Textes de soutien

Subissons nous du racisme en tant que personnes blanches ?

Si j’en parle en ce moment, c’est parce que le sujet est d’actualité. Puisque récemment, une personne a été condamnée à de la prison ferme pour une insulte considérée comme « raciste contre les blancs ».

D’où je parle, pour commencer : je suis une personne blanche, et ici je ne parlerais que de mon vécu. Je vis à Paris depuis ma naissance, dans un quartier très mélangé niveau couleurs de peau et origines.
Et bien sûr, cet article est destiné aux autres personnes blanches.

Avant de commencer, quelques liens. De l’urgence d’en finir avec le racisme anti-blanc, de Joao Gabriell (je vous invite d’ailleurs à lire son blog, du même nom que lui), qui est une personne concernée par le racisme et un militant.
Une vidéo d’Aamer Rahman, humoriste afro-américain sur ce sujet. « Reverse Racism« . Pour les personnes qui ne comprennent pas l’anglais on peut mettre les sous-titres en français.

Une autre personne blanche fait un témoignage similaire ici. Et il y en a probablement encore d’autres, que je rajouterais au fur et à mesure.

Avant de raconter ma (passionnante) vie je vais rappeler un peu le contexte. Les personnes familiarisées avec les notions d’oppression, vous pouvez sauter, on connaît cet argumentaire par cœur à force de le répéter.

L’argument que les personnes minoritaires (comme moi) répètent le plus souvent quand on leur parle de racisme anti-blanc, ou de sexisme anti-hommes (cis), d’hétérophobie, etc, c’est que les oppressions sont systémiques.

Autrement dit, le racisme (ou le sexisme ou l’homophobie) sont le fait de l’ensemble de la société. Donc, de l’État, des autres institutions (entreprises par exemple), des comportements individuels ou collectifs de la majorité de la population, des groupes dominants. Cela inclut les comportements inconscients ou commis sans malveillance délibérée.

Par exemple, si demain je deviens prof et que je punis deux fois plus des élèves noirs ou arabes que des élèves blancs pour le même comportement, cela reste du racisme même si sur le moment je ne m’en rends pas compte du tout. Cet exemple est bien réel, et est le fait d’énormément de profs et instits blancs. Pas seulement au niveau des punitions mais de la notation, des choix d’orientation, etc.

Bref, les oppressions sont systémiques, et on ne peut les comparer à des comportements individuels occasionnels (comme une insulte une seule fois dans la rue).

Je rajouterais personnellement que, souvent, ce que des personnes considèrent comme du racisme anti-blanc (ou le cas échéant du sexisme anti-hommes, de l’hétérophobie, etc) ce sont en réalité des comportements légitimes mais pas agréables. Quelques exemples pour mieux comprendre.

  • Une personne blanche fait de l’appropriation culturelle. Une personne concernée lui fait remarquer. Parfois, la personne blanche (même si on lui dit sans aucune agressivité) se sentira agressée dans son « droit de faire ce qu’elle veut » (sans se poser de questions éthiques) et donc parlera de racisme anti-blanc.
  • Une personne (socialement dominante) veut rentrer dans un espace en non-mixité où elle n’a pas sa place. Par exemple, un homme cis dans un espace féministe pour les femmes et minorités de genre, une personne hétéro dans un espace réservé aux personnes homo, bi et pan, ou une personne blanche dans un groupe non-mixte asiatique, rrom ou arabe.
    La personne essaye donc d’entrer, on lui dit « non », et elle se sent agressée (parfois même si c’est dit gentiment).
  • Les deux cas précédents, mais où les personnes concernées disent les choses un peu brutalement ou même sèchement.
    Par exemple, dans le cas de l’espace non-mixte, parce que la personne qui essaye de rentrer est la 20ème à faire le coup et donc qu’une personne concernée perd patience.Beaucoup de personnes en position de domination (blanches dans le cas qui nous intéresse ici) n’ont pas l’habitude de se faire « mal parler » (mal pouvant inclure « juste sèchement ») par des personnes minoritaires, ou du moins, ne l’acceptent pas. Même si elles ont tort sur le fond.Ce qui peut amener à des réactions du type « on m’a même pas laissé entrer, quel sectarisme. Et en plus on m’a mal parlé. C’est du racisme anti-blanc ».

Au passage, l’existence d’espaces non-mixtes ou en mixité choisie (pour les minorités) n’est pas motivée par le sectarisme ou la « haine des autres » mais par le besoin de s’isoler dans des lieux pour échapper momentanément à des oppressions (racisme, ou sexisme…). Pour être un peu tranquilles, ou pour militer et discuter de sujets politiques sans interférence ou jugement, et d’autres raisons encore.

Donc, des lieux interdits aux blancs ce n’est pas « contre les blancs » mais pour répondre aux besoins propres des personnes qui créent ces lieux, et y participent. Bref, il n’y a aucune raison logique de se sentir offensé ou agressé lorsqu’on n’a pas sa place dans un lieu non-mixte.

En général, une fois qu’on a expliqué tout ça, soit la personne en face est d’accord, soit elle rétorque que « le racisme anti-blanc existe quand même, sous forme isolée mais il existe ». Ce qu’elles veulent dire c’est qu’il y a des gens qui se font insulter ici ou là en tant que blancs par exemple, même si c’est un phénomène marginal et qui n’est pas systémique.

Je ne prétends pas savoir tout ce qui se passe, partout, en France ou en Europe ou en Occident.
Mais je peux raconter ce que j’ai vu (ou plutôt, pas vu) dans ma vie.

Bon, je passe rapidement sur l’école maternelle et primaire où on était 99% de blanc.he.s, donc la question ne se posait pas. Au collège, par contre, on devait être à la louche un quart de noirs, un quart d’arabes, un quart d’asiatiques et un quart de blancs. Donc numériquement, une minorité de blanc.he.s (par contre les profs et autres personnels étaient blancs). Et je n’ai pas les chiffres mais visuellement, je dirais que la proportion est la même pour le quartier en général.

De plus, l’ambiance de mon collège était assez tendue. Beaucoup de bagarres, et d’insultes (entre élèves et envers les adultes). Beaucoup d’insolence en cours. Qui étaient principalement le fait des élèves ayant les moins bonnes notes et/ou s’intéressant le moins aux cours (quelle que soit leur origine).

Par contre, si il y avait des élèves blancs côté « cancres », les bons et très bons élèves étaient presque tous blancs et de classe moyenne (voire moyenne-supérieure). Mais à aucun moment, je n’ai vu d’élèves « cancres » racisés attaquer les bons élèves ou les profs ou les autres adultes sur leur couleur de peau. Même dans les moments les plus violents et tendus. Même après avoir été punis ou exclus (y compris de manière humiliante). Même quand des profs disaient toutes les notes (et appréciations) à voix haute pour bien humilier les personnes ayant les plus mauvaises notes.

Pourtant, après une humiliation publique (par un prof blanc), cela aurait été le moment le plus propice pour traiter ledit prof de « sale blanc ». Mais ça n’a jamais été le cas.

En 3ème, les profs ont clairement traité de manière différenciée les élèves du « groupe des cancres ».
Les blancs ont été envoyés dans des lycées généraux (peu cotés), ou technologiques si iels n’avaient vraiment pas des résultats assez hauts. Les autres, dans des lycées professionnels (ou technologiques si leurs résultats étaient vraiment plus hauts que la moyenne).

Par exemple, dans ma classe, un garçon blanc (qui passait son temps à tricher, faire le clown, être insolent etc) a été envoyé en général. Une fille noire qui avait les mêmes notes (les deux étaient autour de 10/20, sachant que lui était un tricheur notoire et pas elle…) et le même comportement à peu près a été envoyée en professionnel. Et c’était pareil dans tous les cas.

Bref, si on résume, on avait au sommet les bons élèves blancs et de classe moyenne (à qui on passait tous les écarts sans jamais rien dire et qui ont fini dans des lycées d’élite), les cancres blancs (qu’on a tenu à « sauver » et à rattraper autant que possible quand même), les élèves bons ou moyens-bons racisés qu’on a envoyé en technologique (sauf un ou deux vraiment excellents qui ont été en général, l’exception), et les cancres racisés qui ont fini en professionnel sans réfléchir.

Au passage, je ne dénigre pas les filières professionnelles. Mais le fait est que, dans la tête de tout le monde (profs, élèves, CPE, parents…), le lycée professionnel était une punition pour les gens qui se comportaient trop mal et n’avaient pas assez bien travaillé (bonjour le classisme au passage).

Pour revenir au sujet, malgré ce traitement différencié, les élèves racisé.e.s que j’ai croisé dans mes classes n’ont jamais sorti aucune insulte anti-blanche, que ce soit envers les adultes qui les prenaient de haut et les discriminaient (derrière la bienveillance de façade), ou envers leurs camarades mieux traités. Même dans les moments de rébellion.

Ensuite, je vais parler un peu de moi. J’avais une position assez particulière, puisque je n’étais ni dans le groupe des bons élèves, ni dans le groupe des cancres, j’étais juste entre les deux. Donc vu des intellos j’étais un cancre, vu des cancres j’étais un intello.
Niveau comportement, je devais être le plus calme en classe (contrairement aux cancres qui finissaient par s’en foutre des cours ou qui se rebellaient, et contrairement aux bons élèves qui pouvaient se permettre plein de petits écarts sans risque). Niveau notes, j’étais moyen-bon, donc pile au milieu (et assez haut pour que les gens moins bien notés copient sur moi à tour de bras).

Et puis, j’étais à peu près complètement isolé dans mes classes, n’étant pas neurotypique, ni hétéro, ni cisgenre (même si ça, je ne le savais pas encore). Et étant assez faible physiquement.
D’ailleurs, mon harcèlement scolaire a été collectif, et est venu de gens d’à peu près toutes les couleurs. De bons élèves comme de cancres, aussi.

Du coup, étant la seule personne blanche isolée et clairement vulnérable de la classe, si il y avait eu du racisme anti-blanc j’aurais été en position idéale pour me le prendre dans la tronche.
Pourtant ça n’a jamais été le cas. On m’a harcelé sur des tonnes d’autres choses mais jamais sur ce sujet-là.

Et bien que la majorité des gens aient participé d’une façon ou d’une autre (insultes, blagues humiliantes…), ce sont finalement des garçons cis blancs qui m’ont le plus fait chier (en venant chercher la bagarre, en cours d’EPS…). Et d’ailleurs ce sont certaines filles noires ou arabes de la classe qui ont pris ma défense ou m’ont pris dans leurs groupes, ou qui n’ont pas participé du tout (alors que tous les autres si).

Bon, au lycée, la question ne s’est pas posée, puisque majorité très, très blanche. Logique, puisque les profs de collège s’en étaient assurés au moment de l’orientation en 3ème.

Ceci dit, j’ai eu beaucoup d’autres occasions où j’aurais pu me faire insulter comme blanc, et où ça n’a jamais été le cas.

En me déplaçant à pied dans mon quartier. En traversant le quartier de mon ancienne fac (qui est tout aussi mélangé). En allant toutes les semaines dans un bar tunisien (pendant plus de sept ans). En passant beaucoup de temps par semaine dans le nord de Paris (18ème et 19ème) pour voir des amis. Ou dans le métro et dans le RER (à l’est de Paris). Ou à la fac.

J’insiste sur le métro et le RER. Je sais qu’il y a des personnes blanches que ça stresse d’être « le seul blanc du métro ».
Je ne vais pas dire que « c’est pas bien » de stresser, surtout qu’honnêtement ça m’est arrivé aussi, au début, lorsque je n’en avais pas l’habitude. Parce que je n’en avais pas l’habitude, justement. Et aussi (voire surtout) parce que les médias nous incitent à avoir peur.

Mais en pratique, je j’ai jamais eu aucun problème. Et les rares fois où il y a eu des personnes vraiment agressives, ce n’était pas contre moi en particulier mais contre une autre personne ou contre tout le monde, donc rien à voir avec la couleur (et la même chose arrive avec des personnes blanches agressives).

Bref, pour conclure :

Je n’ai personnellement jamais vécu, vu, entendu d’insultes ou de gestes anti-blancs, de haine anti-blanche, alors que j’en aurais eu 1000 fois l’occasion en théorie. Et qu’au collège, le contexte y était a priori propice.

Et c’est pareil pour toutes les personnes blanches de mon entourage, qui vivent aussi sur Paris dans des quartiers assez mélangés.

Par contre, le racisme tout court, je l’ai bien vu.

Par exemple, donc, ces profs qui donnent plus d’attention et de conseils à leurs élèves blancs, punissent plus lourdement et plus fréquemment leurs élèves racisés (pour des comportements égaux), notent plus gentiment leurs élèves blancs (pareil pour les appréciations sur le bulletin), et orientent par couleur (et classe sociale) vers général, technologique et professionnel.

Pourtant, ces profs au quotidien n’auraient pas semblé racistes pour deux sous. Ils n’ont jamais ou presque fait de blague ou d’insulte raciste, ou de remarque sur les origines, par exemple.
Et c’étaient des gens tolérants, ouverts d’esprit, de gauche, etc.

Cela ne les empêchait pas (inconsciemment, peut-être ? ) de faire un traitement différencié et pas équitable.

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10 réflexions au sujet de « Subissons nous du racisme en tant que personnes blanches ? »

  1.  » j’ai eu beaucoup d’autres occasions où j’aurais pu me faire insulter comme blanc,  »

    -> « Où j’aurais pu être insulté » plutôt non ?

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  2. J’aime bien le fait d’avoir replacé le contexte en début de ton article, car en effet c’est un sujet délicat sur lequel je préfère souvent dire « il n’y a pas de raciste anti blanc en France ». Je sais que je ne suis pas omniscient même si je me permet de faire une vérité générale en ce qui concerne ce qu’il se passe en France…

    En témoignage de racisme anti-blanc, j’ai dû faire la rencontre d’une fille provenant de Martinique et étant blanche, pourtant née en Martinique, de parents eux même nés en Martinique etc.. Et qui parlait de raciste anti blanc. De harcèlement scolaire, d’agression dans les transports en commun ou le fait qu’elle soit blanche était clairement (énoncé) mit en avant pour l’insulter et autre chahut « plus ou moins » violent (elle n’a pas été agressé physiquement heureusement) par des personnes de couleur (notamment noire). Comme quoi elle une étrangère du fait de sa couleur de peau, aussi).

    Je ne connais pas tout les détailles, juste qu’elle parlait clairement harcèlement et de racisme anti blanc (d’où le fait qu’elle est préféré continuer ses études en revenant en France métropolitaine).

    Du coup, que penser de cette situation et témoignage (qui n’est pas unique quand on parle de pays comme en Afrique du sud, ou Dom-Tom )?
    Peut on parler de racisme anti blanc dans ces endroits du globe?

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    1. Enfin en même temps en Martinique (petit détail) les blancs qui y vivent (les békés) sont des colons, qui statistiquement vivent mieux que les noirs, et dont le niveau de vie élevé (et pour certains fortune) est directement issu de l’exploitation (passée ET présente) des locaux

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    2. Donc c’est juste normal en fait que des gens s’en prennent aux blancs là-bas.

      Et les colons dans ces endroits n’ont en fait aucune légitimité pour y vivre à part le vol de la terre

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    3. Après c’est pas cool de s’en prendre à des enfants qui n’ont pas choisi de vivre là.

      En revanche des adultes colons (même nés sur place) ont choisi de rester et de profiter passivement (au minimum) du système, donc si ça les éclabousse en retour c’est un peu normal quoi…

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  3. Je ne fais que poser la question :

    Mais le racisme anti-blanc existe au japon, non ?

    Bon, ils sont raciste avec tout ce qui n’est pas japonnais de toutes façon, mais bref…

    Sûrement un héritage de leur isolationnisme. ^^

    Bien sûr, je dis ça de manière interrogative.

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    1. Je suis pas spécialiste, mais de ce que j’ai compris, c’est de la xénophobie (rejet de tous les étrangers), et ça ne vise pas spécialement les blancs / occidentaux en tant que tels.

      A la limite, les occidentaux blancs restent privilégiés comparés aux autres étrangers, parce que en général ceux qui vont au Japon sont de classe moyenne ou sup (1), et que les étrangers non-blancs eux pour le coup subissent du racisme pour leur origine en plus de la xénophobie générale (2) (les Chinois et les Coréens car ce sont des « ennemis historiques » et que le Japon les a colonisés au 20ème siècle: le racisme anti noirs existe, etc). Sachant que les immigrés asiatiques arrivent plus souvent au Japon pour des raisons politiques ou économiques donc avec moins d’argent.

      Bref, même au Japon il y a pas un système social entier qui désavantage et violente les blancs occidentaux spécifiquement en tant que tels (même si ils peuvent l’être un peu comme étrangers).

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  4. C’est vrai que pour s’installer au japon, il faut déjà avoir un peu d’argent…

    (voilà pourquoi je ne pourrai jamais y aller ><)

    Moi j'aimerai habiter en Islande, mais ancêtre en son originaire ! … C'est un magnifique pays, il n'y a pas beaucoup de monde et on y est tranquille.

    Sinon, merci pour votre réponse.

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