Autisme·Psychophobie

La Neurodiversité ne signifie pas « nier les handicaps » ni rejeter la médecine

Un des arguments centraux des opposants au Mouvement pour la Neurodiversité est, en résumé, que cette manière de voir nierait l’existence et l’importance des handicaps, la souffrance des personnes concernées et de leurs familles, et les besoins médicaux.

Jonathan Mitchell, par exemple, défend la recherche pour un traitement faisant disparaître l’autisme. Une phrase a attiré mon attention. « L’autisme m’empêche de gagner ma vie ou d’avoir une petite amie ».

En fait, sur ces deux points, ce n’est pas l’autisme en soi, mais la psychophobie qui l’en empêche.

Et les partisans de la Neurodiversité ne nient pas la souffrance de J. Mitchell ou des autistes en général.

Par contre notre position est que la plupart de ces handicaps sont induits et crées par la société. Par les discriminations, exclusions, violences, par l’attente sociale de se comporter et réagir comme des neurotypiques.

Et par l’inadaptation des structures sociales à notre présence (école, fac, monde du travail…).

Pour résumer, le problème principal est que la société n’est pas faite pour nous et non l’inverse.

Et en pratique, ce qu’il faut rechercher, c’est non pas de transformer les personnes qui sortent de la norme en neurotypiques, mais de leur faire une place égale et adaptée.

Et déjà, énormément de handicaps disparaîtraient. De la difficulté à s’intégrer socialement aux difficultés à trouver et garder un travail, à survivre.

Ou, par exemple, les difficultés avec les sports collectifs dans la scolarité. Alors qu’il suffirait d’arrêter de nous les imposer. Honnêtement ce n’est pas comme si on en avait absolument besoin. Ni comme si ça nous apportait grand chose qu’on nous force à y jouer. Et forcer un enfant dyspraxique, autiste… qui a des difficultés et ne veut pas, c’est de la maltraitance par procuration au passage.

Supprimer tous ces obstacles serait quand même bien plus intelligent que chercher, par exemple, à « guérir » l’autisme…

Et vouloir adapter la personne plutôt que la société (alors qu’on pourrait) revient à reporter tout l’effort sur cette dernière.

Et les handicaps « intrinsèques » ?

Ce que j’appelle intrinsèque, c’est ce qui n’est pas causé (à la racine) par la société.

Par exemple, les problèmes de coordination corporelle des dyspraxiques et de nombreux autistes.

Ou l’hypersensibilité au bruit, aux odeurs, au toucher… présentes chez les hyperesthésiques et de nombreux autistes.

Cependant, même dans ces cas-là, une grosse partie de la difficulté est sociale. Manque d’enseignement (scolaire, sportif, artistique…) et de prise en charge adaptés, discrimination, stigmatisation, manque de prise en compte des besoins.

Exemple : Une personne hyperacousique peut en souffrir beaucoup moins avec des aménagements de son lieu de travail, un appart insonorisé…

Pour prendre une analogie : une personne totalement aveugle, elle ne peut pas voir. Par contre si l’espace public n’a pas été aménagé (ou pas assez) pour être accessible, cette partie du handicap vient de la société et non de son corps.

En outre…

Le mouvement de la Neurodiversité n’est pas anti-médecine

Ce à quoi nous nous opposons, c’est au Modèle médical du handicap. D’où la confusion « ils sont anti-médecine ».

Plus précisément, nous nous opposons à l’idée qu’il faut devenir neurotypiques, ou s’en rapprocher, ou passer pour neurotypiques afin de régler le problème.

Donc par exemple aux recherches pour « guérir l’autisme ».

Par contre (nuance importante) nous ne nous opposons pas aux traitements pour réduire certains effets néfastes (et intrinsèques).

En résumé nous pensons que beaucoup de handicaps disparaîtraient simplement si la société devenait inclusive. Et que même les handicaps intrinsèques verraient leurs effets allégés (« je ne peux pas marcher » vs « je ne peux pas marcher MAIS je peux aller partout »).

Ensuite, pour la part réellement intrinsèque de handicap, nous ne nous opposons pas aux traitements. A condition que ces traitements soient consentis (y compris par les enfants) et respectueux.

Cependant, il y a par exemple une énorme différence entre

1 ) Régler (ou réduire) un trouble de la coordination dû à l’autisme.

2 ) Soigner l’autisme « entier ». Et donc rendre la personne neurotypique.

Un dernier point

Souvent, les opposants à la Neurodiversité s’appuient sur l’argument qu’elle n’est défendue que par des personnes qui n’ont que peu de handicaps (ce qui expliquerait leut position anti-traitement de l’autisme).

Un petit rappel à ces personnes. Vous ne connaissez pas nos vies, nos problèmes, nos handicaps…

Donc arrêtez de sous-entendre que « on défend cette position parce que pour nous ça va », merci.

Bien sûr, chaque personne concernée (1) est légitime à avoir son avis et débattre. Mais sans présumer de ce que vivent les gens défendant la thèse adverse ce serait mieux.

(1) Personne concernée ça n’inclut pas ni les parents, ni encore moins les professionnels.

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