Autisme·Psychophobie

Le Paradigme de la Neurodiversité, et le Mouvement de la Neurodiversité

Le concept de neurodiversité a été, au départ, inventé par des activistes autistes, aux USA. L’idée de base est de considérer les droits des personnes qui sortent de la norme mentale et neurologique dominante (qu’elle qu’en soit la raison), comme une question de justice sociale. 

Il s’agit donc d’y voir une lutte politique, et non une question purement médicale.

Nick Walker a donné au mot « neurodiversité » le sens suivant : La diversité des cerveaux et des esprits, et l’infinie variation des fonctionnements neurocognitifs.

Jusque-là, il s’agit d’une simple constatation scientifique.

A partir de cette définition, Walker a ensuite inventé le Paradigme de la Neurodiversité. Il comporte trois points.

  • La neurodiversité est une forme naturelle et précieuse de diversité humaine.
  • L’idée qu’il existerait un « bon » mode de fonctionnement neurocérébral, ou un type de cerveau ou d’esprit intrinsèquement « normal » ou « sain », est une construction culturelle.
  • Les dynamiques sociales autour de la neurodiversité sont similaires à celles existant autour de la diversité des genres, des cultures et des ethnies. Ces dynamiques incluent des rapports de pouvoir et d’inégalité sociale.
    En outre, lorsque la diversité (qu’elle soit de genre, de culture, de fonctionnement mental…) est accueillie, elle est une source de richesse.

Ce paradigme guide le mouvement de la Neurodiversité. Ce mouvement est né dans le milieu autiste, mais s’est ensuite étendu vers des personnes bipolaires, schizophrènes, HP, etc.

Un rappel important : ce n’est pas un mouvement monolithique (ni même centralisé, comme le serait un parti ou syndicat), plutôt une nébuleuse. Tout comme, d’ailleurs, le féminisme, le mouvement queer…

La dynamique sociale autour de la neurodiversité

Dans les sociétés occidentales actuelles (je ne parlerais pas du reste du monde), la dynamique en vigueur est de diviser la population en, grosso modo, deux groupes.

Il y a les personnes « normales », qui sont le groupe majoritaire et dominant. Nous parlerons de personnes neurotypiques, pour justement le terme « normal » qui est ultra-stigmatisant pour les autres.

Et puis, il y a toutes les autres personnes, considérées comme au choix « malades », « bizarres », « inadaptées », « folles », « débiles » etc. On parlera donc de personnes neuroatypiques (ici aussi, pour remplacer tous ces mots stigmatisants). Il peut s’agir de personnes qui ont des handicaps psychiques, mentaux et sociaux. De personnes qui (par leur fonctionnement) ont de grandes difficultés à s’intégrer, à répondre aux attentes (familiales, professionnelles, scolaires, sociales…).

Ces personnes peuvent subir des violences institutionnelles (internements forcés, violences policières…), des violences interpersonnelles (meurtre, viol, agression, harcèlement…), des discriminations (emploi, études, loisirs…). Elles n’ont souvent pas accès à un contexte de vie adapté à leurs besoins et difficultés (logement, médecine, travail, santé). Elles sont stigmatisées, socialement mises à l’écart voire exclues, poussées à se cacher, à avoir honte.

On parle donc du privilège neurotypique (dont bénéficient les personnes dans la norme), et de la psychophobie (oppression subie par les personnes hors de la norme).

Neurodiversité et Modèle social du handicap, VS Modèle médical

Le concept de neurodiversité est lié au modèle social du handicap. On peut résumer ce modèle par l’idée que les handicaps sont causés par l’organisation de la société, et quelle que soit les différences et/ou déficiences des personnes, il est possible et souhaitable d’organiser la société pour leur permettre d’y participer (de manière égale).

Le modèle médical, au contraire, considère que le handicap est causé par les différences et déficiences des personnes, et qu’il est nécessaire de « réparer » ou changer ces personnes, pour qu’elles puissent répondre aux attentes sociales et être adaptées à la société.

Le modèle médical considère que en cas de handicap, le corps et/ou l’esprit de la personne ne « vont pas ».

En pratique, le modèle médical implique la perte d’indépendance et de contrôle sur leur propre vie des personnes concernées.

Dans une version encore plus résumée : le modèle social veut adapter la société aux personnes, le modèle médical veut adapter les personnes (handicapées) à la société.

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4 réflexions au sujet de « Le Paradigme de la Neurodiversité, et le Mouvement de la Neurodiversité »

  1. Je suis maman d’une pré-ado autiste « atypique » et je m’interrogeais justement à ce sujet aujourd’hui; merci de me permettre de savoir que je ne suis pas la seule et que les premières personnes concernées y ont réfléchi également.

    J’ai un peu de mal avec les ABA et autres « propositions de traitements » (neuroleptiques) par l’école car ils sont incapables de prendre conscience que ma fille se rend compte de sa « différence » et est en souffrance pour cette raison; un ado, autiste ou pas, est un ado…un adulte en devenir, avec une volonté de prendre sa vie en main, se responsabiliser, malgré ses difficultés de communication et/ou relationnelles. Merci.

    Bonne soirée. 🙂

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  2. Le modèle médical s’applique en fait pour certains cas. La transsexualité cause des souffrances (en partie) intrinsèque, par exemple un homme trans qui a ses règles subit une souffrance psychologique et un dégoût envers son corps (beaucoup de trans, homme ou femmes, ressentent du dégoût envers leur corps). Cela ne serait pas différent si la société accepterait davantage les trans. Les personnes en surpoid font face à des risques de santé physique dus à leur surpoid.

    Cependant, il est vrai de dire qu’une bonne partie des problèmes de ces personnes s’appliquent au modèle social.

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  3. Concernant les personnes trans, je pense que c’est un peu plus nuancé. Il y a des personnes pour qui la dysphorie (sur leur visage, leurs organes génitaux, leur voix, leurs centres d’intérêt, leur prénom, ou n’importe quoi d’autre) est déclenchée par des facteurs sociaux, externes.

    Exemple : une personne non-binaire qui ne supporte pas que les AUTRES la voient comme une femme. Si elle est sur une île déserte elle n’aura aucun souci. Mais en société, ça la stressera gravement, et elle rejettera son apparence « de femme » à cause de ça.

    D’autres personnes, même sur une île déserte, continueront à avoir de la dysphorie. Mais même dans ce cas, c’est issu de décennies de conditionnement social, qui te répète « une femme a une chatte, un mec a une bite, une femme n’a pas la voix grave, un homme aime le foot et ne porte pas de vernis, etc ».
    Certaines personnes l’intègrent si profondément que en effet, même sur une île déserte sans personne pour les regarder et les juger, elles resteront dysphoriques. Cependant, la cause d’origine est bien externe.

    Autrement dit : je pense qu’il n’y aurait pas de dysphorie de genre (que ce soit sur le corps ou le reste) sans le conditionnement social.

    CEPENDANT, ça n’empêche pas que beaucoup de personnes trans ont besoin de se faire opérer et/ou hormoner. Et évidemment, je suis pour l’accès inconditionnel, libre et gratuit à ces procédures médicales.

    Adhérer au modèle social ne veut pas dire rejeter toute solution médicale par principe, et dire « la médecine c’est mal ».

    En matière de transidentité, je dirais que le modèle social c’est : le genre est un construit social, la dysphorie est causée (directement ou non) par la société. Certaines personnes trans ont réellement le besoin et/ou le souhait de modifier leur corps (hormones, opérations) et elles doivent pouvoir y accéder de manière libre, gratuite et informée. D’autres personnes trans ne veulent pas d’opérations ou d’hormones, et elles doivent aussi être acceptées et respectées dans leur identité réelle.

    Le modèle médical ce serait soit (1) : La transidentité est une maladie mentale. Les trans sont fous. Il faut les enfermer / les forcer à abandonner cette idée.
    (2) Les gens ont un cerveau de femme ou un cerveau d’homme dès la naissance et pour la vie. C’est fixe et immuable. Une femme trans est née avec un « cerveau de femme dans un corps d’homme » et inversement.
    Une personne trans, pour pouvoir être elle-même et être respectée, DOIT se faire opérer et hormoner (même si elle ne veut pas), AVEC ACCORD DU PSY. Sinon elle n’est pas vraiment trans.

    Concernant le surpoids, je ne suis pas concerné donc je ne m’avancerais pas trop. J’admets qu’en l’occurrence, le surpoids et l’obésité peuvent causer des maladies.
    Quant aux causes, elles peuvent être génétiques, hormonales, sociales, et souvent c’est un mélange des trois.

    Cependant, le modèle médical en l’occurrence (à savoir « une personne grosse DOIT maigrir, il FAUT la faire maigrir, qu’elle le veuille ou non, c’est LA CONDITION pour qu’elle puisse aller mieux / être en bonne santé / être bien intégrée dans la société ») n’aide pas réellement les personnes concernées. Il y a régulièrement des personnes qui meurent (ou manquent de mourir) parce que leur médecin n’a pas vu une maladie (comme un cancer), partant du principe que TOUS les problèmes de santé de la personne étaient liés à « son poids ». Par ailleurs, la pression pour maigrir va avec de la stigmatisation et de la culpabilisation. Ce qui n’aide souvent même pas la personne à maigrir en définitive…

    Bref, ici aussi, le modèle social implique de :
    -reconnaître les causes sociales de l’obésité (qualité de la nourriture disponible, manque de temps et d’énergie pour le sport, incitation à consommer, discriminations, troubles du comportement alimentaire eux-mêmes socialement induits, etc)
    -reconnaître les causes purement biologiques quand il y en a
    -aider les personnes concernées à mincir SI ELLES LE SOUHAITENT, de la manière et au rythme où elles le souhaitent. Sans culpabiliser (ce qui sert à rien)
    -leur offrir une médecine de qualité (qu’elles mincissent ou pas, fassent un régime ou pas…) sans conditions
    -reconnaître l’existence de la grossophobie et la combattre

    En résumé :
    Adopter le modèle social n’empêche pas de reconnaître les causes et les effets biologiques quand il y en a.
    Cela ne veut pas dire rejeter la médecine (ou les médicaments, la chirurgie…) par principe dogmatique.
    Cela n’empêche pas enfin de reconnaître les difficultés, souffrances, handicaps… qui existent. Qu’ils aient une cause sociale (le cas échéant) ne les rend pas moins importants ou lourds.

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  4. Bien contente d’être tombée sur votre blog (je me serai tapée tous les articles en une journée, mode compulsif d’intégration de nouveaux contenus ^^ ) ! Je recherchais un peu des définitions plus « larges » de la neurodiversité, peu représentée il me semble en France-Belgique et si elle l’est, uniquement par des associations de personnes autistes. Merci pour ces lectures inspirantes et encourageantes, dans lesquelles je me retrouve. Ça me donne pleins d’idées et de force supplémentaires pour les mille articles en projet dans ma tête !

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