Autisme·Dépression·Psychophobie

La dépression

J’ai été franchement dépressif pendant environ quatre ans. Avec des rechutes plus ou moins grandes depuis.

Notamment en ce moment, enfin je crois. En ce moment je suis dans une phase de démotivation générale. En particulier, je n’ai aucune motivation à voir des amis ou socialiser en ce moment, ni à en faire plus que le minimum. Le reste devient comme un effort pesant, même ce qui est une source de bonheur d’habitude.

J’ai réalisé le souci quand une personne physiologue (sur Internet) m’a dit que ça ressemblait à un début de dépression. Bien sûr ça n’a rien d’un diagnostic et je ne suis sûr de rien. Mais vu que j’ai déjà une expérience du sujet ça me paraît logique.

Quand j’ai eu ma longue dépression il y a plusieurs années, les causes étaient évidentes. J’étais dans le placard sur le fait de ne pas être hétéro. Sauf avec une poignée d’élèves qui avaient compris et me faisaient chier avec ça.

Je stressais donc constamment que tout le monde apprenne / comprenne que je n’étais pas hétéro, et en même temps je faisais semblant d’en avoir rien à faire et répondais à leurs blagues grasses en surenchérissant, ce qui éloignait les suspicions. Et puis le simple fait d’être dans un océan d’hétéros cisgenres c’est déjà une source de stress minoritaire en soi. A la longue, c’était usant.

J’ai espéré qu’en fréquentant le milieu homo, ça irait mieux, que je rencontrerais des gens « comme moi », qui m’accepteraient… Sauf que non. Homos ou bis ou hétéros, les neurotypiques restent avant tout des neurotypiques (mais ça je ne le savais pas). Le milieu homo a été une déception de plus. Et j’ai même parfois cru que je ne trouverais jamais d’amis et serait toujours seul, puisque « avec les hétéros ça ne marche pas et avec les homos non plus, il reste quoi alors ? « .

Et le plus important peut-être. C’est crevant d’être constamment entouré de neurotypiques. C’est comme deux journées concentrées en une seule (une pour gérer le quotidien, et une pour les interactions avec les neurotypiques).

Non seulement ils me fatiguaient, mais ce n’était pas nourrissant, pas stimulant (intellectuellement et émotionnellement) d’interagir avec eux. De jouer le jeu de leurs « amitiés » où on consomme, on échange du small talk et on zappe constamment.

J’ai continué à le faire, parce que j’ignorais qu’il y avait d’autres personnes que les neurotypiques. Mon seul horizon de vie sociale, c’était donc de tenter éternellement de nouer des amitiés (en vain) avec des personnes peu intéressantes, peu stimulantes et ennuyeuses.

Malgré toutes ces interactions (discussions, repas, pots…) avec des « amis » neurotypiques, j’étais toujours seul parmi eux. D’ailleurs, ils me traitaient comme une plante verte.

Et je pensais que le problème venait de moi. Je me disais « je dois faire plus d’efforts », mais sans jamais savoir quels efforts faire. Il n’y avait en réalité pas de réponse, puisque le problème ne venait pas de moi et n’était pas sous mon contrôle.

Ensuite, je n’avais pas non plus réellement d’horizon professionnel.

Bref, c’est assez logique de tomber en dépression avec tout ça.

En pratique, c’est souvent l’estime de soi à zéro. Qui t’amène à te dire que tu n’arriveras à rien et donc que dans le futur, le suicide sera peut-être une option valable (option Châteaubriant). Et que te dire que tu as cette option te rassure.

C’est aussi parfois que quand un mec te drague dans la rue, tu acceptes direct ses avances sans en avoir franchement envie « parce que c’est une occasion unique, sinon je ne plairais à personne jusqu’à 30 ans ».

Au passage, ce mec avait dû repérer ma faiblesse direct car il en a profité. Bien sûr, passer des mois à flipper à cause du VIH (passer le BAC sous traitement d’urgence tout en étant dans le placard), avoir peur pendant plusieurs années d’être seul dans la rue ou avec des inconnus (et des relations sexuelles évidemment) n’a rien arrangé.

Sinon, la dépression c’est aussi parfois le cercle vicieux de la mauvaise estime de soi, de la jalousie, de la dépendance affective…
« Je ne vaux rien donc il préfèrera n’importe qui plutôt que moi et m’abandonnera, et si il part je ne suis plus rien ».

C’est comme ça que je suis devenu incontrôlablement jaloux des amis de mon meilleur ami. Alors je ne pouvais pas le dire et j’essayais de le cacher mais évidemment ça ressortait… et ça pourrissait tout. Et lorsque cette jalousie a fini par amener la rupture, je me suis effectivement senti vide, puisque cette relation occupait une place tellement énorme et centrale pour moi.

Sinon, dans les autres domaines de ma vie, manque général de motivation et d’énergie. Je ne me sentais pas toujours triste mais très rarement heureux. Tout était un peu « sans goût ». Dépendance aux forums et réseaux sociaux.

Ce que j’ai appris de tout ça c’est que :

La dépression, il ne suffit pas de vouloir pour s’en débarrasser. Même si c’est « dans la tête » ce n’en est pas moins réel.

Même chose pour la dépendance affective (et la jalousie qui peut s’ensuivre).

Connaître son identité, mettre des mots dessus, savoir ce qui se passe, rencontrer des gens comme soi, etc c’est fondamental. Que ce soit au niveau genre, orientation ou neuroatypie. Mieux vaut savoir qu’on est autiste plutôt que se croire simplement bizarre, inadapté…

Et mieux vaut comprendre qu’on subit de la psychophobie, plutôt que de se dire que c’est à nous d’essayer de nous adapter dans un monde pas fait pour nous.
En somme, comprendre la psychophobie, ça a été comprendre que le problème au niveau relationnel vient de la société et non de moi.

Certains aspects de l’autisme sont des handicaps en soi, oui. Mais les difficultés sociales avec les neurotypiques ne sont pas un handicap en nous, elles sont une exclusion sociale.

Ce n’est donc pas à nous de changer dans ce domaine ou de nous sentir inadapté.e.s. Et déjà ça c’est un facteur de dépression en moins..

La dépression ne se voit pas forcément. D’abord parce qu’on fait souvent ce qu’on peut pour la cacher.

Ensuite parce que souvent ça ne correspond pas aux stéréotypes. Une personne dépressive peut avoir des moments de bonheur, peut quand même avoir une vie sociale et sortir (parfois en se forçant certes), peut sourire…

Et ce n’est pas parce que c’est invisible aux autres que c’est moins important.

Plus généralement les troubles mentaux (visibles ou non) sont trop souvent pris à la légère, y compris par des professionnel.le.s ou des proches des personnes touchées. En particulier pour les personnes jeunes ou ado (effet de mode, passade, « tu es immature », « tu cherches juste de l’attention »…).

En outre, la règle sociale qui veut qu’on DOIVE cacher une dépression (comme si c’était une infamie), faire semblant d’aller bien… est profondément psychophobe.

Si vous ne voyez pas le souci, pensez aux personnes qui sont socialement obligées de maintenir les apparences malgré une maladie physique grave (cancer par ex). C’est dégueulasse d’exiger ça de ces personnes, on est d’accord. Enfin, j’espère qu’on est d’accord parce que c’est de la décence de base.

Eh bien pour la dépression et les autres troubles mentaux c’est pareil. Demander aux personnes touchées de préserver le confort des autres avant leur bien-être c’est franchement indécent.

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