Autisme·Psychophobie

Personne autiste ou personne avec autisme ? 

Traduction : En 2015, une étude a été menée par la National Autistic Society, le Royal College of General Practitioners (médecins généralistes), et l’UCL Institute of Education. On a demandé à 502 personnes concernées quel mot elles préfèrent.

61% ont répondu « autiste », et seulement 18% « personne avec autisme ».

C’est une affaire de choix individuel, et quel que soit le choix de la personne on doit le respecter.

A titre perso, je préfère « autiste », et je n’aime pas du tout « personne avec autisme ». Pourquoi ?

Parce que « personne avec autisme », je trouve que ça sous-entend que l’autisme c’est quelque chose de périphérique, voire d’extérieur à soi et à sa personnalité. Un peu comme dire « personne avec un sac à main rose » ou « avec une jupe ».

Comme si c’était honteux, que l’autisme fasse partie de nous.

Et puis, « personne avec autisme », ça vise à mettre en avant le fait qu’on est, avant tout, des personnes. Ce qui est vrai, et l’intention est louable (d’autant que les autres l’oublient trop souvent).

Cependant, je trouve que ça minimise aussi l’importance de l’autisme. Comme si on disait « on est avant tout des personnes comme les autres, avec une PETITE particularité, mais ce n’est pas si important ».

Sauf qu’il ne s’agit pas d’une petite particularité, justement. Et je trouve ça assez contre-productif pour nous de vouloir minimiser nos différences réelles de fonctionnement et de besoins, ainsi que les inégalités réelles de traitement, en mettant l’accent sur le côté « on est tous humains ».

Je préfère dire « personne autiste » (ou « autiste » quand j’ai la flemme de rajouter « personne »), parce que tant qu’à l’assumer (en faisant son coming-out autiste), autant l’assumer pleinement sans chercher à minimiser.

Parce que je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas se définir (politiquement et socialement) comme ça, c’est une identité aussi légitime que toutes les autres identités minoritaires.

Et parce que ce n’est PAS une petite particularité ni un truc périphérique. D’abord, l’autisme en lui-même a des impacts (plus ou moins grands) dans énormément de domaines de la vie. Impacts qui peuvent être négatifs, positifs ou neutres, mais en tout cas ils sont là.

Si on nous retirait l’autisme, ça reviendrait à nous retirer / détruire / dénaturer notre personnalité toute entière, parce que soyons honnêtes, dans le cerveau, tout est lié. Et vu la « place » que prend l’autisme dans la vie, il conditionne plus ou moins tout le reste.

Je ne dis pas qu’on ne se définit QUE par ça ou que TOUT se résume à ça, ce qui serait l’excès inverse et tout aussi faux, bien sûr. N’empêche que ça n’a rien de secondaire ou périphérique.

Ensuite, la psychophobie n’a rien de périphérique, non plus, dans le vécu des personnes qui la subissent. Il est assez compliqué d’y échapper réellement, parce qu’elle prend des tonnes de formes. En plus des formes les plus brutales et évidentes (agressions, internements non-consentis, exclusion de sorties scolaires, placements d’enfants, harcèlement…), elle prend aussi des formes subtiles au quotidien.

La psychophobie s’intériorise aussi facilement, puisqu’on baigne dedans dès l’enfance. On intègre beaucoup de réflexes (de pensée ou de comportement) psychophobes, qui nous nuisent à nous-mêmes ou nuisent à nos pairs.

Et vous je ne sais pas, mais moi je n’ai pas envie qu’on minimise la psychophobie, parce que ce n’est pas comme ça qu’on la fera disparaître.

Et puis, vu qu’elle impacte nos relations avec nos familles, nos collègues, nos camarades, nos profs, nos ami.e.s, notre situation dans les études et au travail, notre rapport à nous-mêmes (exemple : la honte ou la haine de soi)… elle façonne aussi notre personnalité.

Autrement dit, dans un monde sans psychophobie, nous aurions été d’autres personnes. Un peu comme si on avait grandi dans un monde sans électricité, avec une toute autre expérience.

Donc, le fait d’être autiste et le fait de subir de la psychophobie en tant qu’autiste (ce sont deux choses bien distinctes) nous façonnent tous les deux largement en tant que personne.

Enfin, dire « je suis autiste » plutôt que « je suis une personne avec autisme » c’est aussi une façon de s’autoriser à faire partie, pleinement, de la communauté autiste, à penser politiquement la question…

Encore plus grave que tout ce qui précède, « personne avec autisme » laisse penser que l’autisme est quelque chose qui peut être enlevé. Voire que c’est une maladie. 

Or, l’autisme est en nous, et impacte à peu près tous les domaines de nos vies et personnalités. Il n’est donc pas séparable de nos personnalités.

Du coup, si quelqu’un arrivait à le « guérir », ça reviendrait à effacer la personne autiste et créer une nouvelle personne.

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