Autisme·Psychophobie

La timidité, ce n’est pas pareil selon qu’on soit neurotypique ou pas

Aujourd’hui, je vais vous parler de l’injonction à « dépasser sa timidité », que beaucoup de personnes autistes (et neuroatypiques, en général) entendent.

Cela part d’une bonne intention, mais les gens qui disent ça confondent deux choses. La timidité, telle qu’elle peut exister chez les neurotypiques. Qu’on pourrait appeler la timidité « classique », d’une part.
Et d’autre part, les raisons qui font que NOUS, on est souvent à l’écart des autres.

1 ) Phobie sociale, phobie scolaire, syndrome de stress post-traumatique, agoraphobie, etc

La phobie sociale ou la phobie scolaire ou le bégaiement ne sont PAS de la « simple timidité », c’est un handicap, qu’on ne peut donc pas « dépasser » à volonté.
Si c’était le cas, et qu’il suffisait d’un petit effort, vous vous imaginez bien qu’il n’y aurait jamais personne qui resterait bègue, phobique social ou scolaire…

Le syndrome de stress post-traumatique peut, dans certains cas, empêcher de se mêler aux autres. Ou à certains autres en particulier. Par exemple, il y a des femmes, des personnes non-binaires, des hommes trans qui ont été violé.e.s et pour qui la présence d’hommes cis est une source de panique.

Il y a des personnes qui ont subi des agressions homophobes, grossophobes, racistes, xénophobes, etc, et qui ne se sentent plus en sécurité parmi les « gens normaux ». Parfois là aussi, au point d’avoir une crise de panique.

Ensuite, il y a bien sûr les personnes agoraphobes. Et d’autres cas que j’oublie probablement.

2 ) Le sentiment d’inadéquation, la peur de gêner…

Ici, je vais surtout parler de l’autisme. La plupart des personnes autistes, au moins dans l’enfance, ont des difficultés à communiquer avec les autres, tout simplement parce que le mode de communication n’est pas le même.

Celui des neurotypiques passe en grande partie par le langage non-verbal (les intonations, les regards, les expressions faciales, la posture…), alors que le nôtre est plus littéral et explicite (passant par le sens des mots).

Ce phénomène s’atténue parfois, chez les autistes adultes, qui ont appris à s’adapter aux neurotypiques (ce qu’ils ne devraient pas avoir à faire, d’ailleurs, mais c’est un autre sujet).

Cette différence de communication fait que la plupart des neurotypiques, plus ou moins consciemment, pensent qu’on ne veut pas interagir avec eux.
C’est un peu comme si eux échangeaient 30% de leurs signaux en AM et 70% en FM, et nous plutôt tous nous signaux en AM.

En général, ils ne se posent pas plus de questions et supposent donc directement qu’on ne veut pas échanger avec eux… D’où l’effet plante verte (entre autres raisons).

De plus, souvent ils nous trouvent « froids », « robotiques »… Ou alors, au contraire, trop expressifs avec nos émotions. Trop arrogants. Trop gentils et trop faibles. Trop bizarres. D’être des divas. Bref, toujours trop ou pas assez, de toute façon.

Ensuite, souvent nous avons des besoins assez spécifiques. Par exemple, l’hypersensibilité à certains bruits (trop forts, trop aigus), à certaines odeurs. Les blocages alimentaires. Une importante maladresse.

Ces phénomènes-là se retrouvent chez beaucoup d’autistes. En général, les neurotypiques nous trouvent « chiants » parce qu’on demande une organisation spécifique sur certains points.

Un exemple tout bête : à cause de mes blocages alimentaires, je n’aime pas manger chez les gens, parce que j’ai toujours peur qu’un aliment sur lequel j’ai un blocage me soit servi et que je doive me forcer à le manger (malgré que parfois ça me donne littéralement envie de vomir…) par politesse.

Et si je le dis à l’avance, en général je rajoute « ne te tracasse pas, j’amènerais ma propre nourriture » (quand c’est possible). Histoire de ne pas forcer la personne à changer toute son organisation. Mais en général cette option-là ne convient pas vraiment aux gens non plus.

Parfois aussi, ces besoins et problèmes spécifiques sont vus comme « embarrassants », « bizarres », « de l’impolitesse », « des caprices »… par les autres. Par exemple, une personne autiste qui se bouche les oreilles à cause du bruit trop aigu d’un métro qui arrive. Ou qui a besoin de s’isoler momentanément pour se calmer.

Souvent, du coup, les enfants autistes sont considérés comme impolis par leurs parents, qui leur ordonneront de ne rien laisser paraître pour « ne pas faire honte ». Et si les parents ne font pas ça et préfèrent le bien-être de leur enfant (au regard jugeant des autres), alors on leur dira « vous élevez mal votre enfant, quelle honte ». Parfois on demandera même à une famille de quitter un théâtre, un cinéma, une piscine…

Les frères et sœurs de l’enfant autiste, à l’école, devront parfois choisir entre soutenir leur frère / sœur (au risque de s’isoler et de devenir cibles de harcèlement eux-mêmes), ou prendre le parti des autres enfants (aux dépens de leur frère / soeur trop embarrassant).

Les enfants qui seraient amis avec un enfant autiste seront dans une situation similaire, en porte-à-faux entre cet enfant et le groupe.

Je dis « l’enfant » mais il n’est pas rare que ce genre de situations arrive avec les adultes, d’ailleurs.

Dans le meilleur des cas, toutes les « bizarreries » seront un sujet de moquerie (soi-disant gentille) des autres. Par exemple, une personne autiste qui a le réflexe de se frotter les mains compulsivement.

Bref. Souvent des personnes autistes s’isolent parce qu’elles craignent les moqueries, les remarques déplacées. Parce qu’elles craignent d’embarrasser leur entourage, de « faire honte ». Parce qu’elles craignent de « ne pas faire assez bien les choses », de ne pas avoir l’air « assez normal ». Parce qu’elles craignent de déranger les gens avec leurs besoins spécifiques. Parce qu’elles craignent le harcèlement.

Souvent, toutes ces craintes sont (au moins en partie) fondées, d’ailleurs.

L’autre option, c’est de s’intégrer en jouant le rôle d’une personne normale. Une performance constante, donc. Sauf que c’est littéralement épuisant (et mauvais pour la santé).

Encore une fois, cela ne s’applique pas forcément qu’aux personnes autistes. Cela peut être le cas de personnes zèbres (qui se sentiront obligées de « cacher leur intelligence » pour ne pas faire d’ombre aux autres et paraître normales), de personnes schizophrènes, bipolaires…

De personnes dépressives (qui se sentiront obligées de sourire et de faire comme si tout allait bien). Des personnes avec un syndrome de stress post-traumatique, des phobies… qui devront, elles aussi, cacher leurs réactions. Des personnes avec des troubles du comportement alimentaire qui seront terrifiées des repas collectifs. Et d’autres cas encore.

3 ) « Mais pourtant, les gens sont gentils avec toi »

Ici aussi, il y a une grosse incompréhension. D’abord, « pas méchant » ne veut pas dire « gentil ». C’est même très différent, en fait.

De même, être gentil, et être « sympa », « agréable »… ça n’a pas forcément grand chose à voir.

Ensuite, même en supposant qu’une personne ait VRAIMENT des intentions gentilles (et que ce soit pas juste une façade de « personne sympa »), cela ne l’empêche pas forcément d’être problématique.

Rentrons dans le vif du sujet. Souvent, les gens nous prennent pour des plantes vertes

Des singes savants

Des bêtes de foire qui amusent par leur bizarrerie. 

Des bonnes poires (notamment pour nous faire faire leur travail à leur place, nous faire écouter leurs problèmes et donner des conseils sans contrepartie…). 

Des défouloirs (pour balancer des piques sous forme de « blague »). 

Des amis-caution (« j’ai un ami autiste je ne peux pas être psychophobe », « je connais le sujet j’ai des amis qui… »).

Des faire-valoir. Un « ami » m’a une fois avoué, au calme, qu’il aimait bien sortir avec moi parce que je faisais « pote faire-valoir devant les meufs ». Et je sais qu’il aimait aussi paraître très entouré.

Nous, on n’a pas forcément envie d’être tout ça. Parce que franchement, c’est chiant, c’est fatigant, c’est pas gratifiant. Et surtout c’est un manque total de respect envers nous…

En général, les gens qui font ça nous traitent avec une certaine gentillesse de façade. Parce que ces gens tiennent à leur image de personne sympa, et puis parce que ces gens ont besoin de leurs plantes vertes, boucs émissaires, bonnes poires, etc. Donc il faut bien les ménager un minimum, histoire qu’elles ne se rebellent pas.

Tout ça, sans parler des gens qui nous voient comme des « intellos ». Qui pensent qu’on est « plus intelligents », qu’on a plein de facilités, qu’on a des talents cachés… Et qui nous réduisent à ça. Avec, souvent, une bonne dose d’envie et de jalousie, d’ailleurs. Cela fonctionne aussi pour les personnes zèbres.

Donc, s’il vous plaît, arrêtez de nous dire des choses comme « Tu ne devrais pas t’isoler, tu devrais fréquenter les autres, ils sont gentils regarde ».

Ce n’est pas parce que les autres ONT L’AIR gentils qu’ils sont gentils, ni (surtout) qu’ils nous respectent.

Conclusion

Souvent, la « timidité » chez les personnes neuroatypiques, a des raisons bien spécifiques. Une phobie. Un traumatisme. Des difficultés de communication. Une exclusion sociale. De la violence. Du manque de respect insidieux. Et d’autres raisons encore.

Donc, s’il vous plaît, arrêtez de faire comme si c’était pareil que pour les personnes neurotypiques qui sont timides. De nous dire « non tu es juste timide ».

Et surtout, arrêtez de nous dire ce qu’on devrait faire. « Tu dois dépasser ta timidité ». Ou même, d’ailleurs, « tu dois dépasser ta phobie / ton traumatisme ».

Un avant-dernier point.Même chez les neurotypiques, il faut distinguer ce qui est « juste de la timidité », d’une part. Et ce qui est de la peur de se prendre du sexisme, de l’homophobie, de la grossophobie, de la transphobie, de l’antisémitisme etc dans la tronche. D’autre part.

Un dernier point. C’est problématique quand des adultes se permettent de dire à des enfants ou ados (du haut de leur piédestal d’adulte, qui est sorti de cette réalité depuis longtemps) de « dépasser leur timidité », en mode yaka fokon. 

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4 réflexions au sujet de « La timidité, ce n’est pas pareil selon qu’on soit neurotypique ou pas »

  1. Déjà, rien qu’en tant que personne NT introvertie, cette phrase ne m’a jamais mais alors jamais aidée (à part à me sentir comme une merde qui n’était pas capable de réussir quelque chose qui visiblement était simple pour les autres) alors j’imagine et cet article le confirme que c’est d’autant plus inutile (voire nuisible) à dire à une personne NA. J’aime vraiment beaucoup ce blog, il m’apprend beaucoup de choses. Merci beaucoup !

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  2. Mais la manière de communiquer, ce n’est pas quelque chose qu’on apprend? Comment ça se fait qu’elle soit différentes entre les NT et les NA? (ou alors les NA captent différemment cette éducation?)

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    1. Mais le fait est que les autistes, de manière « naturelle », communiquent différemment. Car différences cérébrales, et sensorielles, notamment.

      Ensuite il y a des autistes qui arrivent à communiquer « comme des NT » mais seulement après des années d’efforts lourds supplémentaires. Et en général le faire leur coûte de l’énergie (même avec l’habitude)

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