Autisme·Psychophobie

« Mettre fin aux discriminations, ça alimente la croissance », le problème avec cet argumentaire

Je suis tombé, ce soir, sur un article du Monde (rubrique économie), qui explique que les discriminations pèsent sur la croissance. Et que les réduire pourrait accroître la richesse nationale de plus de 150 milliards d’euros.

Et puis, il y a quelques mois, je suis tombé sur un article sur « L’autisme, un handicap qui peut devenir un atout dans la Silicon Valley ». Bon, déjà, le titre m’a fait grincer ces dents (ainsi que les phrases sur les « geeks à lunettes »…).

Mais sur le fond, ces articles font de la lutte contre les discriminations une question d’efficacité économique. Et, pour celui du Monde, une question de morale (accessoirement).

Or, ce n’est pas ni une question morale, ni une question d’efficacité économique, c’est un question politique.

De plus, l’idée est de donner un vernis d’éthique au capitalisme. « Regardez, on est capitalistes mais on intègre des minorités. » Pour autant, ce ne sera jamais qu’un vernis, destiné à donner bonne conscience aux personnes de classe moyenne et supérieure, et à endormir les minorités stigmatisées (en promettant à leurs membres la possibilité de s’enrichir individuellement).

Et puis, cela prouve que les personnes minoritaires ne sont que des ressources, pour le reste de la société. Ressources auxquelles on fait mine de s’intéresser lorsqu’elles pourraient rapporter de l’argent (aux grandes entreprises et/ou à la nation), et si possible servir de caution morale, mais qui n’intéressent personne hors de ça.

Ensuite, est-ce que cette voie peut réellement nous libérer ? Je pense que non. Tout simplement parce que, dans le meilleur des cas, ça réduira quelques discriminations spécifiques, dans des domaines spécifiques.

Mais ça ne fera pas disparaître les discriminations en tant que telles. De plus, l’oppression des minorités est loin de se limiter aux discriminations (scolaires, universitaires, professionnelles, au logement, médicales, aux loisirs…). Mais inclut aussi les violences physiques et psychologiques, les clichés (y compris les clichés « bienveillants »), l’exclusion sociale, les messages culturels, etc.

Il ne faut pas oublier que les oppressions répondent à des nécessités économiques et politiques du point de vue du système. Et tant que ces nécessités seront là, il n’y aura que des petits pas, des petites victoires, mais pas de changement réellement profond au sein du système.
D’ailleurs, du point de vue des dominants, faire augmenter le PIB passe largement après la défense de leur position dominante…

Autrement dit, cela consiste au mieux à donner des miettes. C’est bien, les miettes, hein. Tant mieux pour les personnes qui en profiteront.

Cependant, nous ne devrions pas nous sentir reconnaissants pour ça. Ne l’oublions pas, ces miettes ne sont données que pour nous endormir, se donner une bonne image et pour que nous rapportions de l’argent.

Surtout, nous ne devrions pas accepter de donner notre caution à un système aussi oppressif (et pour nous en particulier) en échange de ces miettes.

C’est assez dérangeant, je trouve, de voir des grandes entreprises s’associer au défilé de la Gay Pride, ou organiser des évènements avec des associations LGBT, en se donnant un vernis de respectabilité grâce à nous. Ou de les voir instrumentaliser le féminisme, la cause de l’autisme et des handicaps en général… de manière similaire.

Ensuite, et enfin, de manière plus générale, je ne pense pas qu’encourager l’ascension (relative) d’une partie des personnes minoritaires, que ce soit par la fondation de leur propre entreprise ou l’accès à de meilleurs postes dans leurs entreprises, soit une réelle solution.

Certes, cela valorisera les talents spécifiques d’une partie des personnes minoritaires et améliorera les conditions de vie de ces personnes-là. Toutefois, même ces personnes-là qui auront réussi continueront (à leur niveau) à subir de l’homophobie / du capacitisme / du sexisme / autre.

Et surtout, cela n’aidera pas le reste du groupe.

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Je cite également un message du Réseau Race / Genre / Classe, sur facebook (pour que les personnes qui ne sont pas sur fb puissent le lire aussi).

Les discriminations ont comme fonction de restreindre l’accès aux ressources (argent, travail, honneurs, pouvoir…) aux populations désignées comme inférieures, et de privilégier l’accès aux ressources aux populations qui s’auto-définissent comme supérieures.
Le système capitaliste se nourrit de ce système discriminatoire.

Il est donc totalement absurde d’affirmer que les discriminations coûtent de l’argent à l’ensemble de la société, comme le font les consultants de France Stratégie, think tank proche du gouvernement, dans un rapport repris par tous les médias (dont le Monde, cf en commentaire).
Car le système capitaliste n’a jamais eu, de toute façon, comme objectif de mettre bien « l’ensemble de la société ». Son objectif c’est de mettre bien les dominants, point barre. Et donc les discriminations ne coûtent pas cher aux dominants, au contraire, elles leur permettent de maintenir leur rapport de domination. Les discriminations coûtent très cher aux SEULS dominés, qui sont orientés dès la maternelle dans des secteurs d’activité précaires, qui n’ont pas accès au marché du travail parce que voilée, qui sont humiliés dans les médias, qui meurent asphyxiés trois gendarmes sur le dos.

Dans l’article, est défendue l’idée selon laquelle une logique capitaliste qui se débarrasserait de la logique raciste et sexiste, serait favorable aux non-blancs et aux femmes… Or la logique capitaliste s’appuie justement sur les logiques raciste et sexiste.
Le capitalisme ne nous sauvera pas, car notre ennemi c’est aussi le capitalisme. France stratégie ne nous sauvera, car notre ennemi c’est aussi France Stratégie.

Dans l’article du Monde, il est dit par un proche du gouvernement qu’ « Il y a non seulement un aspect moral à la lutte contre les discriminations, mais aussi un argument rationnel d’efficacité économique ». Après l’arnaque de l’antiracisme moral, voici venu le temps de l’arnaque de l’antiracisme capitaliste. Tout est faux, la lutte contre les discriminations n’est ni « morale », ni « un argument d’efficacité économique », elle est POLITIQUE.
On ne peut donc compter que sur le rapport de force politique qu’on réussira à imposer aux dominants.

Réseau Classe/Genre/Race

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