Autisme·Psychophobie

Nous sommes capables de voir le manque de respect

Beaucoup de personnes neuroatypiques subissent des formes insidieuses de manque de respect.

  • L’effet plante verte.
  • L’effet singe savant.
  • Le fait d’être utilisées comme caution. « J’ai une soeur trisomique / un ami bipolaire / une cousine autiste, donc je suis tolérant » par ex.
  • L’effet bonne poire.
  • Les remarques et questions déplacées.
  • Les injonctions. A dépasser sa timidité. A se bouger, faire un régime, faire du sport, s’intégrer, sourire, faire ci ou faire ça. A être « moins sensibles ».
  • Le fait de nous comparer entre nous. « J’ai une sœur qui a été dépressive et elle arrivait à bosser alors pourquoi pas toi. » « Heureusement toi tu es intelligent, tu n’es pas comme ces autistes-là » (voir ici et ).
  • Les compliments psychophobes (« tu es bon pour un handicapé / autiste »).
  • Les blagues psychophobes.
  • Utiliser « la folie », la psychose, la bipolarité, la dépression, l’autisme, la schizophrénie, la paranoïa… comme insultes.
  • Le refus de prendre en compte nos besoins et problèmes spécifiques, en considérant ça comme des « caprices », de « l’exagération », etc.
  • Se moquer de nous de loin en croyant qu’on ne s’en rend pas compte (Scoop : Non vous n’êtes PAS discret).
  • Et d’autres choses encore.

Bref, il y a des dizaines de manières possibles de nous manquer de respect, avec le sourire, sur un ton très poli, et souvent sans s’en rendre compte (consciemment).

Et qu’est ce que la plupart des neurotypiques répond quand on les met en face de ça ?

« Tu es parano » (1). « Tu exagères ». « Tu es trop sensible » (2). « Tu prêtes de mauvaises intentions aux gens à tort ».

1 ) Alors, déjà, concernant les « mauvaises intentions », ce n’est pas vraiment le sujet. Un comportement psychophobe reste psychophobe même si ce n’était pas l’intention.

De plus, ce n’est pas parce qu’une personne a une façade de sourire et de sympathie qu’elle est réellement gentille, qu’elle se soucie réellement de ne pas blesser, etc. Il faut arrêter de confondre « personne pas méchante », « personne avec une façade agréable » et « personne gentille ».

Et quand bien même, de toute manière l’intention n’est qu’une partie du problème, et ne change pas le résultat. D’ailleurs, une personne qui a fondamentalement de bonnes intentions, si on lui fait remarquer un comportement oppressif, elle cherchera à comprendre et à s’améliorer, au lieu de défendre son innocence

2 ) Ensuite, nous demander d’être « moins sensibles » comme si il suffisait de claquer du doigt, c’est problématique en soi.

Ce n’est d’ailleurs pas très sympa pour les personnes hypersensibles, avec un stress post-traumatique…

3 ) Enfin, ce n’est pas parce que nous sommes neuroatypiques (notamment, le cas échéant, autistes) que nous sommes incapables de comprendre quand les gens nous manquent de respect. Ou quand les gens se moquent de nous, nous utilisent…

Parfois, nous mettons plus de temps à nous en rendre compte. Parce que nous avons souvent moins d’expérience sociale. Que nous sommes parfois prêts à avaler plus de couleuvres pour avoir des amis. Que nous avons des difficultés de communication. Que nous doutons de nos propres ressentis ou souvenirs. Etc.

Pour autant, nous sommes capables de le voir et de le comprendre.

Donc, quand nous nous rendons compte que des gens (nos collègues, nos camarades de cours, notre famille…) se foutent de notre gueule, arrêtez de partir du principe qu’on se trompe et que les gens (les neurotypiques) sont forcément gentils. Arrêtez de nous prendre pour des billes. S’il vous plaît.

 

Conclusion

Ces dénégations viennent, d’une part, des personnes à qui on fait directement remarquer un comportement problématique. Illustration.

Personne NT aléatoire : « Propos psychophobe ».

Personne neuroatypique : « Désolé, mais c’est un peu problématique ce que tu viens de dire. »

Personne NT : « Mais non, tu as mal compris, tu es parano et trop sensible, d’abord. »

Mais ces dénégations viennent aussi d’autres personnes neurotypiques. Par exemple.

Personne autiste : « Mes collègues me traitent en pot-de-fleurs tout le temps, même si ils font semblant d’être des amis. Et puis je me rends compte qu’ils ne me transmettent pas les informations, qu’ils ne me préviennent pas des réunions. Du coup, je n’arrête pas de passer pour une incompétente devant les clients. »

Ami NT : « Mais non, tu es parano, je suis sûr que tu te trompes. Tu leur prêtes de mauvaises intentions. »

Ces dialogues sont inspirés de faits réels. Dans le second dialogue, l’ami NT, il part du principe que la personne concernée se trompe forcément (alors que lui-même ne connaît pas les collègues et n’est pas là pour voir…). Parce que elle est autiste DONC elle est totalement incapable de comprendre quoi que ce soit aux relations sociales, DONC elle se trompe. 

De plus, il ramène tout aux intentions supposées des collègues. Il dit « tu leur prête de mauvaises intentions », alors que là on ne parlait pas des intentions, mais du résultat. Quelles que soient les intentions des collègues, l’effet plante verte et le non-transfert d’informations sont là.

Pire encore, quand il dit « tu leur prêtes de mauvaises intentions », cela veut dire que lui (en tant que personne neurotypique) part du principe que les collègues (également neurotypiques) n’ont pas de mauvaise intention.

Il part donc du principe que les gens comme lui sont gentils par défaut (et que si on dit le contraire c’est forcément un quiproquo).

La solidarité neurotypique, c’est ça.

Un des résultats de ça, c’est qu’on finit par ne plus savoir si les gens autour de nous ont eu des comportements ou propos problématiques, ou si c’est nous qui exagérons et nous imaginons des trucs, ou si c’est nous qui créons le problème.

Et du coup c’est d’autant plus difficile de se défendre et de s’affirmer. Et pour les gens, c’est d’autant plus facile de nous marcher dessus.

C’est assez compliqué de sortir de cet écran de fumée quand, pendant des années, des groupes entiers de gens nous excluent, se moquent de nous, nous utilisent, nous manquent de respect… souvent avec un air de ne pas y toucher. Et que d’autres gens, ensuite, tentent de nous convaincre que non il n’y a pas de problème réel, que tout est dans notre tête. Ou que c’est nous qui ne faisons pas assez d’efforts.


(1) (2) « Parano », « hypersensible », « trop sensible »… ne devraient pas être des insultes.

Il y a VRAIMENT des personnes paranoïaques. Des personnes hypersensibles. Des personnes à la sensibilité exacerbée par un stress post-traumatique, une dépression…

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