Autisme·Cissexisme·Genre·Hétérosexisme·Homo/bi/pansexualité·Psychophobie

« Le syndrome d’Asperger » de Tony Attwood… et les personnes LGBTIA

Point vocabulaire. LGBTIA = personnes lesbiennes, gay, bi, trans, intersexes (I), sur le spectre asexuel et aromantique (A).

J’ai récemment parcouru ce livre, considéré comme une référence par beaucoup d’associations et professionnels (notamment Asperger Aide France). Au passage, Elaine Hardiman-Tavaud, la fondatrice d’Asperger Aide France, a contribué à la rédaction et à la traduction.

Et… c’est tout un poème. Rentrons dans le vif du sujet, avec la page 23, qui se trouve dans un paragraphe sur l’imitation.

« Imitation », page 23

Ici, Tony Attwood nous explique qu’une partie des enfants autistes observent et analysent le comportement d’autres enfants, puis les imitent, pour parvenir à s’intégrer et à avoir du succès. Une partie développe du coup un talent pour le théâtre, le mime, l’imitation artistique…

Ensuite, il passe aux inconvénients de cette tactique. Le premier c’est de risquer d’imiter les mauvaises personnes et d’avoir des mauvais comportements. Jusque-là on est d’accord.

Le second, c’est que les psychiatres risquent de mal diagnostiquer la personne, pensant qu’elle a un trouble de la personnalité multiple.

Et le troisième… attention accrochez-vous.

« Certains enfants Asperger n’aiment pas être ce qu’ils sont et voudraient être quelqu’un d’autres qu’eux-mêmes, quelqu’un qui serait socialement à l’aise et aurait des amis. Un garçon avec le syndrome d’Asperger peut remarquer le succès qu’a sa sœur auprès de ses pairs. Il peut aussi constater que les filles et les femmes, particulièrement sa mère, ont une intuition sociale naturelle; ainsi, pour acquérir des compétences sociales, il commence à imiter les filles. Cela peut inclure le fait de s’habiller comme une fille.

Plusieurs études ont été publiées, et au cours de mon expérience clinique, j’ai rencontré plusieurs garçons et filles Asperger qui avaient des difficultés avec leur identité de genre (Gallucci, Hackeman et Schmidt 2005; Kramer et al 2005).

Ceci peut également concerner des filles avec le syndrome d’Asperger qui ne se supportent pas et veulent devenir quelqu’un d’autre. Parfois de telles filles peuvent vouloir être des garçons, particulièrement lorsqu’elles ne peuvent se retrouver dans les intérêts et les ambitions des autres filles, et que les activités dynamiques des garçons leur paraissent plus intéressantes.« 

Alors, premièrement, Tony Attwood pense que les filles et les femmes (surtout les mères) ont une intuition sociale naturelle. Oui, naturelle, j’insiste. Et TOUTES, hein. Misogynie bonjour (le fait que ce soit un cliché en apparence positif qu’on leur attribue une qualité ne rend pas l’idée moins misogyne).

Deuxièmement, il parle d’enfants qui ont des difficultés avec « leur genre ». Ce n’est pas leur genre, c’est leur genre assigné à la naissance. On ne naît pas garçon ou fille. Le genre c’est d’une part un système d’organisation et de hiérarchisation de la société (niveau collectif), et une construction psychologique, une identité, une conscience de sa place dans le monde social (niveau individuel). C’est donc acquis.

Il n’y a pas une petite fée qui se pointe sur le berceau et qui fait « toi tu seras une fille », et hop, téléchargement du dossier « féminité » dans le cerveau…

On va donc reformuler sa phrase. « Il y a des enfants (et des adultes, d’ailleurs) qui ont des problèmes avec le genre qu’on leur a assigné à la naissance, et qui n’est pas le leur« .

Le problème c’est (justement) que ce n’est PAS leur genre réel. Et que quand on décide que tu seras un garçon, avec tout ce que ça implique, alors que  tu es une fille, évidemment ça n’aide pas la personne à être heureuse.

Je pense d’ailleurs que demain, si tout le monde se mettait à appeler Tony Attwood « Madame » et à décider arbitrairement que maintenant c’est une femme, il ferait la tronche.

Troisièmement, Attwood considère que les enfants trans sont des enfants qui « n’aiment pas être ce qu’ils sont » (en réalité, on l’a vu, le problème n’est pas ce qu’ils sont réellement mais justement qu’on les empêche d’être eux-mêmes et qu’on leur impose une autre identité de force).

Ce sont des enfants qui « ne se supportent pas » (en même temps, peut-être que en grandissant dans une société sans psychophobie ni transphobie ils se supporteraient mieux, enfin moi je dis ça…).

Quatrièmement, Attwood parle des filles et des garçons trans (en en les renvoyant à leur genre assigné à la naissance).

Il manquerait pas un truc ? Les personnes non-binaires, par exemple ?

Cinquièmement, Attwood parle de « filles » qui « veulent être des garçons ».

Les garons trans ont été assignés filles à la naissance et presque tout le monde les prend pour des filles, certes.

Mais ce SONT des garçons. Ce ne sont pas des filles.

Plus généralement, les personnes trans ne sont pas des personnes qui « veulent être » autre chose. Elles sont.

Sixièmement, selon Attwood, les garçons trans (enfin les « filles qui veulent être des garçons », du coup) ne se retrouvent pas dans les intérêts et les ambitions des filles.

Bon, déjà, cette phrase était mal formulée, puisque toutes les filles n’ont pas les mêmes intérêts et ambitions. Mais, admettons que ce soit une maladresse, il voulait sans doute dire : les intérêts connotés féminins par notre société (occidentale).

Cependant, même en l’interprétant comme ça, ça reste problématique. Il y a des mecs trans qui aiment porter du vernis à ongles ou se maquiller par exemple. Et ça reste des mecs (même si tout le monde se sert de ça pour dire le contraire).

Donc, non, tous les mecs trans n’ont pas un rejet complet des intérêts et ambitions « de filles ». Et c’est pareil pour les femmes trans, qui peuvent avoir des intérêts et ambitions connotés masculins. 

Septièmement, Attwood classe la transidentité (qu’il appelle « problèmes avec l’identité de genre ») dans la partie Imitation.

Partie imitation où il vient de nous expliquer que beaucoup d’autistes imitent la personnalité des autres autour, ce qui les amène parfois au théâtre, etc.

Autrement dit, selon lui être trans c’est comme jouer un rôle de théâtre. Donc, les transidentités sont fausses (ce qui explique qu’il n’arrête pas de renvoyer les trans à leur genre assigné à la naissance, puisque le reste c’est du théâtre, et hop la boucle est bouclée).

Cerise sur le gâteau, selon lui les filles trans sont des garçons qui « s’habillent comme des filles ».

En somme, Attwood nous ressort (sous un jargon scientifique) la confusion entre femme trans et homme cis travesti en femme.

Cette idée ressort dans presque toutes les comédies avec une femme trans comme personnage ou les sketches. Par exemple, dans Bridget Jones, le personnage de Daniel n’arrête pas de tomber sur des femmes thaï qu’il trouve très canon et attirantes, et qui se révèlent être « des mecs déguisés ». « Une jolie thaïe, qui s’est avérée être un beau thaï ».

Dans la vraie vie, les femmes trans passent soit pour des hommes travestis qui essayent pathétiquement d’être des femmes, ou des usurpatrices qui trompent les gens en se faisant passer pour des « vraies » femmes. Cela se paye par des viols, ds agressions et des meurtres (de la part d’hommes se rendant compte qu’ils ont couché ou flirté avec une femme trans), du harcèlement, des discriminations, des insultes…

Bref, c’est très transmisogyne de présenter des filles trans comme des garçons qui « s’habillent en fille »

Pour résumer, en dix-sept lignes, on a un homme cis adulte qui répand un cliché misogyne, invalide et invisibilise aussi bien les femmes trans que les hommes trans que les personnes non-binaires, compare la transidentité à du théâtre et les femmes trans à des hommes travestis, et invalide complètement le ressenti d’enfants. Passons à la suite.

« Chercher un partenaire », page 63

Dans la rubrique « Chercher un partenaire ». Attwood nous parle des difficultés des adolescents autistes pour sortir avec quelqu’un.

Il parle de tous les adolescents, apparemment du moins.

C’est donc pour ça qu’il écrit « Le jeune homme Asperger peut se demander tristement « Comment faire pour avoir une petite amie ? » « .

Ou un petit ami ? Non ? Ah bah non, le jeune homme autiste est hétéro. Il ne peut être homo, bi, aromantique, asexuel ?

Et ensuite, puisqu’il parle des ados en général, on pourrait penser qu’il écrira la même chose sur la jeune femme autiste, qui est concernée aussi. Mais non.

On a bien compris que les jeunes non-binaires n’existaient pas dans son monde, mais il aurait pu au moins mentionner les femmes autant que les hommes…

« Amitiés de même genre », page 85-86

Attwood nous parle ici d’un sujet intéressant. A savoir, comment les enfants autistes vivent (à l’école primaire, au collège…) leurs relations avec les autres, dans un contexte où les garçons et les filles sont très séparés, avec des activités codifiées, etc.

Cependant, encore une fois, il présume que toutes les personnes assignées filles sont des filles, et que toutes les personnes assignées garçons sont des garçons. Et il fait ça sur les deux pages.

Ensuite, il parle d’avoir des « amis de sexe opposé« . Pareil, c’est un détail linguistique. Mais ici on parle de genre (d’ailleurs Tony Attwood le sait puisqu’il parle de genre avant…) et non de sexe. En plus, ce concept de genre/sexe « opposé » est tellement crispant, comme si les filles et les mecs c’étaient deux espèces différentes et opposées en tous points.

Je n’aurais pas râlé si il n’y avait eu que ça, mais ça commence à faire beaucoup de détails là…

Passons au fond. Dans les deux pages, Attwood nous explique que des enfants (assignés) garçons et autistes risquent de ne fréquenter que des filles, et d’acquérir le langage corporel, les caractéristiques de la voix et les intérêts féminins par imitation. Et que du coup ces enfants peuvent commencer à « avoir des problèmes d’identité de genre ».

Au cas où on n’aurait pas encore compris, il en remet une louche. Être trans, ne pas avoir la bonne identité de genre, est un PROBLÈME. (Il précise pas problème pour qui, remarque…).

Et puis, des enfants (assignés) filles risquent de devenir des « garçons manqués ».

Pour éviter de se retrouver avec des filles tomboy, des garçons efféminés, et des enfants trans (quelle horreur), Attwood nous propose une solution tout à la fin de la page 86.

« L’enfant Asperger a besoin d’un équilibre entre amis du même sexe et du sexe opposé« . Oui, il a besoin, attention. Un enfant assigné fille qui traîne trop avec les garçons, ou assigné garçon qui traîne trop avec les filles, c’est pas bien, il faut recadrer ça…

Un passage sur les ados

« Vers l’âge de l’adolescence, un phénomène de plateau est observé : les ados Aspies atteignent rarement la maturité d’un jeune adulte. Ils ne vivent pas les mêmes expériences que les ados en général, que ce soit au niveau de l’identité de genre (sentiment d’appartenance à son sexe), ou des interactions avec les autres ados, et plus particulièrement avec le sexe opposé ».

Alors, déjà, l’identité de genre ce n’est pas le sentiment d’appartenance à « son sexe » (cad le genre qu’on t’assigne ARBITRAIREMENT en naissant) mais à… un genre. C’est dans le nom.

Donc le sentiment d’être une femme (avec OU SANS vagin), un homme (avec OU SANS pénis), non-binaire… 

Ensuite, Attwood semble penser que pour atteindre la « maturité d’un jeune adulte », il faut avoir les mêmes expériences que « les ados en général » en termes de genre, sexualité, amour, amitié…

Les ados « en général » comme il le dit sont hétéros et cisgenres. Donc si on est pas cis ou pas hétéro, on n’est pas matures ? Les personnes LGBTIA ne peuvent devenir adultes dans leur tête ?

« Choix du partenaire », page 363

« Beaucoup de femmes m’ont décrit combien leur conjoint Asperger ressemblait à leur père » (p. 363).

« Lorsqu’on demande aux hommes Asperger ce qu’ils ont au début trouvé séduisant chez leur partenaire, ils décrivent souvent […] des traits spécifiques de personnalité, par exemple le fait d’être maternelle » (p. 364) Donc il parle bien d’hommes qui sont avec des femmes, même si il a utilisé le mot neutre « partenaire ».

« Qu’est-ce que les hommes traditionnels trouvent séduisant chez les femmes Asperger ? Ces attributs peuvent être similaires à ceux que les femmes trouvent séduisant chez un homme Asperger » (p. 364).

« La femme Asperger peut dans un premier temps avoir pitié de l’homme« . (p. 365).

Et une femme avec une femme ? Un homme avec un homme ? Et les non-binaires ? Bon bah non, toujours pas. C’est pareil dans tout le reste du chapitre.

Au passage, je ne suis pas sûr de ce que Tony Attwood appelle les hommes « traditionnels ». Il parle aussi des enfants « traditionnels » dans d’autres chapitres. Tout ce qu’on sait c’est que les personnes « traditionnelles » ne sont pas autistes.

Je ne sais pas si il inclut là-dedans TOUTES les personnes non-autistes, ou seulement les personnes réellement dans la norme mentale dominante.

Dans le premier cas, ça veut dire que Tony Attwood n’a pas prévu le cas de personnes autistes sortant ensemble (cas qui existe pourtant…). Dans le second cas, c’est encore pire.

Ca veut dire que pour lui, il faut absolument que les personnes autistes sortent avec des neurotypiques. Donc, ni avec d’autres autistes, ni avec des schizophrènes, borderline, bipolaires, HP, TDAH… (qui ne seraient pas autistes).

Bref, c’est une belle injonction à la mixité (en matière de relations sentimentales). Elle n’est pas directe, il ne dit jamais texto que c’est ce qu’il faut faire. Mais en ne mentionnant que cette possibilité, c’est sous-entendu.

« Problèmes dans la relation », page 366

Au bas de la page 368, Attwood mentionne le cas des personnes autistes qui ont un « manque de désir » sexuel. Il oppose d’ailleurs ce manque à « l’excès ».

Déjà, c’est une manière très négative de parler des gens qui n’ont que peu de désir, ou pas du tout. Pourquoi ne pas simplement parler de « désir faible » ou « absent » ?

Je rappelle aussi que selon Attwood, le couple est nécessairement formé d’une personne autiste et d’une personne qui ne l’est pas.

Donc, la personne non-autiste risque d’être « confrontée à un manque de désir » de la part de la personne autiste. Pourquoi ne pas prendre le problème dans l’autre sens, et dire que la personne autiste est confrontée à un trop plein de désir de l’autre personne ?

Ou tout simplement, dire que les deux personnes n’ont pas le même niveau de désir ?

Ensuite, Attwood utilise le mot « asexuel ». J’ai été content de voir qu’il connaît le mot, et puis j’ai déchanté.

Selon Attwood, le partenaire autiste du couple peut « devenir asexuel une fois qu’il ou elle a des enfants, ou une fois que le couple s’est formellement engagé dans la relation« .

Donc, Attwood ne reconnaît qu’une forme ultra-spécifique d’asexualité. La personne qui devient asexuelle (et ne l’était pas avant). Après un engagement de couple ou la naissance d’enfants.

Et cela existe mais n’est qu’un exemple du spectre asexuel. Il y a les personnes qui ont toujours été asexuelles. Celles qui le sont devenues suite à d’autres raisons. Celles qui sont proches de l’asexualité mais pas « à 100% », qui n’ont de l’attirance sexuelle que très rarement et dans des circonstances spécifiques.

De plus, Attwood n’envisage que le cas d’une personne autiste et asexuelle, en relation avec une personne non-autiste et sexuelle.

Pourtant

a ) Des personnes autistes peuvent sortir ensemble

b ) Des personnes asexuelles peuvent sortir ensemble, et souvent préfèrent, car c’est plus simple à gérer. Logique.

c ) Des personnes autistes ET asexuelles peuvent sortir ensemble. Ou une personne autiste et une personne non-autiste qui sont asexuelles. Bref, toutes les combinaisons sont possibles.

d ) Attwood pense que dans un couple autiste / non-autiste, c’est forcément la personne autiste qui peut être asexuelle. C’est faux. Il y a des personnes non-autistes et asexuelles.

Et surtout, surtout, il présente l’asexualité comme négative. D’ailleurs, il en parle quand même dans la rubrique « Problèmes de la relation ».

Conclusion

Passons en revue la check-list.

Invalider le genre de toutes les personnes trans, en les renvoyant à leur genre assigné à la naissance : Fait.

Comparer les femmes trans (qu’il invalide, donc) à des hommes travestis : Fait.

Ne pas mentionner du tout les personnes non-binaires : Fait.

Présenter la transidentité comme un douloureux problème à éviter en amont : Fait.

Présenter (implicitement) comme un problème que des filles soient tomboy et des garçons efféminés : Fait.

Invisibiliser largement les personnes homo, bi : Fait.

Invisibiliser les personnes aromantiques et sur le spectre de l’aromantisme : Fait.

Invisibiliser et dénigrer (un peu subtilement) les personnes asexuelles et sur le spectre de l’asexualité : Fait.

Laisser entendre qu’il faut être cisgenre et hétéro pour devenir un adulte mature : Fait.

Faire comme si tous les autistes (voire tout le monde) était sentimentalement exclusif et en couple monogame : Fait.

Cliché misogyne et essentialiste (les femmes et leur instinct social naturel) : Fait.

Faire comme si les autistes devaient forcément sortir avec des NT : Fait.

Bref, ce livre parvient à être oppressif contre toutes les personnes LGBTIA en même temps.

Si ce n’était qu’un obscur livre, je ne m’énerverais pas pour ça, et je ne pondrais pas un article là-dessus. Mais ce n’est pas un obscur livre.

C’est un livre utilisé comme référence internationalement, et en particulier en France. C’est le quasi-seul qu’on trouve dans les bibliothèques publiques à Paris.

C’est celui qui est constamment cité par Asperger Aide France et sa fondatrice (qui a participé à l’écriture). Sachant qu’AAF est elle-même l’association de référence pour les autistes (enfants ou adultes) et leurs parents, en matière de diagnostic, de cours d’habileté sociale, etc.

Je vous laisse imaginer que dans les conférences d’AAF, c’est exactement le même discours.

Alors, moi, ça me donne des envies de meurtre (c’est ballot, je suis autiste, je suis aussi bi, sur le spectre asexuel et aromantique…), mais ça ce n’est pas très grave, j’ai été aux conférences d’AAF en étant déjà conscient de tout ça, et je ne suis plus enfant.

Mais pour des enfants et ados autistes qui seraient trans, homos, bi, asexuels.., et qui liraient ce livre ou écouteraient ces conférences, ce serait catastrophique. Ça reviendrait à écouter des figures d’autorité scientifiques (les seules connues sur le sujet, en plus) invalider leur identité et leur vécu.

Même pour des adultes autistes, qui seraient LGBTIA mais peu informés sur les questions de genre et d’orientation, ce serait une cata d’entendre ou de lire ça.

Quand on galère à comprendre qui on est, à ne pas avoir honte de ce qu’on est, à gérer la psychophobie et les autres oppressions (sexisme, transphobie, homophobie, acephobie…) partout, on n’a vraiment pas besoin de ce genre de merde.

Et puis, il y a pire encore.

Les parents d’enfants autistes qui lisent ça, vous imaginez leur réaction si leur enfant annonce être trans ? Déjà que souvent c’est pas fameux, mais alors là ça va pas arranger les choses…

Et les professionnels ? Par exemple, les profs d’habileté sociale, pour autistes ? Les assistant.e.s de vie scolaire (AVS / AESH) ? Les psychologues ? Les psychanalystes ? Les thérapeutes de couple ? Les sexologues ?

Déjà qu’il y a largement trop de transphobie et de LGBTIA-phobies en général dans ces milieux, alors là…

Je ne connais pas les statistiques sur l’orientation sexuelle, quelle proportion d’autistes sont hétéros, bi, pan, homos, asexuels, etc.

Concernant le genre, cependant, il y a beaucoup d’autistes trans. Attwood le constate lui-même d’ailleurs, qu’il croise beaucoup de gens « ayant des problèmes d’identité de genre », et cite des études appuyant ce point.

Et puis empiriquement, quand on fréquente le milieu trans et non-binaire, on trouve des personnes autistes (et HP, TDAH, bipolaires, borderline…) partout.

En sens inverse, quand on fréquente le milieu autiste et qu’on parle avec les gens, on rencontre beaucoup de gens qui ont l’impression de ne jamais avoir été conformes à leur genre, et qui tiennent un discours qui ressemble beaucoup à celui des non-binaires assumés (même si le vocabulaire est un peu différent).

Ces personnes, souvent, n’utilisent pas le mot « non-binaire » (ou des mots comme agenre, genderfluid…) textuellement, donc je préfère ne rien affirmer, il n’y a que ces personnes qui peuvent savoir. Mais n’empêche que le discours ressemble beaucoup.

Ce n’est probablement pas un hasard, d’ailleurs, qu’il y ait autant d’autistes trans, non-binaires, non-conformes aux stéréotypes de genre, ou en questionnement sur leur genre.

Donc, pour revenir au livre, il nuit mécaniquement à beaucoup de gens, puisqu’il y a beaucoup d’autistes trans. D’ailleurs, je me demande si ces personnes autistes qui ont un discours ressemblant à celui des non-binaires mais sans utiliser le mot, ce n’est pas aussi parce que (justement) on leur a bien rentré dans le crâne que « tu es une fille point » ou « tu es un garçon point », comme Attwood le fait justement dans son livre.

Pour finir, ce livre pose un autre souci. C’est qu’un homme cis adulte se permette (dans un livre à audience mondiale) d’expliquer la vie à des enfants et ados (et adultes) de minorités de genre et sexuelles, de nier leur existence… tout ça du haut de ses privilèges. C’est déjà problématique en soi.

 

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11 réflexions au sujet de « « Le syndrome d’Asperger » de Tony Attwood… et les personnes LGBTIA »

  1. C’est presque drôle, tout à l’heure je feuilletais « Trop intelligent pour être heureux ? », qui est un des bouquins les plus cités quand on parle de HQI, et on peut lui faire presque exactement les même reproches …

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  2. Bien contente de vous lire. Aux conference des 20/21 mai (van Vermeulen et Attwood) J’avais remarqué que tout était dans des cases bien rangé comme les femmes font la cuisine, ce sont des meres avant tout, les hommes aiment le sport et la mécanique etc et j’en passe … Lors de ces conférences auxquelles j’avais assisté j’avais été très énervée en entendant autant de stéréotypes réducteurs. Bien sûr il y avait beaucoup d’autres choses très intéressantes par ailleurs mais je suis intervenue plusieurs fois pour tenter de signaler un certain sexisme…

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    1. Merci de votre com. Ça me rassure de voir que je ne suis pas le seul à m’en rendre compte. Des fois les gens finissent par me faire douter, je me dis que peut être je suis parano et surinterprète des détails… mais non.

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  3. J’ai une petite question technique au sujet de l’histoire de la théorie du genre. Il semblerait qu’à l’origine de cette théorie on trouve essentiellement des psychanalystes et des personnes ayant été influencés par la pensée psychanalytique. Ca m’intéresserait d’avoir plus de détails sur le sujet! Peut-être à l’occasion d’un nouvel article tout aussi détaillé?! 🙂
    Parce que, quand même, ça fait bizarre de voir des aspies parler aussi bien du genre qu’Elizabeth Roudinesko!!

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  4. On retrouve exactement la même chose dans le livre de Fabrice Bak sur le surdouement « la précocité dans tous ses états, à la recherche de son identité »

    Moi qui suis asexuelle en couple homo avec une fille asexuelle et en m’identifiant en plus panromantique , j’ai l’impression que voir un psy pour lui parler de la découverte du syndrome d’asperger et de la révélation que ça a été est une démarche assez contraire à quelque chose de saint dans le développement personnel ^^;

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