » tout allait bien, que je comprenais tout, etc, pour pas que les profs ou mes camarades ne découvrent le pot-aux-roses. Tout en ayant l’impression d’avoir un panneau clignotant « CANCRE » sur le front.

Déjà, avant j’avais un certain malaise par rapport à ça. Mais depuis cette année de M1, j’ai développé un gros malaise par rapport aux gens brillants dans leurs études, à celleux qui ont un projet bien clair de ce qu’iels veulent faire et le suivent avec brio, à celleux qui font des doctorats. En très résumé, ces gens me donnent l’impression d’être une merde à côté.

Les fois où je me suis retrouvé au milieu d’un groupe qui parlait de ses études brillantes, moi j’avais juste envie d’aller me bourrer la gueule (d’un côté ça me saoulait d’être la plante verte comme d’hab et d’un autre côté j’étais soulagé qu’on me demande rien sur moi et mes études, parce que sinon on aurait « découvert ma médiocrité », qui restait cachée dans le silence…).

Ah et j’oubliais, LA question qui tue (et que j’esquive autant que possible) c’est évidemment « tu fais quoi dans la vie » avec toutes ses déclinaisons.

Il y a aussi autre chose qui me met mal à l’aise, ce sont les gens qui ont une énorme culture livresque, académique, universitaire. Que ce soit en socio, en histoire des idées, en politique, etc. Celleux qui ont toujours plein d’auteur.ice.s à la bouche. Et qui s’expriment de manière brillante, que tout le monde écoute naturellement.

Notamment dans le milieu queer/féministe/poly.
Moi je n’y arrive pas, à me constituer une énorme culture livresque comme ça, ça demande pas mal d’organisation, de concentration… qui ne sont pas mes points forts en ce moment.

Pourtant, moi aussi je parle beaucoup (notamment au micro), j’ai toujours des trucs à dire sur tout, et j’écris un blog. Et comme je disais, j’écris et je parle souvent comme dans une dissert. J’ai souvent un avis sur tout. Attention, j’ai pas dit une bonne dissert, ça j’en sais rien. Mais une dissert quand même.

Du coup, je pense que pour certaines personnes, je fais moi-même partie de ces « intellos » un peu crispant.e.s avec leur grande gueule (quand je suis pas une plante verte je peux avoir une grande gueule), qui les mettent mal à l’aise. Ce que je comprendrais à 100% puisque moi-même, je ressens ça de l’autre côté de la barrière.

N’empêche que, surtout face à des personnes (beaucoup) plus diplômées que moi (et/ou avec des résultats brillants) ou une importante culture livresque, j’ai toujours l’impression de bluffer (et j’ose beaucoup moins parler face à ces gens). Même si je tiendrais les mêmes propos avec assurance ailleurs.

(CW : psychophobie « light » à propos des personnes HQI, HPI, THQI.).

Enfin, un dernier truc (lié au reste) me file des complexes. C’est lorsque j’apprends qu’une personne est surdouée (HPI, HQI et THQI).

Là, je sais que c’est carrément psychophobe, en réalité (et je n’en suis pas fier, je vous rassure). Parce que ces personnes n’ont pas des vies « rêvées », et correspondent rarement au cliché (entretenu par le cinéma, la télé…) des « génies », et ne sont pas forcément brillantes à l’école. Et que le QI ne mesure pas l’intelligence toute entière (ni encore moins la valeur d’une personne).

Oui, un comble, j’écris un blog contre la psychophobie, et j’ai moi-même une vision « gentiment » psychophobe de ces personnes. Je mets gentiment entre guillemets, parce que les clichés « bienveillants » sur les minorités, ça n’a rien de gentil et c’est tout autant de la merde que les clichés malveillants. La preuve, à mon niveau perso, je ne peux pas m’empêcher de les envier un peu et de m’y comparer (même si je sais que c’est rationnellement absurde). Au moins, je me soigne.

En plus, j’ai une relation intime avec un HQI. Qui réussit bien mieux que moi ses études (et ses ami.e.s aussi), et sait depuis son enfance ce qu’il veut faire et s’y dirige précisément depuis. Pour complexer il n’y a rien de tel…

Ceci dit, c’est (notamment) en le fréquentant que je me suis rendu compte à quel point ma vision du sujet (surdouance) était biaisée et pleine de clichés pseudo-bienveillants de merde.

Quelque chose qui n’aide pas non plus, c’est que (encore une fois, « grâce » à la télé, au cinéma, aux sites Internet qui racontent n’importe quoi ou donnent des visions simplistes, à l’égo de certains parents pour leurs enfants, aux sites même sérieux qui parlent d’Einstein/Mozart/Aristote/insérer une personne brillante etc) beaucoup de gens associent systématiquement « Asperger » et « génie » (usuellement en science, en informatique ou à la limite en musique) de manière directe.

Ou au moins associent Aspie et « talent particulier ».

Ou associent « Asperger » et « surdoué » (ou confondent carrément les deux), sachant que là aussi, « surdoué » dans l’imaginaire c’est « gosse brillant, génie… ».

Moi pendant un bon moment, j’ai donc pensé que je « n’étais pas à la hauteur pour un Aspie », voire que du coup je « ne pouvais pas être Aspie puisque pas du tout un génie » (alors même que tout colle). Surtout que bon, non seulement je n’ai pas une telle intelligence, mais je ne suis pas doué en sciences, en informatique et en musique.

Depuis j’ai compris que j’étais Aspie, que au niveau des vrais « symptômes » je suis même un cas d’école, mais que par contre je ne ressemble pas aux clichés populaires du tout. Mais ce cliché (soi-disant un compliment, lui aussi) reste blessant, en me rappelant « mon niveau ».

Et puis je sais que je ne suis pas le seul, à ressentir ça, cette idée stupide qu’on n’est pas à la hauteur pour des Aspies. Évidemment qu’on ne l’est pas d’ailleurs, 99% de la planète ne pourrait pas l’être en se comparant à de tels modèles.

Bref, j’ai une relation assez compliquée à l’intelligence, au niveau d’études, de culture. Faite d’envie, de malaise, de sentiment d’imposture, et aussi de psychophobie, d’élitisme et de classisme intériorisés. Et due au fait que j’ai souvent été mis sur un piédestal (« intello »), même si ça ne m’a pas attiré que de la bienveillance, ET aussi souvent été bien rabaissé de fait (« cancre »), plus récemment, par rapport aux groupes où je me trouvais, parfois en même temps.

Une conclusion (il m’en faut bien une), c’est que pour les gens bienveillants et ayant fait de hautes études, eu des hauts diplômes, beaucoup de culture, etc, n’oubliez pas de ne pas trop les étaler à la face des autres, et ne présumez pas que les gens près de vous sont comme vous quand vous n’en savez rien, please. Je sais que ce n’est pas fait avec l’intention de blesser, bien sûr, mais ça retourne le couteau dans la plaie.

Surtout que au niveau de la société (même en gagnant peu d’argent) c’est très valorisé, c’est déjà un privilège en soi (en termes de prestige), les études, la culture et la manière de s’exprimer (la plus blanco-bourgeoise possible).

Je ne dis pas qu’il ne faut pas être fiers de nos réussites, y compris scolaires et universitaires. Je sais à quel point ça demande du boulot et d’en chier. A fortiori quand (justement) on ne vient pas d’une famille bourgeoise (et/ou blanche). Ou qu’on est trans, handicapé.e, etc. Je sais aussi (TRÈS BIEN) que c’est dur de ne pas en mettre plein la vue sur ses réussites ou nos atouts, lorsqu’on a longtemps été rabaissé.e à côté (à cause d’une ou plusieurs oppressions) et qu’on a des petits (ou gros) soucis d’estime de soi.

D’ailleurs je plaide coupable, moi-même si j’ai une si grande gueule au café poly et dans le milieu en général c’est parce qu’à côté de ça j’ai été (et dehors, je suis encore) dans le rôle de la plante verte un peu médiocre qui s’assume mal.
Par ailleurs, ce privilège culturel dont je parlais, je l’ai moi-même par rapport à beaucoup de gens (j’ai quand même une licence et des capacités d’expressions pas trop mal). Donc, je ne jette la pierre à personne, sinon je devrais commencer par moi-même.

Mais nous devons apprendre à être fiers de nos réussites (ou même de nos capacités d’expression, de notre culture…) sans écraser les autres avec. Ou mieux encore, apprendre à être fiers de nous même sans ça. Y compris en tant que cancres. Même si ce n’est pas valorisé par la société.
Autrement dit, arrêter de chercher une validation externe, et/ou arrêter de nous juger nous-mêmes (et de juger les autres) selon les critères dominants. Parce que les critères dominants, c’est de la merde en barres.

Publicités

4 réflexions au sujet de « Les cancres et les intellos »

  1. Bon désolée, j’ai pas de plan non plus, ça va être un peu décousu aussi, et beaucoup en vrac…

    En tant que « brillante élève » mais toutefois moins brillante que d’autres, plein de choses résonnent en moi dans ton article.

    Même quand on est « l’intello » de certains, y a en effet toujours des moments où on se sent juste comme une grosse merde, par exemple :
    – arriver en prépa et se rendre compte un jour par hasard que les trois quarts (ou peut-être pas, mais facilement la moitié) de ta classe ont eu mention très bien au bac alors que toi, t’as eu mention bien, et encore de justesse ;
    – tomber en pâmoison devant une personne qui n’a qu’un ou deux ans de plus que toi à tout casser (qui fait même plus jeune) et qui a déjà depuis plusieurs années un poste de maître de conférences à la fac (et qui a fait bac+8 avec un ou deux ans d’avance…) alors que depuis ton diplôme bac+5 ça fait quatre ans que tu galères à faire un truc utile de ta vie (« utile » dans le sens « reconnu par la société ») – et donc te dire que tu lui arriveras jamais à la cheville (tout en te rendant compte que c’est un être humain, comme toi) surtout que ce jour-là c’est cette personne qui fait le cours ;
    – rencontrer une personne qui n’a pas pu faire d’études et qui se passionne pour des sujets – notamment scientifiques – sur lesquels tu n’arrives pas toujours à argumenter en retour alors que tu as une formation scientifique, justement ; et là aussi, tomber amoureuse…et te dire que de toute façon elle n’a pas besoin de toi, puisque t’es moins que rien, la preuve t’as fait des études et tu connais même pas ce qu’elle raconte, elle qui n’a pas fait d’études…et qui fait des trucs utiles, genre se battre pour l’environnement, alors que toi, qu’est-ce que t’as fait d’utile de ta vie, déjà ? Du baby-sitting (certains appellent ça « éducation » mais bon, on éduque surtout les jeunes à se conformer et à éviter les punitions…) ?!

    Penser à tout ça, et te dire que du haut de ta vie de femme cis blanche de classe plutôt aisée (certes aussi pan et poly mais bon ça ça se voit pas comme la couleur de peau ou la classe sociale), t’as pas le droit de te plaindre. Qu’après tout, si tu foires tout depuis que tu as eu ton dernier diplôme, si tu trouves pas ta place, ça doit bien venir un peu de toi (puisque t’es si intelligente, tu devrais réussir, c’est évident). Donc tu « fais comme si », tu dis « oui, oui », comme si tu maîtrisais, alors que tu maîtrises rien, et que t’es juste en train de te détruire de l’intérieur – ce que t’aurais d’ailleurs continué à faire si une personne pourtant à peu près autant dans la m… que toi (mais pour d’autres raisons) ne t’avait pas rattrapée au vol en t’envoyant l’adresse d’une thérapeute.

    En tout cas, pour revenir à toi (l’auteur du blog), je sais pour te connaître que t’as pas besoin d’une reconnaissance sociale quelconque, d’un diplôme ou je ne sais quoi d’autre pour être une belle personne, intelligente, qui écrit et dit plein de choses pertinentes, et qui se questionne bien plus que 95% (pour ne pas dire peut-être 99%) des gens bardés de diplômes et qui auraient des positions soit-disant « plus enviables » dans la société. Il faut bien retenir que dans le fond, un diplôme ne mesure pas l’intelligence, il mesure notre conformité à un système donné. (Bon, quelque part ton article le dit un peu aussi, même si c’est peut-être entre les lignes.)

    Et nous, on se rend malades d’être « pas conformes », parce qu’à l’extrême ça veut dire être banni de la société. Et ça, on n’en a pas forcément envie. Qu’on en ait envie ou pas, dans tous les cas c’est violent.

    J'aime

  2. Merci de ton com. Oui clairement, le diplôme mesure la conformité. D’ailleurs, perso, j’ai plus tellement envie de retourner à la fac ou dans le système scolaire en général, à la fois parce que j’ai accumulé des tonnes de mauvais souvenirs (pas forcément horribles mais au moins de malaise etc), et parce que j’ai pris conscience de ce que ça représente politiquement (un système qui crée un privilège basé sur les études, tout en renforçant/prolongeant tous les autres privilèges).
    Par contre, ce qui manque un peu à mon estime de moi, c’est d’avoir achevé des choses concrètes, mais bon pour ça faudrait encore que j’arrive à être mieux organisé.

    Sinon je n’ai pas vécu les autres situations que tu cites, à part la crainte qu’on me demande « ce que je fais dans la vie ». D’ailleurs des fois même dans le milieu poly, quand je suis face à des adultes (honnêtement, moi-même je suis pas encore un adulte dans ma tête bien que je sois plus un ado, enfin je pense) qui ont déjà une situation établie, avec souvent un métier qui semble « cool » ou avec un minimum de prestige, des bonnes études dans le passé, ou pire, des gens de mon âge (voire moins que mon âge) qui en sont déjà là, bah… malaise quoi. A un café récemment j’ai encore esquivé la question « et vous vous faites quoi dans la vie » dans une discussion (d’ailleurs perso, je trouve ça classiste au possible de faire un tour de table en demandant ça, même si ça n’avait rien de méchant ou malveillant hein).

    Après je vais pas me plaindre parce que malgré tout dans le milieu poly (et queer aussi d’ailleurs) c’est quand même là où j’ai le moins rencontré ce problème-là.

    J'aime

  3. J’ai déjà vu une personne qui à la question « Tu fais quoi dans la vie ? » a répondu « Je réalise mes rêves ».
    Si c’est cette question qui est posée on peut très bien répondre par n’importe quelle activité (je glande, j’écris, je rédige un blog, je m’interroge sur le monde…) et pas nécessairement par un métier « reconnu ».

    Au passage écrire un blog c’est loin d’être rien.

    Quand je vois que moi qui adore écrire je suis parfaitement incapable de maintenir même un blog parce que je pars dans tous les sens (et que je finis par l’abandonner…enfin, officiellement j’ai aucun blog, je sentais bien que je ne le tiendrais pas, c’est sûrement pour ça…).

    J'aime

  4. Je n’ai aucune autorité en la matière, j’ai juste envie d’exprimer le plaisir que j’ai à lire ce que tu écris, c’est très authentique et sans idée toute faites. Et limpide et fluide à lire pour là cancre qui je suis. 🙂 merci.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s