Autisme·Hétérosexisme·Homo/bi/pansexualité·Psychophobie

Mon rapport à mon orientation n’a rien à voir avec celui des neurotypiques

Introduction

Alors, avant toute chose, je précise (comme à chaque fois sur ce sujet) que je suis blanc, d’Europe de l’ouest. Et agnostique.

C’est important, parce que le rapport à l’orientation (et au genre) peut énormément bouger selon qu’on appartient à telle ou telle culture, que l’on vit en Occident ou non, que l’on a éventuellement une double (ou triple) culture, qu’on est de telle ou telle religion (ou athée).

Et que l’on vit ou non le racisme (notamment l’islamophobie et l’antisémitisme), et/ou la xénophobie.

En outre, mes parents sont de classe économique moyenne, je vis dans Paris, et j’ai eu la possibilité de faire des études supérieures et un plutôt bon accès à la culture dominante. Cela aussi, ça joue en matière de genre et d’orientation.

Enfin, je suis valide, je n’ai aucun handicap physique.

Tous les paramètres (orientation, genre, handicap ou non, neuroatypie ou non, classe socio-économique, niveau d’études et de culture, religion, couleur de peau, etc) sont tous imbriqués les uns dans les autres, du point de vue sociologique et psychologique. Et cela n’a pas de sens de les séparer dans des boîtes bien hermétiques, en disant « Alors, ça c’est mon genre, et puis ça, c’est ma classe sociale, et… ».

Bref, il n’y a pas un vécu universel de toutes les personnes homo, ou gay, ou lesbiennes, ou bi, ou pan, ou queer en général… Ce qui nous amène justement au sujet de l’article.

Comment j’ai vécu mon orientation sexuelle et romantique en tant que personne autiste. Et pendant de longues phases, dépressive (même si maintenant ce n’est pas le cas, espérons que ça continue).

L’enfance et l’adolescence

Quand j’étais enfant et ado, je connaissais l’existence de l’homosexualité. Par contre, j’ignorais tout de la non-binarité ou du genre en général.
Et j’ignorais tout de l’autisme et des autres neuroatypies. J’avais vaguement entendu parler des autistes comme « des malades, des débiles… » et pas plus creusé que ça. Donc évidemment, je ne m’y reconnaissais absolument pas.

Pour autant, je savais pertinemment que j’étais différent des autres, c’était une évidence. D’ailleurs, tout le monde le savait aussi autour de moi, aussi bien la famille que les amis que les camarades que les instits ou profs…

A l’école primaire, on m’avait soupçonné d’être précoce, et surdoué. Les autres enfants me voyaient un peu comme un « intello ». Et j’étais déjà légèrement à part des autres, mon instit de CP avait eu des problèmes avec moi, quelques enfants m’avaient racketté… Pour autant, globalement ça allait, parce que les instits (sauf exception) étaient inclusifs, et que j’avais quelques amis neurotypiques qui m’avaient permis de m’intégrer relativement au groupe.

Au collège, ne connaissant personne, je n’ai plus eu ces quelques « protections », et du coup je me suis retrouvé totalement isolé. Considéré comme « intello », mais aussi « bizarre » par les autres. N’ayant pas de sujets d’intérêt commun avec eux. Ne parlant pas comme eux (comme beaucoup d’autistes j’avais une manière de parler plus « sophistiquée » que les autres). Ne me tenant pas comme eux, ne regardant pas les gens dans les yeux. Etant totalement nul en sport. Et une foule d’autres détails.

Au début, les gens m’ont donc vu comme « une victime ». Et puis, en 4ème et 3ème, je me suis mis à me défendre et à taper quand on me faisait chier. Du coup, je suis naturellement passé pour « un fou », « un psychopathe »… Puisque bizarre ET violent. Et en même temps, je passais encore pour un intello quand même. Et une bonne poire (pour copier sur moi, par ex).

De plus, je représentais une contradiction vivante à leurs yeux. En effet, je savais parfaitement parler, tenir des raisonnements compliqués (notamment en cours d’histoire), j’étais capable de suivre les cours et faire mes devoirs sans problème… Or, dans leur imaginaire, les « malades mentaux » c’étaient forcément des attardés.
Et en même temps, à côté de ça, j’étais bizarre et violent, ce qui me mettait quand même dans « les fous ».

Sur la fin de la 3ème, les gens ont fini par développer un certain respect pour moi, parce que je ne me laissais JAMAIS faire. Même si je me prenais des coups en retour.
Ils ne m’ont jamais considéré comme des leurs (et encore moins aimé), mais ils ont appris à me respecter. Et du coup, le harcèlement (qui avait duré quatre ans) s’est quelque peu calmé dans les derniers mois.

Enfin, les gens (surtout les mecs cis) avaient inconsciemment très bien compris que je n’étais pas un mec cis, et me le faisaient bien payer, ça aussi.

Et puis, j’étais ami avec une fille dyslexique (Dana), et qui était aussi « la grosse de service ». Elle aussi, d’ailleurs, ne rechignait pas à taper les gens qui venaient la faire chier (sur son poids principalement).
Et tous les deux, on passait beaucoup de temps avec la « classe des malades mentaux ». Qui regroupait des élèves non-verbaux, des élèves faisant régulièrement des crises d’angoisse, des meltdown, des shutdown, des élèves ayant des « retards » (1) dans le développement…
Et on s’était socialement intégrés à ce groupe-là, pas à notre classe. Tout le monde le savait, d’ailleurs (ce qui a évidemment renforcé notre réputation de marginaux).

A partir de la 3ème, j’ai commencé à réaliser mon attirance pour les garçons. Evidemment, j’ai tout de suite compris qu’il ne fallait pas DU TOUT que ça se sache, sinon ce serait la catastrophe.

Parce que je n’étais pas populaire DU TOUT, et que je n’avais aucun ami DU TOUT (sauf en 3ème, quand j’ai rencontré Dana et que la classe des « retardés » a été crée).
Du coup, si le coming-out se passait mal, le risque était qu’il n’y ait personne pour me défendre, personne pour me soutenir, et quasiment tous les garçons et une bonne partie des filles contre moi.

Et le CO avait toutes les chances de mal se passer. Déjà à cause de ma situation. Et puis, parce que la plupart des garçons étaient homophobes et misogynes de manière décomplexée, que c’était une course constante à la virilité…

Quant aux filles, quelques-unes étaient homophobes de manière décomplexée aussi. D’autres l’étaient de manière plus subtile et légère. Et pour le reste des filles (celles qui restaient silencieuses sur le sujet), je ne pouvais pas savoir.

Peut-être que certaines filles (qui m’incluaient en partie dans leur groupe, parfois) m’auraient défendu, ou peut-être pas. Tout aurait dépendu de leur niveau de tolérance aux homos.
De plus, je serais devenu le pédé de service. A qui on aurait fait des blagues homophobes, posé des questions déplacées et intrusives toute la journée…

Ensuite, je suis arrivé au lycée. Où il y a eu beaucoup moins de harcèlement moral, et où il n’y a plus eu de violence physique. L’ambiance générale était beaucoup plus calme.

Cependant, les garçons avaient toujours cette tendance, ensemble, à faire des blagues misogynes et homophobes (avant de rire grassement), à se traiter de « pédé » et de « tapette » tout le temps.

De plus, une poignée d’entre eux était ouvertement homophobes, au point de ne pas vouloir étudier des auteurs homos en classe, et d’assumer cette opinion devant les profs.
Et les autres garçons (ou filles, d’ailleurs) ne leur disaient pas grand chose, ne leur disaient pas « Arrête ton bullshit homophobe ».

Certains (je l’ai découvert progressivement) étaient TRES homophobes, mais ne disaient rien devant les autres pour ne pas avoir l’air trop intolérants…

Donc, déjà, un coming-out en tant que tel serait resté casse-gueule. Et moi, je restais isolé. Je n’avais rien en commun avec les garçons, et ils ont vu rapidement que je n’étais pas un des leurs.

Quant aux filles, ça dépendait des moments. En 2nde, les filles étaient plus nombreuses dans la classe, et assez soudées entre elles. Du coup, les garçons n’osaient pas trop avoir des blagues ou propos misogynes devant elles, et ne le faisaient qu’entre eux. Et comme moi, j’avais été pris dans le groupe des filles, j’avais (relativement) la paix aussi.
Sauf dans les moments où je me retrouvais au milieu des garçons, bien sûr, comme le cours de sport, ou d’autres moments (dans les couloirs, etc).

Cette classe, ça a été un peu un havre de paix, parce que presque toutes les filles avaient accepté que je sois différent (autiste), et que je fasse partie de leur groupe, sans problèmes. Et je pense qu’elles auraient aussi presque toutes accepté que je sois homo sans problèmes.

Malgré tout, je n’ai pas pris le risque du coming-out, parce que j’avais encore deux ans à tirer ensuite. Et j’ai bien fait.

En 1ère et Tle, les garçons (largement plus nombreux) se lâchaient sur le sexisme et l’homophobie ordinaire, et la course à la virilité. Et il y avait les filles (les plus extraverties) qui se comportaient comme les garçons pour faire partie de la bande, celles qui étaient vaguement suiveuses et gravitaient autour, et celles qui restaient discrètes (celles-là étaient souvent amicales avec moi).
D’ailleurs, ce n’est absolument pas un reproche ni un jugement à leur égard. C’est juste qu’elles étaient en position d’infériorité et donc se débrouillaient comme elles pouvaient.

En outre, contrairement à la Seconde (où par chance extraordinaire, il n’y avait que des filles vraiment ouvertes d’esprit), là, elles étaient assez méfiantes et distantes envers les gens bizarres et différents, comme moi.
Et certaines étaient homophobes. Je le voyais, par exemple, quand elles parlaient de chanteurs, de candidats de télé-réalité… homos ou suspectés de l’être.

Bref. Il y avait une poignée de filles amicales avec moi, et puis il y avait les garçons, plus les filles extraverties, qui me mettaient totalement à l’écart (et parfois me faisaient chier activement).

Dans ce contexte, faire un coming-out, c’était beaucoup trop casse-gueule. Et puis, il y avait le traumatisme du collège, la peur panique que le harcèlement reprenne.

Pour autant, le placard n’était pas un choix facile non plus. D’abord, je devais sans arrêt mentir et biaiser lorsque des gens me posaient des questions sur l’amour, le sexe, mes attirances… Et je craignais les conversations portant sur ce sujet. C’était franchement épuisant.
Oui parce que les gens, globalement, me traitaient comme une plante verte, mais pour ça, tout le monde se souvenait que j’existais, c’est ballot.
Il fallait aussi parfois rire aux blagues homophobes (quand j’étais obligé de leur parler) pour ne pas éveiller de soupçons.

De plus, je n’avais personne à qui parler de mes attirances (amoureuses ou sexuelles), ou du fait d’être homo.

Enfin, j’avais honte de moi. Honte de mon orientation. Ce qui me poussait vers la dépression.
Et puis en plus, je pensais que je n’intéresserais personne, j’avais une très mauvaise estime de moi, de mon physique, de mon intelligence… en général.

Du coup, entre mes 16 et 17 ans, j’ai été une proie facile pour une relation psychologiquement abusive, puis un abus sexuel. D’autant que, comme je disais, je n’avais presque personne à qui parler de tout ça.

Les études supérieures

Après le lycée, j’ai vécu beaucoup moins de micro-agressions. Et puis, en surface, les gens ont été plus amicaux avec moi.
En surface seulement, d’ailleurs. Par exemple (contrairement à avant), beaucoup de gens me laissaient venir avec eux pour suivre les cours ou manger, les raccompagner…
Mais personne ne faisait d’effort actif pour m’inclure dans les conversations (alors que moi je me démenais pour suivre). Mes pseudo-amis parlaient devant moi de leurs autres amis avec qui ils sortaient, mais ne m’invitaient jamais. Personne ne me disait jamais spontanément « bonjour ».

Ma bizarrerie était beaucoup mieux tolérée, mais avec le recul, je me rends compte que c’est surtout parce qu’elle amusait les gens. Cependant, au-delà de ça, j’étais la plante verte de service.
Et pour quelques personnes, j’ai aussi servi de faire-valoir et de bonne poire.
Dès le début, d’ailleurs, je sentais bien que quelque chose n’allait pas, mais j’ai mis du temps à me rendre compte du problème exact.

A la fac, du coup, j’aurais pu faire mon coming-out public. Je ne l’ai pas fait. Parce que je m’assumais encore mal intérieurement, que je craignais la réaction des gens.
Ceci dit, je ne paniquais pas non plus à l’idée que des gens l’apprennent, du coup, je n’ai pas du tout nié quand deux personnes m’ont posé la question en privé. Et quand des gens me soupçonnaient et faisaient des blagues, je ne relevais pas.
Là encore, la discrétion a été plutôt un bon choix, je m’en suis rendu compte en L2. Quand le débat sur le mariage pour tous a commencé, et qu’une bonne partie de ma fac (dont des pseudo-amis) ont commencé à aller à la Manif pour Tous.

Dans le lot des homophobes, il y avait en résumé deux groupes. Les homophobes de classe populaire, qui étaient francs du collier et montraient clairement leur dégoût, leur mépris…
Et puis les homophobes bourges, cathos, qui eux, avaient tous « des amis homos ». Qui soutenaient tous, bien sûr, la cause des homos (et les aimaient bien).
Et se justifiaient par l’intérêt général (vous savez, tout le discours sur le mariage et l’adoption pour tous qui risquaient de détruire les fondements de la société…) et l’intérêt des enfants (qui, bien sûr, auraient été plus heureux en orphelinat qu’avec des parents adoptifs homos, logique). Sans oublier la liberté d’expression, bien sûr.

Le milieu homo et moi

Au lycée, je savais que je n’étais pas hétéro. Et je savais aussi que j’étais franchement différent des autres.
Et comme j’ignorais tout de l’autisme, du genre, etc, j’ai attribué ma différence toute entière au fait d’être « gay ». Du coup, j’avais donné à cette identité « gay » une importance assez démesurée.

J’ai découvert le milieu homo de manière purement virtuelle, via un forum, à 17 ans. Puis par des rencontres physiques (avec des membres du forum) à 19 ans.
Au début, je m’attendais à un lieu idyllique, plein de gens qui partageraient un vécu proche de mien, me comprendraient, m’accepteraient…

Et puis, je suis progressivement revenu à la réalité. Sur le forum, la communication était assez difficile. Je ne comprenais souvent pas leurs implicites, et eux ne comprenaient pas ou mal ma manière de raisonner.

Puisque c’était un forum d’entraide, je demandais souvent des conseils. Mais évidemment, la plupart des conseils tombaient à côté de la plaque, puisqu’ils les donnaient comme si j’étais neurotypique, cisgenre, monogame…
Je ne sais pas si les gens étaient incapables de sortir deux minutes de leur prisme (de monogames, cis, neurotypiques, souvent adultes d’âge moyen…) ou si ils ne faisaient juste aucun effort.

Mon conseil préféré, ça aura été « fais ton coming-out » au lycée. Dans la discussion qui avait suivi, une personne m’avait répondu que « quand une personne est populaire et qu’elle a de l’assurance, ça passe, les gens respectent ». Certes, sauf que moi j’étais tout sauf populaire justement (et que je l’avais pourtant dit), bref.

Mon deuxième conseil préféré, ça a été « tu devrais sortir de chez toi et plus faire la fête », « fais toi des amis », ou après une rupture amicale, « fais toi D’AUTRES amis », et toutes les variations sur ce thème.
Facile à dire pour des neurotypiques…

Dans les rencontres réelles, j’étais une plante verte. Et je mettais mal à l’aise au moins une partie des gens (je m’en suis rendu compte) parce que j’étais poly (peur que je pique leur copain…) et autiste (ne partageant pas leur communication non-verbale, raisonnant autrement…).
Cela a été comme ça avec les gens du forum (sauf exception), et avec les gens de l’association homo où mon copain m’a emmené.

La différence totale de vécu

Et enfin, le dernier point. Mon vécu (du fait de ne pas être hétéro, de l’homophobie…) n’avait clairement rien à voir avec le leur.

Déjà, je suis poly. Je suis sur le spectre de l’asexualité et de l’aromantisme, pas très loin d’être asexuel et aromantique.

Donc, dans mon monde, il y a des relations d’amitié. Qui peuvent devenir intimes. Depuis l’intimité, parfois elles peuvent mener à du sexe, mais c’est seulement dans des circonstances spécifiques et assez rare. Je peux donc rester plus de six mois sans aucune relation sexuelle, sans manque, et ce tout en voyant des amis intimes toutes les semaines.

Encore plus rare chez moi, les sentiments romantiques. Cela ne m’est arrivé que deux ou trois fois dans ma vie, assez brèves en plus. Avec des amis. Et dans des circonstances spéciales.

Dans leur monde, pour la plupart, il y a le célibat (avec éventuellement des plans cul, voire des sex-friends), et puis il y a le couple mono (sexuel ET romantique). Il y a les attirances romantiques et/ou sexuelles pour des inconnus ou des vagues connaissances. Et c’est le cas aussi dans leurs références culturelles (romans, films, séries…).

D’ailleurs, le combat pour le mariage et l’adoption pour tous ne me parlait pas personnellement, vu que je ne me suis jamais projeté dans le modèle du couple. Et que même si j’avais rêvé de mariage, je savais que en tant que poly, ça serait toujours impossible. Puisque le mariage poly n’est pas pour demain…

Ensuite, parlons de la sociabilisation. Beaucoup des homos que j’ai connus (les neurotypiques cis) ressentaient leur homosexualité comme une différence mineure, voire pas une différence du tout. Un point de détail dont les autres font toute une montagne.

Niveau travail et études, leurs « seuls » problèmes potentiels (importants, je ne le nie pas) étaient de devoir faire leur coming-out, ou mentir. Et de gérer des collègues, camarades, ou de temps en temps des chefs homophobes.
Et pour beaucoup, cela se passait bien (entourage professionnel suffisamment ouvert et tolérant), ou finissait par bien se passer après des accrocs au début.

Alors que pour moi, les études c’est très compliqué pour plein de raisons, et que le monde du travail risque de l’être tout autant. A cause de la psychophobie. Que ce soit trouver un travail, le garder, arriver à m’entendre avec les collègues neurotypiques (malgré la psychophobie ordinaire), l’environnement de travail pas fait pour les autistes…
Plus mon orientation, le polyamour (2) et mon genre, la triple cerise sur le gâteau.

Niveau vie sociale, les homos que j’ai rencontrés, ils n’avaient pas trop de problèmes, à part la potentielle homophobie. Et même si ça leur causait parfois des emmerdes, ils avaient toujours l’option de changer d’amis, et le faisaient si besoin. Et souvent, ça se passait plutôt bien dans l’ensemble.

Moi, je suis mal à l’aise avec le small talk (le fait de discuter de banalités). Je partage rarement les centres d’intérêt des gens (puisque j’ai des intérêts spécifiques, souvent assez limités dans leur champ et monomaniaques). Du coup, je ne partage souvent pas leurs références. A l’oral, je ne m’exprime pas comme eux (souvent les gens me trouvent pédant d’ailleurs). J’ai une voix souvent monotone. Je ne sais pas contrôler mon expression faciale (donc tout se voit, même un dégoût, une crispation…). Je ne regarde naturellement pas les gens dans les yeux (surtout quand je les connais peu). Je suis mal à l’aise quand il y a trop de bruit, ou trop de monde. Dans un évènement social, je suis mal à l’aise en cas d’imprévu ou quand il y a des personnes qui n’étaient pas prévues au départ. Et plein d’autres détails encore.

Tout ça fait que je ne PEUX PAS être ami (ou même pote) avec 99% des neurotypiques (qui sont la majorité). Nous sommes incompatibles, autant de leur côté que du mien. Et la psychophobie, l’homophobie, la NBphobie… ordinaires n’arrangent évidemment rien.

Niveau vie sentimentale et sexuelle, enfin, on n’a pas le même vécu non plus. Puisque pour la plupart, ils n’ont pas trop de difficultés à trouver quelqu’un, que ce soit pour un couple ou  un plan.
Je ne dis pas que c’est super-facile, hein. Je ne pense pas que ce soit facile pour grand monde, d’ailleurs.

Moi, j’ai un fonctionnement sexuel et sentimental différent de la majorité. Amitié, qui mène éventuellement à de l’intimité, qui mène éventuellement parfois à une attirance sexuelle, et très, très rarement à une attirance romantique.
Sachant que le romantique et le sexuel (qui sont rares chez moi) ne vont pas forcément ensemble, et que les fois où j’ai eu des sentiments romantiques je n’avais pas de désir sexuel. Et que rien n’est exclusif.

En plus, comme je disais au dessus, je suis incompatible avec la majorité des gens, amicalement et donc sentimentalement.

Un dernier point de divergence. Je sais que beaucoup d’homos cis (même si pas tous) traversent une période (qui peut parfois être très longue) d’angoisse par rapport à leur féminité ou virilité.

A cause du cliché que les lesbiennes sont moins féminines, et les gays moins masculins. Côté lesbiennes, je ne connais pas trop. Mais pas mal de gays ressentent le besoin de se rassurer sur leur masculinité et leur virilité.

Et une partie non-négligeable intériorise le schéma (hétéronormé) du « mec actif, dominant, pénétrant, qui est viril », et éventuellement du passif, pénétré qui est moins viril (jeune et/ou efféminé, voire travesti).

Beaucoup font une fixation, aussi, sur le pénis, le fait de donner un orgasme à l’autre et d’en avoir un, la taille du pénis…

Moi, tous ces trucs-là me sont toujours passés au dessus de la tête.

Bref. Mon vécu est très éloigné de celui de 99% des homos que j’ai rencontrés. Je n’en fais pas une généralité. Parce que je les ai rencontrés via le milieu homo mainstream.

Donc, à dominante homo plutôt que bi / pan. Et blanc, valide, cisgenre, dyadique (3), monogame, neurotypique, classe moyenne (parisienne)…
Et plutôt conforme aux stéréotypes de genre (j’ai croisé peu de gays efféminés et de lesbiennes butch dans ce milieu).

D’ailleurs, pour beaucoup, tous ces privilèges combinés se ressentent bien dans leur manière de voir le monde et d’interagir avec les autres…

Conclusion

Lorsque j’étais au lycée (et collège), je mettais une grande importance dans mon identité « gay », dans laquelle je rangeais en fait toutes mes différences, tout ce qui me mettait à part.

Ensuite, j’ai rencontré le milieu homo mainstream, et j’ai réalisé que je n’y avais pas vraiment de place, d’une part. Et que je ne partageais pas leurs références, leurs valeurs politiques, ni surtout leur vécu (au niveau études, travail, vie sociale et sentimentale).

Du coup, pendant longtemps, je n’ai pas été très politisé sur ce sujet. Et je me définissais « gay » par défaut, mais sans m’y identifier profondément.

Ensuite, j’ai rencontré le milieu queer, non-binaire, poly… Et en même temps j’ai découvert mon autisme.

C’est à partir de là, que j’ai compris d’où venaient mes différences. Que j’ai trouvé une place dans différents milieux. Et que j’ai commencé à m’identifier réellement par mon orientation sexuelle et romantique (qui n’est PAS « homo » ou « gay »), mon genre, l’autisme et le polyamour.
Et c’est à partir de là que j’ai réellement commencé à me politiser.

——————————————————————————————————-
(1) Désolé pour l’expression « retard mental », qui est ultra-problématique, mais je ne sais pas quel autre mot employer. Et puis, c’était le mot employé par les adultes (et les autres élèves) à leur sujet.

(2) Le coming-out quand on est poly, en plus, ce n’est pas pareil.
Version mono. « Tu as une copine, du coup ? -Non, j’ai un copain. »
Version poly. « Tu as une copine. -Non, j’ai deux copains.

(3) Dyadique veut dire personne non-intersexe.

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7 réflexions au sujet de « Mon rapport à mon orientation n’a rien à voir avec celui des neurotypiques »

  1. C’est dingue : hormis la dimension de mon genre qui ne m’a pas vraiment posé de problème, j’ai l’impression de lire une description de mon propre parcours social à l’école et au collège ! À ceci près que je n’ai pas pu suivre des études supérieures, étant incapable de m’adapter aux programmes scolaires dès la 6e. Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

  2. J’apprécie énormément la lecture de ces articles et plus encore du petit dernier!!
    C’est pénible cette société où l’on regarde son nombril et sa virilité (même si l’on est une nana) !
    Je suis sûre que les Hommes ne sont pas faits pour être monogame ! C’est encore un écran. J’aimerai être dans cinquante ans afin de visualiser ou non une évolution de ce côté là…. Sauf si planète explosée !! Merci pour cet article!! Bravo

    Aimé par 1 personne

  3. J’aime bien ton utilisation de dyadique comme antonyme d’intersexué•e. Ce mot me manque très souvent. Par contre je n’ai pas trouvé d’autres sources utilisant cet adjectif ainsi. L’usage est-il de toi ou l’as-tu lu ou entendu ailleurs ?

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