Autisme·Hétérosexisme·Homo/bi/pansexualité·Psychophobie

Mon rapport à mon orientation n’a rien à voir avec celui des neurotypiques

Aujourd’hui, je vous parle de la manière dont j’ai vécu, et dont je vis aujourd’hui, mon orientation sexuelle et romantique. Je sépare sexuel et romantique, parce que certaines personnes vont par exemple être sexuellement attirées par les femmes, et romantiquement par les hommes, ou l’inverse, ou d’autres cas encore. Et chez moi, c’est assez compliqué. 

Dans mon équation personnelle, il faut rajouter le fait que je suis attiré par plusieurs personnes et ne peux pas être dans une relation exclusive. Donc, anarchiste relationnel, polyamoureux, non-exclusif, non-monogame… le mot que vous préférez. 

Tout ça, j’ai constaté que je le vivais d’une manière très différente des personnes neurotypiques (et surtout NT-valides) qui sont homo, bi… 

Je vous invite aussi à aller voir le blog LGBT Handicap, qui pour le coup traite de handicaps et de maladies physiques, d’un point de vue LGBTIA. 

L’enfance et l’adolescence

Quand j’étais enfant et ado, je connaissais l’existence de l’homosexualité. J’avais vaguement entendu parler de bisexualité (de façon un peu réductrice et simpliste).

J’ignorais tout ou presque de l’autisme, des troubles alimentaires, de la dépression, du haut potentiel… et le peu que j’en « savais » c’était des clichés stigmatisants et simplistes, dans lesquels je ne me reconnaissais pas.

Pour autant, je savais parfaitement que j’étais « différent », et tout le monde autour de moi le voyait bien (même si mes parents l’ignoraient dès que ça les arrangeait). 

Primaire

A l’école primaire, il y avait des rumeurs et des soupçons que je sois « précoce » ou « surdoué » (et mes parents avaient obtenu un diagnostic mais je ne l’ai découvert que tout récemment…). Il y avait déjà de la psychophobie, de façon diffuse (moqueries, insultes, bousculades, racket…). Mais globalement, ça allait, grâce à deux amis (qui « m’intégraient » au groupe) et aux instits. 

Collège

Au collège, ne connaissant personne, je n’ai plus eu ces quelques protections, et du coup je me suis retrouvé totalement isolé. J’ai été considéré comme fou, intello, bizarre, « psycho », « triso »… par les autres, selon le moment. D’un côté, on me percevait comme inférieur pour tout ce que je ne savais ou pouvais pas faire (sport, interactions sociales…).

D’un autre côté, on me percevait comme supérieur au niveau de l’intelligence, chouchou des profs (ce qui était faux), privilégié (faux), hautain, intello (trop sophistiqué)… Du coup, les élèves les moins favorisés avaient de l’envie et de la jalousie envers moi. Et les élèves les plus favorisés se sentaient menacés par moi (parce qu’ils avaient peur que je sois plus intelligent qu’eux, ou leur vole un peu d’attention des profs). Tout en me méprisant pour mes handicaps quand même. 

Au début, les gens m’ont donc vu comme « une victime », une bonne poire, un défouloir…  Et puis, en 4ème et 3ème, je me suis mis à me défendre et à taper quand on me faisait chier. Du coup, je suis naturellement passé pour « un fou », « un psychopathe »… Puisque bizarre ET violent. Et en même temps, je passais encore pour un intello-handicapé quand même. 

De plus, je représentais une contradiction vivante à leurs yeux. En effet, je savais parfaitement parler, tenir des raisonnements compliqués, m’intéresser à des sujets intellectuels, suivre les cours, faire mes devoirs… Or, dans leur imaginaire, les « malades mentaux » c’étaient forcément des « attardés ».
Et en même temps, à côté de ça, j’étais bizarre, violent, et n’avais pas leurs capacités sociales et sportives, ce qui me mettait quand même dans « les fous » et « les handicapés ». 

Sur la fin de la 3ème, les gens ont fini par développer un certain respect pour moi, parce que je ne me laissais JAMAIS faire. Même si je me prenais des coups en retour.
Ils ne m’ont jamais considéré comme des leurs (et encore moins aimé), mais ils ont appris à me respecter. Et du coup, le harcèlement (qui avait duré quatre ans) s’est quelque peu calmé dans les derniers mois.

Et puis, j’étais ami avec une fille dyslexique (Dana), et qui était aussi « la grosse de service ». Elle aussi, d’ailleurs, ne rechignait pas à taper les gens qui venaient la faire chier (sur son poids principalement).
Et tous les deux, on passait beaucoup de temps avec la « classe des malades mentaux ». Qui regroupait des élèves non-verbaux, des élèves faisant régulièrement des crises d’angoisse, des meltdown, des shutdown, des élèves ayant des « retards » (1) dans le développement…
Et on s’était socialement intégrés à ce groupe-là, pas à notre classe. Tout le monde le savait, d’ailleurs (ce qui a évidemment renforcé notre réputation de marginaux).

A partir de la 3ème, j’ai commencé à réaliser mon attirance pour les garçons. Evidemment, j’ai tout de suite compris qu’il ne fallait pas DU TOUT que ça se sache, sinon ce serait la catastrophe.

Parce que je n’étais pas populaire, et que je n’avais aucun ami DU TOUT (sauf en 3ème, quand j’ai rencontré Dana et que la classe pour « élèves retardés » a été crée). 
Du coup, si le coming-out se passait mal, le risque était qu’il n’y ait personne pour me défendre, personne pour me soutenir, et quasiment tous les garçons et une bonne partie des filles contre moi.

Et le coming-out avait toutes les chances de mal se passer. Déjà à cause de ma situation. Et puis, parce que la plupart des garçons étaient homophobes et misogynes de manière décomplexée, que c’était une course constante à la virilité…

Quant aux filles, quelques-unes étaient homophobes de manière décomplexée aussi. D’autres l’étaient de manière plus subtile et légère. Et pour le reste des filles (celles qui restaient silencieuses sur le sujet), je ne pouvais pas savoir.

De plus, je serais devenu le pédé de service. A qui on aurait fait des blagues homophobes, posé des questions déplacées et intrusives toute la journée…

Lycée

Ensuite, je suis arrivé au lycée. Où il y a eu beaucoup moins de harcèlement moral, et où il n’y a plus eu de violence physique. L’ambiance générale était beaucoup plus calme. La psychophobie passait maintenant par l’exclusion sociale, les micro-agressions (moqueries, conseils pseudo-bienveillants, questions déplacées…). 

Cependant, les garçons avaient toujours cette tendance, ensemble, à faire des blagues misogynes et homophobes (avant de rire grassement), à se traiter de « pédé » et de « tapette » tout le temps.

De plus, une poignée d’entre eux était ouvertement homophobes, au point de ne pas vouloir étudier des auteurs homos en classe, et d’assumer cette opinion devant les profs.
Et personne ne leur disait rien. Certains (je l’ai découvert progressivement) étaient TRES homophobes, mais ne disaient rien devant les autres pour ne pas avoir l’air trop intolérants…

Quant aux filles, ça dépendait des moments. En 2nde, les filles étaient plus nombreuses dans la classe, et assez soudées entre elles. Du coup, les garçons n’osaient pas trop avoir des blagues ou propos misogynes ou homophobes devant elles, et ne le faisaient qu’entre eux. Et comme moi, j’avais été partiellement pris dans le groupe des filles, j’avais (relativement) la paix aussi.

Cette classe, ça a été un peu un havre de paix, parce que presque toutes les filles avaient accepté que je sois différent (autiste), et que je fasse partie de leur groupe, sans problèmes. Et je pense qu’elles auraient aussi presque toutes accepté que je ne sois pas hétéro sans problèmes.

Malgré tout, je n’ai pas pris le risque du coming-out, parce que j’avais encore deux ans à tirer ensuite. Et j’ai bien fait.

En 1ère et Terminale, les garçons (largement plus nombreux) se lâchaient sur le sexisme et l’homophobie ordinaire, et la course à la virilité. Et il y avait les filles (les plus extraverties) qui se comportaient comme les garçons pour faire partie de la bande, celles qui étaient vaguement suiveuses et gravitaient autour, et celles qui restaient discrètes (celles-là étaient souvent amicales avec moi).

En outre, contrairement à la Seconde (où par chance extraordinaire, il n’y avait que des filles vraiment ouvertes d’esprit), là, elles étaient assez méfiantes et distantes envers les gens bizarres et différents, comme moi.
Et certaines se révélaient homophobes. Je le voyais, par exemple, quand elles parlaient de chanteurs, de candidats de télé-réalité… homos ou suspectés de l’être avec mépris. 

Dans ce contexte, faire un coming-out, c’était beaucoup trop casse-gueule. Et puis, il y avait le traumatisme du collège, la peur panique que le harcèlement reprenne.

Pour autant, le placard n’était pas un choix facile non plus. D’abord, je devais sans arrêt mentir et biaiser lorsque des gens me posaient des questions sur l’amour, le sexe, mes attirances… Et je craignais les conversations portant sur ce sujet. C’était franchement épuisant.

Les gens, globalement, me traitaient comme une plante verte, mais pour s’intéresser à ma vie intime (qui paraissait mystérieuse), tout le monde se souvenait que j’existais… 
Il fallait aussi parfois rire aux blagues homophobes (quand j’étais obligé de leur parler) pour ne pas éveiller de soupçons.

De plus, je n’avais personne à qui parler de mes attirances (amoureuses ou sexuelles), de mon orientation sexuelle. Je me définissais comme « homo », j’avais de l’homophobie intériorisée, et je sentais que je n’étais pas juste homo, que c’était plus compliqué encore, sans avoir les mots (bisexualité, spectre asexuel/aromantique…).

Enfin, j’avais honte de moi. Honte de mon orientation. Ce qui me poussait vers la dépression.
Et puis en plus, je pensais que je n’intéresserais personne, j’avais une très mauvaise estime de moi, de mon physique, de mon intelligence… en général.

Du coup, entre mes 16 et 17 ans, j’ai été une proie facile pour une relation psychologiquement abusive, puis un abus sexuel. D’autant que, comme je disais, je n’avais presque personne à qui parler de tout ça.

Les études supérieures

Après le lycée, j’ai vécu moins de micro-agressions. Et puis, en surface, les gens ont été plus amicaux avec moi.
En surface seulement, d’ailleurs. Par exemple (contrairement à avant), beaucoup de gens me laissaient venir avec eux pour suivre les cours ou manger, les raccompagner…
Mais personne ne faisait d’effort actif pour m’inclure dans les conversations (alors que moi je me démenais pour suivre). Mes pseudo-amis parlaient devant moi de leurs autres amis avec qui ils sortaient, mais ne m’invitaient jamais. Personne ne me disait jamais spontanément « bonjour ».

Ma bizarrerie était beaucoup mieux tolérée, mais avec le recul, je me rends compte que c’est surtout parce qu’elle amusait les gens. Cependant, au-delà de ça, j’étais la plante verte de service.
Et pour quelques personnes, j’ai aussi servi de faire-valoir et de bonne poire.
Dès le début, d’ailleurs, je sentais bien que quelque chose n’allait pas, mais j’ai mis du temps à me rendre compte du problème exact.

A la fac, du coup, j’aurais pu faire mon coming-out public. Je ne l’ai pas fait. Parce que je m’assumais encore mal intérieurement, que je craignais la réaction des gens.
Ceci dit, je ne paniquais pas non plus à l’idée que des gens l’apprennent, du coup, je n’ai pas du tout nié quand deux personnes m’ont posé la question en privé. Et quand des gens me soupçonnaient et faisaient des blagues, je ne relevais pas.

Là encore, la discrétion a été plutôt un bon choix, je m’en suis rendu compte en L2. Quand le débat sur le mariage pour tous a commencé, et qu’une bonne partie de ma fac (dont des pseudo-amis) ont commencé à aller à la Manif pour Tous. 

Dans le lot des homophobes, il y avait en résumé deux groupes. Les homophobes de classe populaire, qui étaient francs du collier et montraient clairement leur dégoût, leur mépris…
Et puis les homophobes bourges, cathos, qui eux, avaient tous « des amis homos ». Qui soutenaient tous, bien sûr, la cause des homos (et les aimaient bien).
Et se justifiaient par l’intérêt général (vous savez, tout le discours sur le mariage et l’adoption pour tous qui risquaient de détruire les fondements de la société…) et l’intérêt des enfants (qui, bien sûr, auraient été plus heureux en orphelinat qu’avec des parents adoptifs homos, logique). Sans oublier la liberté d’expression, bien sûr.

Le point important, c’est que avec mes atypies, je ne pouvais socialement pas prendre le risque de faire un coming-out homo/bi, « déjà que j’étais différent ». Cela serait revenu à me rajouter un néon clignotant de plus sur le front. 

Le milieu homo et moi

J’ai découvert le milieu homo de manière purement virtuelle, via un forum, à 17 ans. Puis par des rencontres physiques (avec des membres du forum) à 19 ans.
Au début, je m’attendais à un lieu idyllique, plein de gens qui partageraient un vécu proche de mien, me comprendraient, m’accepteraient…

Et puis, je suis progressivement revenu à la réalité. Sur le forum, la communication était assez difficile. Je ne comprenais souvent pas leurs implicites, et eux ne comprenaient pas ou mal ma manière de raisonner.

Puisque c’était un forum d’entraide, je demandais souvent des conseils. Mais évidemment, la plupart des conseils tombaient à côté de la plaque, puisqu’ils les donnaient comme si j’étais neurotypique, monogame…
Je ne sais pas si les gens étaient incapables de sortir deux minutes de leur prisme (de monogames, valides, neurotypiques, souvent adultes d’âge moyen…) ou si ils ne faisaient juste aucun effort.

Mon conseil préféré, ça aura été « fais ton coming-out » au lycée. Dans la discussion qui avait suivi, une personne m’avait répondu que « quand une personne est populaire et qu’elle a de l’assurance, ça passe, les gens respectent ». Certes, sauf que moi j’étais tout sauf populaire justement (et que je l’avais pourtant dit et répété), bref.

Mon deuxième conseil préféré, ça a été « tu devrais sortir de chez toi et plus faire la fête », « fais toi des amis », ou après une rupture amicale, « fais toi D’AUTRES amis », et toutes les variations sur ce thème.
Facile à dire pour des neurotypiques-valides…

Dans les rencontres réelles, j’étais une plante verte. Et je mettais mal à l’aise au moins une partie des gens parce que j’étais poly (peur que je pique leur copain ou leur saute dessus…), autiste (ne partageant pas leur communication non-verbale, raisonnant autrement…), dépressif (ce qui se voyait), etc. 

Cela a été comme ça avec les gens du forum (sauf exception), et avec les gens de l’association homo où mon copain m’a emmené.

La différence totale de vécu

Et enfin, le dernier point. Mon vécu (du fait de ne pas être hétéro, de l’homophobie…) n’avait clairement rien à voir avec le leur.

Déjà, je suis polyA. Je suis sur le spectre de l’asexualité et de l’aromantisme, quelque part. Et mes atypies impactent mon rapport à la sexualité, aux émotions, aux relations intimes. Par exemple, l’hypersensibilité sensorielle joue par rapport aux câlins et relations sexuelles. 

Donc, dans mon monde, il y a des relations d’amitié. Qui peuvent devenir intimes. Depuis l’intimité, parfois elles peuvent mener à du sexe, mais c’est seulement dans des circonstances spécifiques et assez rare. Je peux donc rester plus de six mois (plusieurs années) sans aucune relation sexuelle, sans manque, et ce tout en voyant des amis intimes toutes les semaines.

Encore plus rare chez moi, les sentiments romantiques. Cela ne m’est arrivé que deux ou trois fois dans ma vie, assez brèves en plus. Avec des amis. Et dans des circonstances spéciales.

Dans leur monde, pour la plupart, il y a le célibat (avec éventuellement des plans cul, voire des sex-friends), et puis il y a le couple mono (sexuel ET romantique). Il y a les attirances romantiques et/ou sexuelles pour des inconnus ou des vagues connaissances. Et c’est le cas aussi dans leurs références culturelles (romans, films, séries…).

D’ailleurs, le combat pour le mariage et l’adoption pour tous ne me parlait pas personnellement, vu que je ne me suis jamais projeté dans le modèle du couple. 

Ensuite, parlons de la sociabilisation. Beaucoup des homos que j’ai connus (les neurotypiques valides) ressentaient leur homosexualité comme une différence mineure, voire pas une différence du tout. Un point de détail dont les autres font toute une montagne.

Niveau travail et études, leurs « seuls » problèmes potentiels (importants, je ne le nie pas) étaient de devoir faire leur coming-out, ou mentir. Et de gérer des collègues, camarades, ou de temps en temps des chefs homophobes. 
Et pour beaucoup, cela se passait bien (entourage professionnel suffisamment ouvert et tolérant), ou finissait par bien se passer après des accrocs au début. Ou, parfois (rarement) cela se passait mal, et ils trouvaient alors un autre emploi où ça allait. 

Alors que pour moi, les études et le travail c’est très compliqué à tous les niveaux (situation de handicap, psychophobie). Que ce soit suivre des matières à la fac / en formation, les valider, trouver un emploi (qui ne me mette pas en dépression), le garder, les relations avec les collègues, assurer les tâches demandées… Ou assurer simultanément travail et/ou études, tâches du quotidien et vie privée, en maintenant ma santé.

Niveau vie sociale, les homos que j’ai rencontrés, ils n’avaient pas trop de problèmes, à part la potentielle homophobie. Et même si ça leur causait parfois des emmerdes, ils avaient toujours l’option de changer d’amis, et le faisaient si besoin. Et souvent, ça se passait plutôt bien dans l’ensemble.

Moi, je suis mal à l’aise avec le small talk (le fait de discuter de banalités). Je partage rarement les centres d’intérêt des gens (puisque j’ai des intérêts spécifiques, souvent assez limités et « excentriques »). Du coup, je ne partage souvent pas leurs références. A l’oral, je ne formule pas mes phrases comme eux (souvent les gens me trouvent pédant d’ailleurs). J’ai une voix souvent monotone. Je ne sais pas contrôler mon expression faciale (donc tout se voit, même un dégoût, une crispation…). Je ne regarde naturellement pas les gens dans les yeux (surtout quand je les connais peu). Je suis mal à l’aise quand il y a trop de bruit, ou trop de monde. Dans un événement social, je suis mal à l’aise en cas d’imprévu ou quand il y a des personnes qui n’étaient pas prévues au départ. Je ne peux pas manger « de tout ». Et des dizaines d’autres détails encore.

Tout ça fait que je ne PEUX PAS être ami (ou même pote) avec la plupart des neurotypiques. Nous sommes incompatibles, autant de leur côté que du mien. Ce n’est pas un jugement de valeur sur eux, mais un simple fait. 

Niveau vie sentimentale et sexuelle, enfin, on n’a pas le même vécu non plus. Puisque pour la plupart, ils n’ont pas trop de difficultés à trouver quelqu’un, que ce soit pour un couple ou un plan.
Je ne dis pas que c’est super-facile, hein. Je ne pense pas que ce soit facile pour grand monde, d’ailleurs.

Moi, j’ai un fonctionnement sexuel et sentimental différent de la majorité. Il y a d’abord l’amitié, qui mène éventuellement à de l’intimité, qui mène éventuellement parfois à une attirance sexuelle, et très, très rarement à une attirance romantique.
Sachant que le romantique et le sexuel (qui sont rares chez moi) ne vont pas forcément ensemble, et que les fois où j’ai eu des sentiments romantiques je n’avais pas de désir sexuel. Et que je ne suis pas et ne peux pas être exclusif.

En plus, comme je disais au dessus, je suis incompatible avec la majorité des gens, amicalement et donc sentimentalement.

Psychologiquement, c’est différent aussi. Le stress minoritaire que peuvent vivre les personnes homo et bi (valides-NT) est démultiplié chez moi… et présent avec les hétéros comme les autres.

Face à l’homophobie ordinaire (blagues, questions et remarques déplacées…) je ne peux pas faire comme les NT. Un exemple concret : beaucoup d’homos NT ont des amis hétéros (NT) qui font des blagues sur les homos, et le vivent bien. En effet, ils ont la capacité de comprendre le second degré chez les autres NT, de partager facilement le rire (et les autres émotions), d’apprécier l’humour NT.

Moi, je suis incapable de comprendre le second degré des NT, je ne sais jamais si ils blaguent ou pas. Et surtout, même quand je sais qu’ils blaguent… eh bien leurs blagues ne me font pas rire, je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. Et le rire des NT n’est pas communicatif chez moi. Pourtant, socialement il est attendu que je rie.

Du coup, pour moi, la moindre situation d’homophobie « pas grave-pas méchante » risque de m’énerver (et j’aurais l’air crispé), me gâcher mon humeur. Et m’obliger à ronger mon frein en silence (car si je dis quelque chose ça va être trop violent). 

En bref, je ne me suis jamais senti représenté par les communautés homo, je n’y ai pas socialement ma place, et mon vécu (travail/études, famille, vie sociale, amoureuse et sexuelle, vécu psychologique) est très éloigné du leur.

——————————————————————————————————-
(1) Désolé pour l’expression « retard mental », qui est ultra-problématique, mais je ne sais pas quel autre mot employer. Et puis, c’était le mot employé par les adultes (et les autres élèves) à leur sujet.

(2) Le coming-out quand on est poly, en plus, ce n’est pas pareil.
Version mono. « Tu as une copine, du coup ? -Non, j’ai un copain. »
Version poly. « Tu as une copine. -Non, j’ai deux copains. »

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7 réflexions au sujet de « Mon rapport à mon orientation n’a rien à voir avec celui des neurotypiques »

  1. C’est dingue : hormis la dimension de mon genre qui ne m’a pas vraiment posé de problème, j’ai l’impression de lire une description de mon propre parcours social à l’école et au collège ! À ceci près que je n’ai pas pu suivre des études supérieures, étant incapable de m’adapter aux programmes scolaires dès la 6e. Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

  2. J’apprécie énormément la lecture de ces articles et plus encore du petit dernier!!
    C’est pénible cette société où l’on regarde son nombril et sa virilité (même si l’on est une nana) !
    Je suis sûre que les Hommes ne sont pas faits pour être monogame ! C’est encore un écran. J’aimerai être dans cinquante ans afin de visualiser ou non une évolution de ce côté là…. Sauf si planète explosée !! Merci pour cet article!! Bravo

    Aimé par 1 personne

  3. J’aime bien ton utilisation de dyadique comme antonyme d’intersexué•e. Ce mot me manque très souvent. Par contre je n’ai pas trouvé d’autres sources utilisant cet adjectif ainsi. L’usage est-il de toi ou l’as-tu lu ou entendu ailleurs ?

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