Autisme·Psychophobie·Solophobie

« Sans amis fixe », et la solophobie

Tout à l’heure, un ami me parlait de l’Effet Mathieu. Cet effet, c’est l’ensemble de mécanismes par lequel une personne qui est déjà avantagée, tendra à devenir encore plus avantagée. Le sociologue Robert K. Merton a inventé le mot (Mathieu faisant référence à une citation de l’Évangile).

En l’occurrence, il parlait de la manière dont les scientifiques et universités avec le plus de prestige, arrivaient à exploiter ce prestige pour entretenir leur domination sur le monde de la recherche (en invisibilisant les autres).

Le corollaire de l’Effet Mathieu, c’est qu’une personne qui a peu, aura de moins en moins. Par exemple, des scientifiques et des universités peu prestigieuses le deviendront de moins en moins, indépendamment de leur qualité réelle. Parce que leurs concurrents ayant plus de prestige les éclipseront et monopoliseront l’attention.

Cet effet a ensuite été documenté dans de nombreux autres domaines. Quel rapport avec les relations sociales ?

En discutant, nous avons réalisé que ça existe aussi dans les relations sociales. Où les personnes qui sont déjà bien entourées, intégrées, attirent plus facilement de la compagnie. Alors que les personnes seules, en marge, solitaires, elles, semblent bizarres.

Donc à moins d’une personne particulièrement bienveillante (qui se dira justement « tiens cette personne a l’air timide et seule, je vais aller lui parler »), ces personnes, on les laissera plutôt dans leur coin. Ce qui renforcera leur solitude, et ainsi de suite.

Du coup, je me suis rappelé qu’au collège, une des insultes que j’ai le plus souvent entendues était « sans amis fixe ». Et « asocial » bien sûr.

En somme, les gens se foutaient de moi et me mettaient à l’écart parce qu’ils voyaient que j’étais seul. Ce qui du coup, renforçait / maintenait ma solitude (normal).

La solophobie est souvent quelque chose qui vient se rajouter à une situation d’exclusion, de mise à l’écart. Qui fait que, en plus d’avoir des clichés sur la personne (1), on la verra comme bizarre car seule. Et qu’on la verra comme faible (donc : cible facile) car seule. Qu’on se dira qu’elle ne doit pas avoir d’intérêt si personne n’a voulu d’elle. Etc.

D’ailleurs, la solophobie peut aussi empêcher d’accéder à des relations amoureuses ou sexuelles, en détruisant le capital séduction de la personne, pour les mêmes raisons.

Cela ne touche pas forcément des personnes exclues à cause d’une oppression spécifique, mais peut aussi toucher des personnes au tempérament plutôt solitaire (ou dans une phase solitaire, pour une raison X ou Y).

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(1) Quand je dis « clichés », ça peut être de la mochophobie, de la grossophobie, du racisme, de la xénophobie, de la psychophobie, du validisme, des LGBTQIA-phobies, du classisme (« t’as vu ses fringues de pauvre / plouc / bouseux »)… Tout dépend bien sûr de la personne concernée et du contexte.

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7 réflexions au sujet de « « Sans amis fixe », et la solophobie »

  1. Merci pour cet article qui me parle beaucoup. Ca correspond à pas mal de phases de ma vie, alternées avec des effets plante verte, coupées de quelques parenthèses plus heureuses sur le plan social permises grâce à des déménagements qui permettent de remettre un peu à zéro les compteurs (c’est vu comme plus normal d’être isoléE quand on vient d’arriver dans un lieu nouveau).

    L’effet Matthieu que j’ai découvert grâce à ton article, me fait penser à l’idée que, si un enfant délaisse un jouet, et voit un autre enfant jouer avec, l’intérêt pour le jouet va être réveillé. Un désir mimétique qui fait qu’au final ce sont les franges dominantes des groupes qui dictent la plupart du temps ce qui est désirable, ce qui a de la valeur et n’en a pas, et que des mécanismes plus ou moins explicites d’exclusion peuvent se mettre en place très rapidement dans un groupe.

    Le truc que je trouve vraiment piégeant dans la solophobie, c’est qu’elle fonctionne comme un cercle vicieux dans lequel on peut vite tomber, et pour en sortir, c’est vraiment pas évident. Une fois repéréE comme une personne isolée, c’est difficile de ne pas être cataloguéE comme la personne bizarre et peu intéressante. Clairement pas la personne «cool».
    Si on intériorise la solophobie, ce qui était mon cas, l’alternative c’est l’isolement (parce que, tout en étant seul moi-même, j’aurais pas voulu me dévaloriser plus encore en allant vers d’autres personnes seules) ou la plante verte à des degrés divers. Pour la plante verte, le plus humiliant pour moi c’est de le supporter en en ayant un peu conscience quand même, mais de le vivre en sachant que c’est ça ou rien, et c’est pas toujours évident de se convaince qu’il «vaut mieux être seulE que mal accompagnéE». La personne qui a inventé ce dicton n’a jamais dû être confrontéE à un isolement trop important, parce que, passé un certain degré d’isolement, même une relation un peu pourrie ça aide parfois. D’ailleurs, comme les gens sentent que vous êtes un peu coincé, un peu forcé d’accepter ce qui se présente, et que ça empêche de se faire respecter, beaucoup ne se gênent pas pour se servir de vous comme d’un inférieur: faire-valoir, oreille attentive…

    L’isolement, ça pourrit aussi les relations amoureuses, comment ne pas vite tomber dans une dépendance envers qui aura daigné vous considérer? Comment déméler l’attachement pour la personne et l’attachement qui tient plus à la peur d’être seulE à nouveau? Comment ne pas avoir un doute légitime sur la réalité de ses sentiments quand l’enjeu est si fort? J’ai lu sur un tract d’un groupe transpédégouine un truc comme «votre oppression n’a fait qu’embellir nos amours», je comprends l’idée de dire «même pas mal», mais, dans la vraie vie, j’ai pas l’impression que l’oppression ça embellisse quoi que ce soit, bien au contraire. Ce qui est beau dans les relations, c’est malgré l’oppression, et au prix d’efforts soutenus…

    J’ai l’impression que l’isolement se reproduit assez bien de génération en génération, mes parents avaient peu d’amiEs leurs deux enfants ont eu des difficultés sociales assez sévères. On hérite de ça aussi, de ce manque d’assurance en groupe et de la honte qui s’y rattache. Et la honte fait qu’on n’en parle pas entre nous, parce qu’en parler, c’est l’admettre. Le paradoxe c’est que c’est ce mécanisme de sauvegarde de l’égo qui le détruit à petit feu et empêche souvent de voir la réalité en face.

    Sur cette question de l’isolement/effet plante verte, c’est une oppression en soi (pour le reste, je suis assez privilégié, du coup je vois bien la puissance des effets de cette seule oppression sur une vie) mais on n’en parle très peu dans les milieux politique que je connais, peut-être parce que les discours les plus audibles ne sont pas ceux des personnes les moins entourées.
    Je ne sais pas si on parviendrait à faire un mouvement sur cette base-là, mais je trouve que ça aurait de l’allure de dire: «isoléE de tous les pays, unissons-nous!» 🙂 Merci pour cet article qui me parle beaucoup. Ca correspond à pas mal de phases de ma vie, alternées avec des effets plante verte, coupées de quelques parenthèses plus heureuses sur le plan social permises grâce à des déménagements qui permettent de remettre un peu à zéro les compteurs (c’est vu comme plus normal d’être isoléE quand on vient d’arriver dans un lieu nouveau).

    L’effet Matthieu que j’ai découvert grâce à ton article, me fait penser à l’idée que, si un enfant délaisse un jouet, et voit un autre enfant jouer avec, l’intérêt pour le jouet va être réveillé. Un désir mimétique qui fait qu’au final ce sont les franges dominantes des groupes qui dictent la plupart du temps ce qui est désirable, ce qui a de la valeur et n’en a pas, et que des mécanismes plus ou moins explicites d’exclusion peuvent se mettre en place très rapidement dans un groupe.

    Le truc que je trouve vraiment piégeant dans la solophobie, c’est qu’elle fonctionne comme un cercle vicieux dans lequel on peut vite tomber, et pour en sortir, c’est vraiment pas évident. Une fois repéréE comme une personne isolée, c’est difficile de ne pas être cataloguéE comme la personne bizarre et peu intéressante. Clairement pas la personne «cool».
    Si on intériorise la solophobie, ce qui était mon cas, l’alternative c’est l’isolement (parce que, tout en étant seul moi-même, j’aurais pas voulu me dévaloriser plus encore en allant vers d’autres personnes seules) ou la plante verte à des degrés divers. Pour la plante verte, le plus humiliant pour moi c’est de le supporter en en ayant un peu conscience quand même, mais de le vivre en sachant que c’est ça ou rien, et c’est pas toujours évident de se convaince qu’il «vaut mieux être seulE que mal accompagnéE». La personne qui a inventé ce dicton n’a jamais dû être confrontéE à un isolement trop important, parce que, passé un certain degré d’isolement, même une relation un peu pourrie ça aide parfois. D’ailleurs, comme les gens sentent que vous êtes un peu coincé, un peu forcé d’accepter ce qui se présente, et que ça empêche de se faire respecter, beaucoup ne se gênent pas pour se servir de vous comme d’un inférieur: faire-valoir, oreille attentive…

    L’isolement, ça pourrit aussi les relations amoureuses, comment ne pas vite tomber dans une dépendance envers qui aura daigné vous considérer? Comment déméler l’attachement pour la personne et l’attachement qui tient plus à la peur d’être seulE à nouveau? Comment ne pas avoir un doute légitime sur la réalité de ses sentiments quand l’enjeu est si fort? J’ai lu sur un tract d’un groupe transpédégouine un truc comme «votre oppression n’a fait qu’embellir nos amours», je comprends l’idée de dire «même pas mal», mais, dans la vraie vie, j’ai pas l’impression que l’oppression ça embellisse quoi que ce soit, bien au contraire. Ce qui est beau dans les relations, c’est malgré l’oppression, et au prix d’efforts soutenus…

    J’ai l’impression que l’isolement se reproduit assez bien de génération en génération, mes parents avaient peu d’amiEs leurs deux enfants ont eu des difficultés sociales assez sévères. On hérite de ça aussi, de ce manque d’assurance en groupe et de la honte qui s’y rattache. Et la honte fait qu’on n’en parle pas entre nous, parce qu’en parler, c’est l’admettre. Le paradoxe c’est que c’est ce mécanisme de sauvegarde de l’égo qui le détruit à petit feu et empêche souvent de voir la réalité en face.

    Sur cette question de l’isolement/effet plante verte, c’est une oppression en soi (pour le reste, je suis assez privilégié, du coup je vois bien la puissance des effets de cette seule oppression sur une vie) mais on n’en parle très peu dans les milieux politique que je connais, peut-être parce que les discours les plus audibles ne sont pas ceux des personnes les moins entourées.
    Je ne sais pas si on parviendrait à faire un mouvement sur cette base-là, mais je trouve que ça aurait de l’allure de dire: «isoléE de tous les pays, unissons-nous!» 🙂

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  2. Merci pour cet article qui me parle beaucoup. Ca correspond à pas mal de phases de ma vie, alternées avec des effets plante verte, couMerci pour cet article qui me parle beaucoup. Ca correspond à pas mal de phases de ma vie, alternées avec des effets plante verte, coupées de quelques parenthèses plus heureuses sur le plan social permises grâce à des déménagements qui permettent de remettre un peu à zéro les compteurs (c’est vu comme plus normal d’être isoléE quand on vient d’arriver dans un lieu nouveau).

    L’effet Matthieu que j’ai découvert grâce à ton article, me fait penser à l’idée que, si un enfant délaisse un jouet, et voit un autre enfant jouer avec, l’intérêt pour le jouet va être réveillé. Un désir mimétique qui fait qu’au final ce sont les franges dominantes des groupes qui dictent la plupart du temps ce qui est désirable, ce qui a de la valeur et n’en a pas, et que des mécanismes plus ou moins explicites d’exclusion peuvent se mettre en place très rapidement dans un groupe.

    Le truc que je trouve vraiment piégeant dans la solophobie, c’est qu’elle fonctionne comme un cercle vicieux dans lequel on peut vite tomber, et pour en sortir, c’est vraiment pas évident. Une fois repéréE comme une personne isolée, c’est difficile de ne pas être cataloguéE comme la personne bizarre et peu intéressante. Clairement pas la personne «cool».
    Si on intériorise la solophobie, ce qui était mon cas, l’alternative c’est l’isolement (parce que, tout en étant seul moi-même, j’aurais pas voulu me dévaloriser plus encore en allant vers d’autres personnes seules) ou la plante verte à des degrés divers. Pour la plante verte, le plus humiliant pour moi c’est de le supporter en en ayant un peu conscience quand même, mais de le vivre en sachant que c’est ça ou rien, et c’est pas toujours évident de se convaince qu’il «vaut mieux être seulE que mal accompagnéE». La personne qui a inventé ce dicton n’a jamais dû être confrontéE à un isolement trop important, parce que, passé un certain degré d’isolement, même une relation un peu pourrie ça aide parfois. D’ailleurs, comme les gens sentent que vous êtes un peu coincé, un peu forcé d’accepter ce qui se présente, et que ça empêche de se faire respecter, beaucoup ne se gênent pas pour se servir de vous comme d’un inférieur: faire-valoir, oreille attentive…

    L’isolement, ça pourrit aussi les relations amoureuses, comment ne pas vite tomber dans une dépendance envers qui aura daigné vous considérer? Comment déméler l’attachement pour la personne et l’attachement qui tient plus à la peur d’être seulE à nouveau? Comment ne pas avoir un doute légitime sur la réalité de ses sentiments quand l’enjeu est si fort? J’ai lu sur un tract d’un groupe transpédégouine un truc comme «votre oppression n’a fait qu’embellir nos amours», je comprends l’idée de dire «même pas mal», mais, dans la vraie vie, j’ai pas l’impression que l’oppression ça embellisse quoi que ce soit, bien au contraire. Ce qui est beau dans les relations, c’est malgré l’oppression, et au prix d’efforts soutenus…

    J’ai l’impression que l’isolement se reproduit assez bien de génération en génération, mes parents avaient peu d’amiEs leurs deux enfants ont eu des difficultés sociales assez sévères. On hérite de ça aussi, de ce manque d’assurance en groupe et de la honte qui s’y rattache. Et la honte fait qu’on n’en parle pas entre nous, parce qu’en parler, c’est l’admettre. Le paradoxe c’est que c’est ce mécanisme de sauvegarde de l’égo qui le détruit à petit feu et empêche souvent de voir la réalité en face.

    Sur cette question de l’isolement/effet plante verte, c’est une oppression en soi (pour le reste, je suis assez privilégié, du coup je vois bien la puissance des effets de cette seule oppression sur une vie) mais on n’en parle très peu dans les milieux politique que je connais, peut-être parce que les discours les plus audibles ne sont pas ceux des personnes les moins entourées.
    Je ne sais pas si on parviendrait à faire un mouvement sur cette base-là, mais je trouve que ça aurait de l’allure de dire: «isoléE de tous les pays, unissons-nous!» 🙂
    Merci pour cet article qui me parle beaucoup. Ca correspond à pas mal de phases de ma vie, alternées avec des effets plante verte, coupées de quelques parenthèses plus heureuses sur le plan social permises grâce à des déménagements qui permettent de remettre un peu à zéro les compteurs (c’est vu comme plus normal d’être isoléE quand on vient d’arriver dans un lieu nouveau).

    L’effet Matthieu que j’ai découvert grâce à ton article, me fait penser à l’idée que, si un enfant délaisse un jouet, et voit un autre enfant jouer avec, l’intérêt pour le jouet va être réveillé. Un désir mimétique qui fait qu’au final ce sont les franges dominantes des groupes qui dictent la plupart du temps ce qui est désirable, ce qui a de la valeur et n’en a pas, et que des mécanismes plus ou moins explicites d’exclusion peuvent se mettre en place très rapidement dans un groupe.

    Le truc que je trouve vraiment piégeant dans la solophobie, c’est qu’elle fonctionne comme un cercle vicieux dans lequel on peut vite tomber, et pour en sortir, c’est vraiment pas évident. Une fois repéréE comme une personne isolée, c’est difficile de ne pas être cataloguéE comme la personne bizarre et peu intéressante. Clairement pas la personne «cool».
    Si on intériorise la solophobie, ce qui était mon cas, l’alternative c’est l’isolement (parce que, tout en étant seul moi-même, j’aurais pas voulu me dévaloriser plus encore en allant vers d’autres personnes seules) ou la plante verte à des degrés divers. Pour la plante verte, le plus humiliant pour moi c’est de le supporter en en ayant un peu conscience quand même, mais de le vivre en sachant que c’est ça ou rien, et c’est pas toujours évident de se convaince qu’il «vaut mieux être seulE que mal accompagnéE». La personne qui a inventé ce dicton n’a jamais dû être confrontéE à un isolement trop important, parce que, passé un certain degré d’isolement, même une relation un peu pourrie ça aide parfois. D’ailleurs, comme les gens sentent que vous êtes un peu coincé, un peu forcé d’accepter ce qui se présente, et que ça empêche de se faire respecter, beaucoup ne se gênent pas pour se servir de vous comme d’un inférieur: faire-valoir, oreille attentive…

    L’isolement, ça pourrit aussi les relations amoureuses, comment ne pas vite tomber dans une dépendance envers qui aura daigné vous considérer? Comment déméler l’attachement pour la personne et l’attachement qui tient plus à la peur d’être seulE à nouveau? Comment ne pas avoir un doute légitime sur la réalité de ses sentiments quand l’enjeu est si fort? J’ai lu sur un tract d’un groupe transpédégouine un truc comme «votre oppression n’a fait qu’embellir nos amours», je comprends l’idée de dire «même pas mal», mais, dans la vraie vie, j’ai pas l’impression que l’oppression ça embellisse quoi que ce soit, bien au contraire. Ce qui est beau dans les relations, c’est malgré l’oppression, et au prix d’efforts soutenus…

    J’ai l’impression que l’isolement se reproduit assez bien de génération en génération, mes parents avaient peu d’amiEs leurs deux enfants ont eu des difficultés sociales assez sévères. On hérite de ça aussi, de ce manque d’assurance en groupe et de la honte qui s’y rattache. Et la honte fait qu’on n’en parle pas entre nous, parce qu’en parler, c’est l’admettre. Le paradoxe c’est que c’est ce mécanisme de sauvegarde de l’égo qui le détruit à petit feu et empêche souvent de voir la réalité en face.

    Sur cette question de l’isolement/effet plante verte, c’est une oppression en soi (pour le reste, je suis assez privilégié, du coup je vois bien la puissance des effets de cette seule oppression sur une vie) mais on n’en parle très peu dans les milieux politique que je connais, peut-être parce que les discours les plus audibles ne sont pas ceux des personnes les moins entourées.
    Je ne sais pas si on parviendrait à faire un mouvement sur cette base-là, mais je trouve que ça aurait de l’allure de dire: «isoléE de tous les pays, unissons-nous!» 🙂
    pées de quelques parenthèses plus heureuses sur le plan social permises grâce à des déménagements qui permettent de remettre un peu à zéro les compteurs (c’est vu comme plus normal d’être isoléE quand on vient d’arriver dans un lieu nouveau).

    L’effet Matthieu que j’ai découvert grâce à ton article, me fait penser à l’idée que, si un enfant délaisse un jouet, et voit un autre enfant jouer avec, l’intérêt pour le jouet va être réveillé. Un désir mimétique qui fait qu’au final ce sont les franges dominantes des groupes qui dictent la plupart du temps ce qui est désirable, ce qui a de la valeur et n’en a pas, et que des mécanismes plus ou moins explicites d’exclusion peuvent se mettre en place très rapidement dans un groupe.

    Le truc que je trouve vraiment piégeant dans la solophobie, c’est qu’elle fonctionne comme un cercle vicieux dans lequel on peut vite tomber, et pour en sortir, c’est vraiment pas évident. Une fois repéréE comme une personne isolée, c’est difficile de ne pas être cataloguéE comme la personne bizarre et peu intéressante. Clairement pas la personne «cool».
    Si on intériorise la solophobie, ce qui était mon cas, l’alternative c’est l’isolement (parce que, tout en étant seul moi-même, j’aurais pas voulu me dévaloriser plus encore en allant vers d’autres personnes seules) ou la plante verte à des degrés divers. Pour la plante verte, le plus humiliant pour moi c’est de le supporter en en ayant un peu conscience quand même, mais de le vivre en sachant que c’est ça ou rien, et c’est pas toujours évident de se convaince qu’il «vaut mieux être seulE que mal accompagnéE». La personne qui a inventé ce dicton n’a jamais dû être confrontéE à un isolement trop important, parce que, passé un certain degré d’isolement, même une relation un peu pourrie ça aide parfois. D’ailleurs, comme les gens sentent que vous êtes un peu coincé, un peu forcé d’accepter ce qui se présente, et que ça empêche de se faire respecter, beaucoup ne se gênent pas pour se servir de vous comme d’un inférieur: faire-valoir, oreille attentive…

    L’isolement, ça pourrit aussi les relations amoureuses, comment ne pas vite tomber dans une dépendance envers qui aura daigné vous considérer? Comment déméler l’attachement pour la personne et l’attachement qui tient plus à la peur d’être seulE à nouveau? Comment ne pas avoir un doute légitime sur la réalité de ses sentiments quand l’enjeu est si fort? J’ai lu sur un tract d’un groupe transpédégouine un truc comme «votre oppression n’a fait qu’embellir nos amours», je comprends l’idée de dire «même pas mal», mais, dans la vraie vie, j’ai pas l’impression que l’oppression ça embellisse quoi que ce soit, bien au contraire. Ce qui est beau dans les relations, c’est malgré l’oppression, et au prix d’efforts soutenus…

    J’ai l’impression que l’isolement se reproduit assez bien de génération en génération, mes parents avaient peu d’amiEs leurs deux enfants ont eu des difficultés sociales assez sévères. On hérite de ça aussi, de ce manque d’assurance en groupe et de la honte qui s’y rattache. Et la honte fait qu’on n’en parle pas entre nous, parce qu’en parler, c’est l’admettre. Le paradoxe c’est que c’est ce mécanisme de sauvegarde de l’égo qui le détruit à petit feu et empêche souvent de voir la réalité en face.

    Sur cette question de l’isolement/effet plante verte, c’est une oppression en soi (pour le reste, je suis assez privilégié, du coup je vois bien la puissance des effets de cette seule oppression sur une vie) mais on n’en parle très peu dans les milieux politique que je connais, peut-être parce que les discours les plus audibles ne sont pas ceux des personnes les moins entourées.
    Je ne sais pas si on parviendrait à faire un mouvement sur cette base-là, mais je trouve que ça aurait de l’allure de dire: «isoléE de tous les pays, unissons-nous!» 🙂

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    1. Merci pour ta réponse, super intéressante, et presque un article en soi.

      Sur « mieux vaut être seul que mal accompagné », je suis partagé.

      Trop de solitude subie nuit clairement à la santé mentale.

      En même temps, j’ai tendance à penser que ne pas être respecté, et ne pas SE respecter soi-même (a fortiori) c’est pire.

      D’ailleurs des faux amis qui nous traitent en plante verte / bonne poire / satellite, c’est « satisfaisant » sur le moment mais encore plus frustrant après. C’est une mauvaise béquille.

      Un peu comme fumer parce qu’on ne va pas bien. Ça réduit la frustration et le mal être sur le moment mais ensuite c’est encore pire (manque).

      Ceci dit, je veux pas généraliser, ni faire de jugements. Donc je dirais juste : ça dépend.
      Mais faut faire SUPER gaffe au fait d’accepter des relations de plante verte, ou de domination. C’est souvent un piège (comme une addiction, addiction au contact social).

      Et en plus ça peut tourner à la relation abusive (même en « amitié »).

      Bref.
      Perso j’adhère plutôt à ce dicton dans l’absolu, mais tout en sachant qu’en pratique c’est plus compliqué.

      Pour le fait que ça flingue les relations amoureuses (et la confusion entre « amour » et « besoin de quelqu’un »), totalement d’accord.

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  3. Merci pour ta réponse et désolé pour le doublon et le double post, j’ai eu des soucis de copier-coller. j’ai encore commis un pavé, mais c’est un sujet qui me parle beaucoup et je trouve ça vraiment chouette que tu l’aies abordé 😉

    Sur le « mieux vaut être seul que mal accompagné », je suis complètement d’accord, les relations « plante verte » sont souvent pires pour l’estime de soi que la solitude. Ce que je voulais dire, c’est que je pense souvent à ce dicton dans mes périodes les plus solitaires, mais, comme tu le dis, c’est un « mieux » qui reste relatif, en fonction du degré de solitude et du degré de toxicité des relations.

    Si ce dicton permet de se donner le courage d’arrêter des relations trop toxiques même quand on est par ailleurs plutôt isoléE, je trouve qu’il a le défaut de poser comme un absolu qu’il est toujours préférable d’être seul que mal accompagné. Le « mal » est du coup assez flou et renvoit à des tas de situations plus ou moins pénibles, de la relation un peu vide à celle qui est franchement oppressante.

    Je l’ai entendu reprise par des gens qui sont plutôt à l’aise socialement et n’ont pas connu de solitude prolongée, et dans leur bouche, c’est assez agaçant parce que ça laisse entendre que ce sont des individus autonomes, qui, au fond, n’ont besoin de personne (illusion de celles et ceux qui n’ont pas trop connu l’isolement subi et ont une Harley Davidson), sont en mesure de vraiment choisir leur entourage et qui ne se laissent pas marcher sur les pieds. Du coup, je trouve que ça renvoit au modèle de l’individu libre et indépendant qui est une fiction dangereuse qui nie nos besoins sociaux et peut faire culpabiliser quand on arrive pas, dans les périodes les plus difficiles, à fuir les relations toxiques.

    Ce que je veux dire, c’est que j’ai eu longtemps honte de ces période où j’ai dû « accepter » des relations « au rabais », mais que rétrospectivement, je ne sais pas si j’aurais pu faire autrement, j’ai l’impression qu’à partir d’un certain seuil, la solitude est un piège dont il est assez difficile de sortir. En fait, je ne pense pas que de façon générale, on accepte à quelque moment que ce soit une relation qui nous rabaisse, puisque le fait d’accepter supposerait qu’on ait vraiment le choix. Quand l’estime de soi est trop amoindrie, on peut être amenéE vivre des relations toxiques, avec des personnes qui profitent de cet affaiblissement pour se revaloriser à nos dépens, et, sur le coup, on peut penser ne pas mériter mieux, et être réellement coincéEs. En plus, pour préserver son ego, sur le coup, il est parfois impossible d’oser analyser lucidement la relation, sa toxicité se révelle parfois lentement, en y réfléchissant après-coup et en vivant des relations plus positives, qui peuvent servir de point de comparaison. C’est moins palpable qu’un piège physique, mais c’est tout aussi concret. De mon point de vue, les seules personnes en position de réellement faire un choix, ce sont celles qui rabaissent les autres, parce qu’il est plus facile d’éviter de se comporter de façon pourrie que de se revaloriser et de chercher des relations satisfaisantes.

    Enfin, la question du choix, vaste sujet 🙂

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  4. Bonjour,

    Merci pour votre blog très instructif et sans concessions.

    Cet article et celui sur l’effet « plante verte » m’interpelle beaucoup et m’a donné envie d’écrire un commentaire en tant que personne qui a toujours vécu de manière isolée, mais s’est très rarement sentie stigmatisée.
    Pourtant, dès la petite enfance, je crois que je répondais à énormément de critères de « bizarrerie ». Je m’habillais mal, j’avais une hygiène douteuse, j’étais toujours seule dans mon coin à lire, à muser ou à marcher de long en large. J’étais très anxieuse.
    Mais je ne me suis jamais sentie « tête de Turc » de tout un groupe. Et les quelques fois où j’ai été rabaissée sont honnêtement quasi anecdotiques, surtout si je dois les comparer aux histoires de harcèlement à l’école «  » »habituelles » » » (ce n’est pas pour diminuer l’importance de ces faits isolés). Deux fausses bonnes copines à l’école primaire par exemple dont l' »amitié » n’a pas tellement duré. Une fois où deux petites filles m’ont narguée à la récré et contre lesquelles je me suis énervée au point de leur jeter dessus un gros jouet de type ballon sauteur (à la relecture ça me paraît drôle, dit comme ça). Une autre fois où un « grand » s’est allongé sur moi alors que j’étais couchée par terre, pour « faire une blague ». En plus de ça, je pourrais me souvenir de deux ou trois autres histoires du genre où une ou plusieurs personnes se moquaient de moi, chaque fois de manière unique dans mon souvenir, et ça ne devenait jamais quelque chose que je subissais régulièrement.
    Je pense que si je raconte tout ça, c’est pour tenter d’expliquer que je crois (c’est une impression que j’ai) que dans votre article, vous semblez oublier (peut-être parce que vous avez pris le parti de parler juste d’autre chose, pourtant ça me semble important) la part de responsabilité personnelle qu’a une personne dans son isolement et le harcèlement dont elle est victime. J’ai l’impression que votre article explique « tout » par sa seule bizarrerie et la tendance à l’ostracisation naturelle des gens, ce qui me paraît un peu réducteur.
    Attention : je ne veux absolument pas dire que cette personne est « coupable » ou ne fait pas assez d’efforts et des conneries du genre. J’espère ne pas dire de conneries. Ce que je veux dire, c’est qu’une personne n’est à mon avis pas prise pour cible à cause de ses « différences » mais parce que les gens sentent qu’une personne n’assume pas ces différences et que des insultes la blessent. Ils se rendent compte qu’il suffit d’employer tel ou tel mot pour provoquer la douleur chez l’autre et commencent alors à s’en servir régulièrement. Mais si cette douleur n’existait pas chez l’autre, les moqueries disparaîtraient car l’intérêt deviendrait nul pour le harceleur.
    Ce n’est pas d’être isolé et « bizarre » qui incite les gens à se moquer, c’est la vulnérabilité de la personne qui manque de confiance en elle. En soi, à partir de ce moment-là, n’importe quoi peut devenir prétexte à des moqueries : quelque chose de criant comme l’isolement et l’anxiété, mais aussi quelque chose de « banal » comme des lunettes, un grand nez, un prénom, n’importe quoi. Peu importe du moment que quelqu’un sent que les insultes à ce sujet touchent une personne et que celle-ci ne sait pas se défendre. Cela devient très vite un cercle vicieux, la personne devenant de plus en plus malheureuse et vulnérable sous les moqueries et blâmant d’autant plus la particularité qu’elle croit responsable de son malheur.

    Une autre chose : je crois qu’une personne isolée, pour compenser le manque d’affection dont elle est victime, risque de commencer à idéaliser l’image qu’elle a d’elle-même, à s’aimer davantage pour compenser le manque d’amour venu d’ailleurs. En quelque sorte, elle a trop d’orgueil pour pas assez de confiance en elle. Et le risque est qu’alors, inconsciemment, elle craigne d’aller vers les autres par peur que cette image idéalisée d’elle-même s’effrite à leur contact, par peur de se décevoir. Elle se maintient alors dans la solitude, s’aime encore davantage, et c’est un autre cercle vicieux. Je ne pense pas que ce phénomène concerne TOUS les gens isolés mais c’est certain que je m’y suis identifiée et que d’avoir l’impression de comprendre ce mécanisme m’a aidée à vaincre de très mauvaises habitudes.
    Bref, ça n’a peut-être plus vraiment de rapport avec le thème du harcèlement, excusez-moi si je digresse.

    J’ai longtemps cru que si je n’ai pas été harcelée, c’est simplement parce que j’ai eu une chance de pendu comparé à beaucoup de gens de tomber dans les « bons » milieux. Aujourd’hui, je pense que j’ai eu une chance de pendu mais qu’elle était ailleurs : ne pas être aussi vulnérable psychologiquement que beaucoup de personnes solitaires. Il y avait du manque de confiance (il y en a toujours) mais suite à un travail personnel dans mon adolescence, ce manque de confiance s’est de plus en plus atténué et les « quelques » histoires problématiques ont complètement disparu.
    J’espère que je n’ai pas tenu de propos culpabilisants ou discriminants sans le faire exprès dans ce commentaire, que c’est clair que je ne considère pas que des personnes vulnérables sont coupables, mais je pense que c’est bien de parler de cette dimension d’un problème extrêmement compliqué (que je ne prétends pas bien connaître) et que c’est même susceptible d’aider certaines personnes.

    Merci encore pour votre blog que je ferais volontiers lire à beaucoup de gens.

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  5. Un complément par rapport à mon commentaire : je voulais juste ajouter que je me souviens aussi d’expériences positives à l’école. Des gens en groupe ou tout seuls qui venaient spontanément vers moi dans mon coin, me disaient bonjour et me demandaient pourquoi j’étais toute seule, si je ne préférais pas aller avec eux et que j’avais ma place parmi eux si je voulais. C’est arrivé plus d’une fois. Voilà…
    Bonne journée !

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