Autisme·Cissexisme·Genre·Hétérosexisme·Homo/bi/pansexualité·Psychophobie

« Le syndrome d’Asperger » de Tony Attwood… et les personnes LGBTQIAP

Point vocabulaire. LGBTQIAP = personnes lesbiennes, gay, bi, trans, queer (Q), en questionnement (Q), sur le spectre asexuel et aromantique (A), pansexuelles et panromantiques (P).

Personne trans = personne dont l’identité de genre n’est pas celle qui a été assignée à la naissance. 

Ce qui inclut les femmes trans (assignées hommes), les hommes trans (assignés femmes) et les personnes non-binaires (ni femmes ni hommes).

J’ai récemment parcouru ce livre, considéré comme une référence par beaucoup d’associations et professionnel.le.s sur le syndrome d’Asperger (notamment Asperger Aide France). Au passage, Elaine Hardiman-Tavaud, la fondatrice d’Asperger Aide France, a contribué à la rédaction et à la traduction.

Et… c’est tout un poème. Rentrons dans le vif du sujet, avec la page 23, qui se trouve dans un paragraphe sur l’imitation.

« Imitation », page 23

Ici, Tony Attwood nous explique qu’une partie des enfants Asperger observent et analysent le comportement d’autres enfants, puis les imitent, pour parvenir à s’intégrer et à avoir du succès. Une partie développe du coup un talent pour le théâtre, le mime, l’imitation artistique…

Ensuite, il passe aux inconvénients de cette tactique. Le premier c’est de risquer d’imiter les mauvaises personnes et d’avoir des mauvais comportements.

Le second, c’est que les psychiatres risquent de mal diagnostiquer la personne, pensant qu’elle a un trouble de la personnalité multiple.

Et le troisième… attention accrochez-vous.

« Certains enfants Asperger n’aiment pas être ce qu’ils sont et voudraient être quelqu’un d’autres qu’eux-mêmes, quelqu’un qui serait socialement à l’aise et aurait des amis. Un garçon avec le syndrome d’Asperger peut remarquer le succès qu’a sa sœur auprès de ses pairs. Il peut aussi constater que les filles et les femmes, particulièrement sa mère, ont une intuition sociale naturelle; ainsi, pour acquérir des compétences sociales, il commence à imiter les filles. Cela peut inclure le fait de s’habiller comme une fille.

Plusieurs études ont été publiées, et au cours de mon expérience clinique, j’ai rencontré plusieurs garçons et filles Asperger qui avaient des difficultés avec leur identité de genre (Gallucci, Hackeman et Schmidt 2005; Kramer et al 2005).

Ceci peut également concerner des filles avec le syndrome d’Asperger qui ne se supportent pas et veulent devenir quelqu’un d’autre. Parfois de telles filles peuvent vouloir être des garçons, particulièrement lorsqu’elles ne peuvent se retrouver dans les intérêts et les ambitions des autres filles, et que les activités dynamiques des garçons leur paraissent plus intéressantes.« 

Alors, premièrement, Tony Attwood pense que les filles et les femmes (surtout les mères) ont une intuition sociale naturelle. Oui, naturelle, j’insiste. Et TOUTES, hein. Misogynie bonjour (le fait que ce soit un cliché en apparence positif, qu’on leur attribue une qualité, ne rend pas l’idée moins misogyne).

Deuxièmement, il parle d’enfants qui ont des difficultés avec « leur genre ». Ce n’est pas leur genre, c’est leur genre assigné à la naissance. On ne naît pas garçon ou fille. Le genre c’est dans la tête (et les rapports sociaux) donc forcément, c’est acquis. Il n’y a pas une petite fée qui se pointe sur le berceau et qui fait « toi tu seras une fille », et hop, téléchargement du dossier « féminité » dans le cerveau…

On va donc reformuler sa phrase. « Il y a des enfants (et des adultes, d’ailleurs) qui ont des problèmes avec le genre qu’on leur a assigné« . Le problème c’est (justement) que ce n’est PAS leur genre réel. Et que quand on décide que tu seras un garçon, avec tout ce que ça implique, alors que  tu es une fille, évidemment ça n’aide pas la personne à être heureuse.

Je pense d’ailleurs que demain, si tout le monde se mettait à appeler Tony Attwood « Madame » et à décider que maintenant c’est une femme, allez hop c’est arbitraire, il ferait la tronche.

Les personnes qui ont un genre différent de leur genre assigné à la naissance, ce sont les personnes trans. Et les enfants aussi peuvent être trans.

Troisièmement, Attwood considère que les enfants trans sont des enfants qui « n’aiment pas être ce qu’ils sont » (en réalité, on l’a vu, le problème n’est pas ce qu’ils sont réellement mais justement qu’on les empêche d’être eux-mêmes et qu’on leur impose une autre identité de force).

Ce sont des enfants qui « ne se supportent pas » (en même temps, peut-être que en grandissant dans une société sans psychophobie ni transphobie ils se supporteraient mieux, enfin moi je dis ça…).

Quatrièmement, Attwood parle des filles et des garçons trans (en en les renvoyant à leur genre assigné à la naissance).

Il manquerait pas un truc ? Les personnes non-binaires, par exemple ?

Cinquièmement, Attwood parle de « filles » qui « veulent être des garçons ».

Les garons trans ont été assignés filles à la naissance et presque tout le monde les prend pour des filles, certes.

Mais ce SONT des garçons. Ce ne sont pas des filles.

Plus généralement, les personnes trans ne sont pas des personnes qui « veulent être » autre chose. Elles sont.

Sixièmement, selon Attwood, les garçons trans (enfin les « filles qui veulent être des garçons », du coup) ne se retrouvent pas dans les intérêts et les ambitions des filles.

Bon, déjà, cette phrase était mal formulée, puisque toutes les filles n’ont pas les mêmes intérêts et ambitions. Mais, admettons que ce soit une maladresse, il voulait sans doute dire : les intérêts connotés féminins par la société (occidentale).

Cependant, même en l’interprétant comme ça, ça reste problématique. Il y a des mecs trans qui aiment porter du vernis à ongles ou se maquiller par exemple. Et ça reste des mecs (même si tout le monde se sert de ça pour dire le contraire).

Donc, non, tous les mecs trans n’ont pas un rejet complet des intérêts et ambitions « de filles ». Et c’est pareil pour les femmes trans, qui peuvent avoir des intérêts et ambitions connotés masculins.

Septièmement, Attwood classe la transidentité (qu’il appelle « problèmes avec l’identité de genre ») dans la partie Imitation.

Partie imitation où il vient de nous expliquer que beaucoup d’Aspies imitent la personnalité des autres autour, ce qui les amène parfois au théâtre, etc.

Autrement dit, selon lui être trans c’est comme jouer un rôle de théâtre. Donc, les transidentités sont fausses (ce qui explique qu’il n’arrête pas de renvoyer les trans à leur genre assigné à la naissance, puisque le reste c’est du théâtre, et hop la boucle est bouclée).

Cerise sur le gâteau, selon lui les filles trans sont des garçons qui « s’habillent comme des filles ».

En somme, Attwood nous ressort (sous un jargon scientifique) la confusion entre femme trans et homme cis travesti en femme.

Vous savez, l’idée qui :

  • ressort dans presque toutes les comédies avec une femme trans comme personnage. Par exemple, dans Bridget Jones, le personnage de Daniel n’arrête pas de tomber sur des femmes thaï qu’il trouve très canon et attirantes, et qui se révèlent être « des mecs déguisés ». « Une jolie thaïe, qui s’est avérée être un beau thaï ».
  • dans les comédies et les sketches, comme dans la réalité, beaucoup d’hommes ont l’impression de « se faire avoir » après avoir flirté avec une femme trans, en l’apprenant. C’est un gag récurrent du cinéma, et pour eux une perte de virilité, une humiliation.
  • dans la réalité, c’est un mobile récurrent d’agression et de meurtre sur des femmes trans.
  • l’idée que les femmes trans ne sont que des hommes travestis, déguisés, permet de les exclure de pas mal d’espaces féminins (y compris féministes) où pourtant elles ont leur place et dont elles ont autant (ou plus) besoin que les autres.

Bref, c’est très transmisogyne de présenter des filles trans comme des garçons qui « s’habillent en fille ».

Pour résumer, en dix-sept lignes, on a un homme cis adulte qui répand un cliché misogyne, invalide et invisibilise aussi bien les femmes trans que les hommes trans que les personnes non-binaires, compare la transidentité à du théâtre et les femmes trans à des hommes travestis, et invalide complètement le ressenti d’enfants. Passons à la suite.

« Chercher un partenaire », page 63

Dans la rubrique « Chercher un partenaire ». Attwood nous parle des difficultés des adolescents Aspies pour trouver un.e partenaire.

Tous les adolescents, apparemment du moins.

C’est donc pour ça qu’il écrit « Le jeune homme Asperger peut se demander tristement « Comment faire pour avoir une petite amie ? » « .

Ou un petit ami ? Non ? Ah bah non, le jeune homme Asperger est hétéro. En outre, il cherche forcément quelqu’un, il ne peut pas être aromantique

Et ensuite, puisqu’il parle des ados en général, on pourrait penser qu’il écrira la même chose sur la jeune femme Asperger, qui est concernée aussi. Mais non.

On a bien compris que les jeunes non-binaires n’existaient pas dans son monde, mais il aurait pu au moins mentionner les femmes autant que les hommes.

« Amitiés de même genre », page 85-86

Attwood nous parle ici d’un sujet intéressant. A savoir, comment les enfants Aspies vivent (à l’école primaire, au collège…) leurs relations avec les autres, dans un contexte où les garçons et les filles sont très séparés, avec des activités codifiées, etc.

Cependant, encore une fois, il présume que toutes les personnes assignées filles sont des filles, et que toutes les personnes assignées garçons sont des garçons. Et il fait ça sur les deux pages.

Ensuite, il parle d’avoir des « amis de sexe opposé« . Pareil, c’est un détail linguistique. Mais ici on parle de genre (d’ailleurs Tony Attwood le sait puisqu’il parle de genre avant…) et non de sexe. En plus, ce concept de genre/sexe « opposé » est tellement crispant, comme si les filles et les mecs c’étaient deux espèces différentes et opposées en tous points.

Je n’aurais pas râlé si il n’y avait eu que ça, mais ça commence à faire beaucoup de détails là…

Passons au fond. Dans les deux pages, Attwood nous explique que des enfants (assignés) garçons et Aspies risquent de ne fréquenter que des filles, et d’acquérir le langage corporel, les caractéristiques de la voix et les intérêts féminins par imitation. Et que du coup iels peuvent commencer à « avoir des problèmes d’identité de genre ».

Au cas où on n’aurait pas encore compris, il en remet une louche. Être trans est un PROBLÈME. (Il précise pas problème pour qui, remarque…).

Et puis, des enfants (assignés) filles risquent de devenir des « garçons manqués ».

Pour éviter de se retrouver avec des filles tomboy, des garçons efféminés, et des enfants trans (quelle horreur), Attwood nous propose une solution tout à la fin de la page 86.

« L’enfant Asperger a besoin d’un équilibre entre amis du même sexe et du sexe opposé« . Oui, il a besoin, attention. Un enfant assigné fille qui traîne trop avec les garçons, ou assigné garçon qui traîne trop avec les filles, c’est pas bien, il faut recadrer ça…

Un passage sur les ados

« Vers l’âge de l’adolescence, un phénomène de plateau est observé : les ados Aspies atteignent rarement la maturité d’un jeune adulte. Ils ne vivent pas les mêmes expériences que les ados en général, que ce soit au niveau de l’identité de genre (sentiment d’appartenance à son sexe), ou des interactions avec les autres ados, et plus particulièrement avec le sexe opposé ».

Alors, déjà, l’identité de genre ce n’est pas le sentiment d’appartenance à « son sexe » (cad le genre qu’on t’assigne ARBITRAIREMENT en naissant) mais à… un genre.

Donc le sentiment d’être une femme (avec OU SANS vagin), un homme (avec OU SANS pénis), non-binaire.

Ensuite, j’adore le sous-entendu « Ils ne vivent pas les mêmes expériences […] au niveau des interactions avec […] le sexe opposé ».
Ce qui fait a priori surtout référence aux interactions amoureuses et sexuelles. Interactions qui ont lieu forcément avec « le sexe opposé ». Et les ados homos, bi ?

Enfin, n’oublions l’association entre ne pas vivre « les mêmes expériences que les ados en général […] au niveau de l’identité de genre »…
Et, juste avant, « les ados Aspies atteignent rarement la maturité d’un jeune adulte ».

Une personne trans a par définition une expérience différente de la majorité en matière de genre. Est-elle donc forcément moins mature ?

« Choix du partenaire », page 363

« Beaucoup de femmes m’ont décrit combien leur conjoint Asperger ressemblait à leur père » (p. 363).

« Lorsqu’on demande aux hommes Asperger ce qu’ils ont au début trouvé séduisant chez leur partenaire, ils décrivent souvent […] des traits spécifiques de personnalité, par exemple le fait d’être maternelle » (p. 364) Donc il parle bien d’hommes qui sont avec des femmes, même si il a utilisé le mot neutre « partenaire ».

« Qu’est-ce que les hommes traditionnels trouvent séduisant chez les femmes Asperger ? Ces attributs peuvent être similaires à ceux que les femmes trouvent séduisant chez un homme Asperger » (p. 364).

« La femme Asperger peut dans un premier temps avoir pitié de l’homme« . (p. 365).

Et une femme avec une femme ? Un homme avec un homme ? Et les non-binaires ? Bon bah non, toujours pas. C’est pareil dans tout le reste du chapitre.

Au passage, je ne suis pas sûr de ce que Tony Attwood appelle les hommes « traditionnels ». Il parle aussi des enfants « traditionnels » dans d’autres chapitres. Tout ce qu’on sait c’est que les personnes « traditionnelles » ne sont pas Aspies.

Je ne sais pas si il inclut là-dedans TOUTES les personnes non-autistes (y compris celles qui ont d’autres neuroatypies, comme la schizophrénie, la bipolarité, le haut potentiel, etc), ou seulement les personnes réellement neurotypiques (dans la norme mentale dominante donc).

Dans le premier cas, ça veut dire que Tony Attwood n’a pas prévu le cas de personnes autistes sortant ensemble (cas qui existe pourtant…). Dans le second cas, c’est encore pire.

Ca veut dire que pour lui, il faut absolument que les personnes autistes sortent avec des neurotypiques. Donc, ni avec d’autres autistes, ni avec des schizophrènes, borderline, bipolaires, HP… (qui ne seraient pas autistes).

Bref, c’est une injonction à la mixité (en matière de relations sentimentales). Elle n’est pas directe, il ne dit jamais texto que c’est ce qu’il faut faire. Mais en ne mentionnant que cette possibilité, c’est sous-entendu.

« Problèmes dans la relation », page 366

Au bas de la page 368, Attwood mentionne le cas des personnes Asperger qui ont un « manque de désir » sexuel. Il oppose d’ailleurs ce manque à « l’excès ».

Déjà, c’est une manière très négative de parler des gens qui n’ont que peu de désir, ou pas du tout. Pourquoi ne pas simplement parler de « désir faible » ou « absent » ?

Je rappelle aussi que selon Attwood, le couple est nécessairement formé d’une personne Asperger et d’une personne qui ne l’est pas.

Donc, la personne non-Asperger risque d’être « confrontée à un manque de désir » de la part de la personne Asperger. Pourquoi ne pas prendre le problème dans l’autre sens, et dire que la personne Asperger est confrontée à un trop plein de désir de l’autre personne ?

Ou tout simplement, dire que les deux personnes n’ont pas le même niveau de désir ?

Ensuite, Attwood utilise le mot « asexuel ». Mais, selon lui, le partenaire Asperger du couple peut « devenir asexuel une fois qu’il ou elle a des enfants, ou une fois que le couple s’est formellement engagé dans la relation« .

Donc, une personne peut seulement devenir asexuelle. Et en plus, dans des circonstances très spécifiques (après formation du couple, après naissance des enfants).

Attwood invisibilise donc toutes les personnes qui ont toujours été asexuelles, ou qui le sont devenues à un autre moment et/ou pour d’autres raisons.

Sans parler des personnes qui sont proches de l’asexualité sans y être totalement. Par exemple, des personnes qui oscillent entre des périodes d’asexualité et des périodes d’hypersexualité, ou des personnes qui n’ont que peu de désir ou seulement dans des circonstances spécifiques (grey-asexuelles), ou des personnes qui ont besoin d’avoir un lien affectif très fort pour pouvoir désirer (demi-sexuelles)…

De plus, Attwood, dans sa configuration, n’envisage que le cas de la personne Asperger qui n’a que peu ou pas du tout de désir envers l’autre personne. Manifestement, ça ne lui est pas venu à l’idée que l’autre personne (celle qui n’est pas Aspie), elle aussi, puisse être asexuelle ou s’en rapprocher…

Pourtant, c’est logique. Une personne qui est asexuelle ou sur le spectre asexuel (qu’elle soit autiste ou non), il y a des chances qu’elle se rapproche de personnes dans le même cas, qu’elle cherche sur des groupes ou réseaux spécialisés d’autres personnes dans le même cas (elles aussi, autistes ou non).

Résumons : Attwood ne reconnaît qu’une forme très spécifique d’asexualité (après la formation du couple, après les enfants), invisibilise tout le reste du spectre de l’asexualité. Et il n’imagine pas le cas de personnes non-autistes et asexuelles.

Et surtout, surtout, il présente ça comme négatif. D’ailleurs, il parle quand même de l’asexualité dans la rubrique « Problèmes de la relation ».

Conclusion

Passons en revue la check-list.

Invalider le genre de toutes les personnes trans, en les renvoyant à leur genre assigné à la naissance : Fait.

Comparer les femmes trans (qu’il invalide, donc) à des hommes travestis : Fait.

Ne pas mentionner du tout les personnes non-binaires : Fait.

Présenter la transidentité comme un douloureux problème à éviter en amont : Fait.

Présenter (implicitement) comme un problème que des filles soient tomboy et des garçons efféminés : Fait.

Invisibiliser largement les personnes homo, bi, pan : Fait.

Invisibiliser les personnes aromantiques et sur le spectre de l’aromantisme : Fait.

Invisibiliser et dénigrer (un peu subtilement) les personnes asexuelles et sur le spectre de l’asexualité : Fait.

Faire comme si tous les Aspies (voire tout le monde) était sentimentalement exclusif et en couple monogame : Fait.

Cliché misogyne et essentialiste (les femmes et leur instinct social naturel) : Fait.

Bref, ce livre parvient à être oppressif contre toutes les personnes LGBTQIAP en même temps.

Si ce n’était qu’un obscur livre, je ne m’énerverais pas pour ça, et je ne pondrais pas un article là-dessus. Mais ce n’est pas un obscur livre.

C’est un livre utilisé comme référence internationalement, et en particulier en France. C’est le quasi-seul qu’on trouve dans les bibliothèques publiques à Paris.

C’est celui qui est constamment cité par Asperger Aide France et sa fondatrice (qui a participé à l’écriture). Sachant qu’AAF est elle-même l’association de référence pour les Aspies (enfants ou adultes) et leurs parents, en matière de diagnostic, de cours d’habileté sociale, etc.

Je vous laisse imaginer que dans les conférences d’AAF, c’est exactement le même discours.

Alors, moi, ça me donne des envies de meurtre (c’est ballot, je ne suis pas cis, pas hétéro, je suis sur le spectre asexuel et aromantique…), mais ça ce n’est pas très grave, j’ai été aux conférences d’AAF en étant déjà conscient de tout ça, et je ne suis plus enfant.

Mais pour des enfants et ados Aspies qui seraient trans, homos, bi, asexuel.le.s…, et qui liraient ce livre ou écouteraient ces conférences, ce serait catastrophique. Ça reviendrait à écouter des figures d’autorité scientifiques (les seules connues sur le sujet, en plus) invalider leur identité.

Même pour des adultes Aspies, qui seraient LGBTQIAP mais peu informés sur les questions de genre et d’orientation, ce serait une cata d’entendre ou de lire ça.

Quand on galère à comprendre qui on est, à ne pas avoir honte de ce qu’on est, à gérer la psychophobie et les autres oppressions (sexisme, transphobie, homophobie, acephobie…) partout, on n’a vraiment pas besoin de ce genre de merde.

Et puis, il y a pire encore.

Les parents d’enfants Aspies qui lisent ça, vous imaginez leur réaction si leur enfant annonce être trans ? Déjà que souvent c’est pas fameux, mais alors là ça va pas arranger les choses…

Et les professionnel.le.s ? Par exemple, les profs d’habileté sociale, pour Asperger ? Les assistant.e.s de vie scolaire (AVS / AESH) ? Les psychologues ? Les psychanalystes ? Les thérapeutes de couple ? Les sexologues ?

Déjà qu’il y a largement trop de transphobie et de LGBTQIAP-phobies en général dans ces milieux, alors là…

Je ne connais pas les statistiques sur l’orientation sexuelle, quelle proportion d’Aspies sont hétéros, bi, pan, homos, asexuel.le.s, etc.

Concernant le genre, cependant, il y a beaucoup d’Aspies trans. Attwood le constate lui-même d’ailleurs, qu’il croise beaucoup de gens « ayant des problèmes d’identité de genre », et cite des études appuyant ce point.

Et puis empiriquement, quand on fréquente le milieu trans, on trouve des Aspies (et des autistes et des neuroatypiques en général) partout.

En sens inverse, quand on fréquente le milieu Aspie, et qu’on parle avec les gens, on rencontre beaucoup de gens qui ont l’impression de ne jamais avoir été conformes à leur genre, et qui tiennent un discours qui ressemble beaucoup à celui des non-binaires assumés (même si le vocabulaire est un peu différent).

Ces personnes, souvent, n’utilisent pas le mot « non-binaire » (ou des mots comme agenre, genderfluid…) textuellement, donc je préfère ne rien affirmer, il n’y a que ces personnes qui peuvent savoir. Mais n’empêche que le discours ressemble beaucoup.

Ce n’est probablement pas un hasard, d’ailleurs, qu’il y ait autant d’Aspies trans, non-conformes aux stéréotypes de genre, ou en questionnement sur leur genre.

Donc, pour revenir au livre, il nuit mécaniquement à beaucoup de gens, puisqu’il y a beaucoup d’Aspies trans. D’ailleurs, je me demande si ces personnes Aspies qui ont un discours ressemblant à celui des non-binaires mais sans utiliser le mot, ce n’est pas aussi parce que (justement) on leur a bien rentré dans le crâne que « tu es une fille point » ou « tu es un garçon point », comme Attwood le fait justement dans son livre.

Ce n’est qu’une spéculation, mais je me demande. Dans quelques années (après avoir fréquenté plus d’Aspies encore) j’aurais probablement la réponse.

Pour finir, ce livre pose un autre souci. C’est qu’un homme cis adulte se permette (dans un livre à audience mondiale) d’expliquer la vie à des enfants et ados (et adultes) de minorités de genre et sexuelles, de nier leur existence… tout ça du haut de ses privilèges. C’est déjà problématique en soi.

 

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11 réflexions au sujet de « « Le syndrome d’Asperger » de Tony Attwood… et les personnes LGBTQIAP »

  1. C’est presque drôle, tout à l’heure je feuilletais « Trop intelligent pour être heureux ? », qui est un des bouquins les plus cités quand on parle de HQI, et on peut lui faire presque exactement les même reproches …

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  2. Bien contente de vous lire. Aux conference des 20/21 mai (van Vermeulen et Attwood) J’avais remarqué que tout était dans des cases bien rangé comme les femmes font la cuisine, ce sont des meres avant tout, les hommes aiment le sport et la mécanique etc et j’en passe … Lors de ces conférences auxquelles j’avais assisté j’avais été très énervée en entendant autant de stéréotypes réducteurs. Bien sûr il y avait beaucoup d’autres choses très intéressantes par ailleurs mais je suis intervenue plusieurs fois pour tenter de signaler un certain sexisme…

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    1. Merci de votre com. Ça me rassure de voir que je ne suis pas le seul à m’en rendre compte. Des fois les gens finissent par me faire douter, je me dis que peut être je suis parano et surinterprète des détails… mais non.

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  3. J’ai une petite question technique au sujet de l’histoire de la théorie du genre. Il semblerait qu’à l’origine de cette théorie on trouve essentiellement des psychanalystes et des personnes ayant été influencés par la pensée psychanalytique. Ca m’intéresserait d’avoir plus de détails sur le sujet! Peut-être à l’occasion d’un nouvel article tout aussi détaillé?! 🙂
    Parce que, quand même, ça fait bizarre de voir des aspies parler aussi bien du genre qu’Elizabeth Roudinesko!!

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  4. On retrouve exactement la même chose dans le livre de Fabrice Bak sur le surdouement « la précocité dans tous ses états, à la recherche de son identité »

    Moi qui suis asexuelle en couple homo avec une fille asexuelle et en m’identifiant en plus panromantique , j’ai l’impression que voir un psy pour lui parler de la découverte du syndrome d’asperger et de la révélation que ça a été est une démarche assez contraire à quelque chose de saint dans le développement personnel ^^;

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