Autisme·Psychophobie

Ces neurotypiques qui nous diminuent

[Point vocabulaire avant de commencer. J’utilise ici neurotypique comme « personne dans la norme dominante, du point de vue de son fonctionnement mental et neurologique, et de son état mental ». Bref, la personne privilégiée sur ce sujet-là. Je ne l’utilise pas comme « contraire d’autiste », car je ne considère pas, par exemple, qu’une personne schizophrène ait le moindre privilège comparé à une personne autiste. Je sais que ce mot fait débat, et je respecte les autres opinions, mais en tout cas, ici c’est ce sens-là.]

Si il y a une chose pour laquelle j’en veux, profondément, à la majorité des neurotypiques, c’est celle-là.

Plus encore que les violences, les discriminations, les micro-agressions verbales, ou le fait que la société (codes de communication, organisation du travail et de l’espace public…) soit faite par et pour les neurotypiques…

La (grande) majorité des neurotypiques nous diminue en tant que personnes. Endommage constamment l’estime que nous avons de nous-mêmes. Nous prend notre temps, notre énergie. Nous empêche de réaliser notre potentiel. Nous isole. Nous amène à intérioriser la psychophobie, à nous mépriser nous-mêmes et à souvent à rejeter les gens comme nous.

Bref, le pire n’est même pas ce que ces neurotypiques nous font, mais ce qu’ils font de nous, en tant que personnes.

Je dis « la grande majorité » parce que, heureusement, il y en a une poignée qui est vraiment inclusive et nous traite avec respect. J’insiste : ce n’est pas la totalité.

Mais la plupart font le contraire, de manières diverses, plus ou moins insidieuses. En général, pas volontaires, ou du moins pas conscientes (même si parfois si).

Même des neurotypiques qui se voient comme des personnes « tolérantes », « ouvertes »… sont concernés par cette critique. Car oui, il ne suffit pas d’accepter, intellectuellement, qu’une personne soit différente, il faut encore accepter de faire des efforts pour tenir compte de ses besoins et problèmes spécifiques. Même si ça coûte de l’énergie, du temps, de l’argent, et des efforts mentaux.

Il ne suffit pas, par exemple, de laisser une personne différente venir à sa table en la traitant comme une plante verte, il faut encore vraiment l’inclure. Ou sinon, au moins, lui dire franchement « je n’ai pas envie d’interagir avec toi » (de manière respectueuse hein), mais ne pas la prendre pour une quiche en lui disant « je suis ton ami » tout en la traitant en plante verte.

Revenons à nos moutons. Comment la société (neurotypique) nous diminue t-elle ?

1 – En nous noyant dans les injonctions irréalisables et contradictoires

Quand on parle trop, ça ne va pas (on prend trop de place), et quand on ne parle pas assez (ou qu’on préfère le silence), ça ne va pas non plus (on est trop timide ou trop hautain).

Quand on parle trop fort, ça ne va pas, et quand on parle trop bas, ça ne va pas non plus.

Quand on est trop solitaire ça ne va pas, et dans le cas contraire on est « trop collants ».

Quand on est un intello, ça ne va pas, et quand on est un cancre, ça ne va pas non plus. J’y reviendrais plus bas.

Quand on est un « petit génie » on fait de l’ombre aux gens, et quand on est un « débile » ils nous méprisent.

Quand on remet les gens (qui nous manquent de respect) en place, qu’on s’impose, qu’on défend ses droits et ses besoins spécifiques… ils nous voient comme hautains et arrogants.

Et quand on se laisse faire, qu’on est « trop » gentil, qu’on pardonne et rend des services facilement, ils nous voient comme des bonnes poires et des victimes faciles. Ou nous disent « d’apprendre à nous défendre » (sous-entendu que si les gens abusent c’est de notre faute à nous).

C’est notamment le cas pour les autistes et les HP, qu’on soit un bon ou un mauvais autiste (ou HP) ça ne va jamais en fait.

Un exemple perso (assez risible quand j’y pense). Ma mère m’a souvent fait comprendre à demi-mot qu’elle s’inquiétait que je fasse aussi peu de « conneries de jeunesse ». Et au fond d’elle-même, ça l’aurait clairement rassuré que je sèche des cours, fume des pétards, me bourre la gueule, elle aurait eu l’impression d’avoir un enfant normal. Ceci dit, dès qu’elle a eu l’impression (fausse) que je me mettais à faire ça, elle a pété des câbles pour pas que je me mette effectivement à boire et fumer. Autrement dit, quoi que je fasse j’étais perdant…

En outre, elle m’a souvent répété l’injonction de m’intégrer. Sauf que pour m’intégrer, à cette époque, il aurait fallu (entre autres) que je fasse ces fameuses « conneries de jeunesse », je ne pouvais pas avoir l’un sans l’autre. (Quoi que, même en imitant les autres sur ce plan, ça n’aurait probablement pas suffi, bref).

Et puis elle m’a souvent répété qu’il fallait que je sorte et me trouve des amis. Sauf que évidemment, quand j’ai commencé à me faire des amis… atypiques (par exemple autistes), et/ou plus âgés que moi, ça ne lui a pas plu non plus. Puisque en réalité elle voulait que je me fasse des amis normaux de mon âge, pour faire des « trucs de jeune » avec.

Un dernier exemple d’injonction contradictoire. Les injonctions à se soigner, et à ne pas se soigner, et sur comment se soigner (psychanalyse, médicaments, thérapies alternatives…).

Et bien sûr, il y a toutes les injonctions plus ou moins irréalisables, ou difficiles à réaliser, qu’on se prend.

L’injonction à avoir des amis neurotypiques, à sortir avec des neurotypiques, éventuellement se marier et faire des enfants avec… Plutôt que de rester seul, ou avec des « fous » ou « entre soi ».

Quand on est enfants, l’injonction à « aller jouer avec les autres enfants », au lieu de déranger les adultes.

Ces injonctions (outre le fait qu’elles soient absurdes) sont souvent irréalisables, puisque souvent, ce sont les neurotypiques qui ne veulent pas de nous. Ou alors, au prix de faire semblant d’être comme eux. Merci quoi.

Les personnes anorexiques à qui on dit de « manger un peu », de « grossir un peu ». Et les personnes boulimiques à qui on dit de « faire un régime » et « d’arrêter de manger ». Là-dedans, il y a souvent pas mal de sexisme et de grossophobie d’ailleurs. Je précise : je sais bien que ces réflexions n’ont rien à voir avec la réalité des troubles du comportement alimentaire. Je parle des clichés (et des injonctions absurdes) que véhiculent les personnes non-concernées.

Les personnes dépressives à qui on dit de « se bouger », de « sourire », de « faire comme si tout allait bien et tu verras ça ira », de faire du sport, de voyager (ce qui est drôle quand elles n’ont pas d’argent d’ailleurs…), de baiser un coup « et ça ira mieux », ou de se soigner avec de la camomille / du gingembre / autre remède.

Les personnes qui ont une phobie scolaire et à qui on dit de « se forcer un peu ». Pareil pour la phobie sociale et l’agoraphobie.

Les personnes qui ont un stress post-traumatique et à qui on dit de « se calmer » ou de « faire un effort ».

Sachant que, pas toujours mais souvent, ce sont des personnes déjà neuroatypiques par ailleurs (autistes, HP, schizophrènes…) qui vont développer tout ça (dépression, phobie scolaire, PTSD, anxiété, troubles du comportement alimentaire…), à cause de toute la psychophobie qu’elles subissent.

Et d’autres exemples.

Bref, on est pris dans une foule d’injonctions psychophobes, souvent irréalisables ou lourdes, et souvent contradictoires, et souvent difficiles à comprendre (puisque remplies d’implicite), et souvent, on finit par ne plus savoir où donner de la tête avec tout ça.

2 – En nous inculquant leur manière de voir le monde

Imiter leur fonctionnement social

La plupart des « thérapies contre l’autisme » (sic) sont basées sur l’idée qu’il faut imiter les neurotypiques, apprendre à leur ressembler le plus possible (au fond de nous) ou à défaut à faire semblant.

Beaucoup de personnes autistes (qui parfois ignorent le mot mais voient bien leur différence), en outre, finissent par tenter de faire une « auto-thérapie » pour ne plus être exclues. En analysant en détail le fonctionnement des neurotypiques pour l’imiter.

Je sais que les autres neuroatypiques sont également fortement incités (voire forcés) à imiter les neurotypiques, mais je ne me concentrerais que sur l’autisme ici, car je ne connais pas assez le reste pour en parler. Autant laisser parler des personnes plus directement concernées et renseignées.

C’est une idée de merde (de nous forcer à les imiter). Pourquoi ? Déjà, parce que ça implique de ne plus être nous-mêmes. Mais aussi parce que l’immense majorité des neurotypiques ne méritent pas qu’on leur ressemble. Et que vouloir les imiter, c’est déjà se diminuer.

C’est accepter de fonctionner selon l’esprit de groupe et d’exclusion, la compétition, la hiérarchie.

Souvent, s’intégrer au groupe dominant, ça implique de se compromettre sur ses convictions ou de les abandonner. Cela implique en général de rester silencieux pendant que des personnes subissent de l’exclusion, de la violence, des comportements abusifs… De les cautionner. Et parfois d’y participer.

Par exemple, pendant ma scolarité et pendant mon premier travail, j’aurais probablement pu faire l’effort d’avoir l’air le plus normal possible et de m’intégrer. Cela aurait été un effort lourd et constant, mais faisable.

Mais ça aurait impliqué que je ne devienne pas ami avec les autres personnes exclues, que je leur adresse à peine la parole, que je me force à rire avec les autres quand on leur faisait des « blagues » humiliantes, voire que je participe à ces blagues humiliantes, que je reste silencieux quand on s’en prenait à elles…

Par exemple, au collège, je n’aurais pas pu être ami avec les gens normaux ET avec les « malades mentaux », j’aurais dû choisir. D’ailleurs c’est un thème récurrent dans les séries américaines centrées sur des ados. Il y a un personnage atypique qui en général n’a qu’UN ami. Et un jour, cet ami vient lui dire « désolé, je t’aime bien, mais je peux pas rester pote avec toi parce que les autres… tu comprends… « .

Et si j’avais choisi le groupe des gens normaux, j’aurais dû à la fois me comporter comme une carpette (pour montrer mon allégeance) et participer à l’exclusion du second groupe. Abandonner toute empathie et tout sens de la justice. Et ne pas respecter ni les autres, ni moi-même.

Et puis étant assigné garçon, il aurait évidemment fallu que je sois au moins aussi misogyne, homophobe et transphobe que n’importe quel mec cis lambda du groupe. Et que je fasse activement semblant d’être un mec cis hétéro.

Tout ça pour dire que : s’intégrer et s’adapter aux neurotypiques, c’est souvent synonyme d’être des ordures (comme eux). Soit activement, soit en suivant passivement.

Il y a des neurotypiques qui ne sont pas comme ça. Mais comme par hasard, avec ceux-là, on peut être soi-même sans avoir besoin de « s’adapter ». Et c’est plutôt eux qui essayent de ne pas être psychophobes (ni sexistes, homophobes, racistes, etc).

Les codes du genre

En outre, en général, nous héritons de la vision du monde des neurotypiques qui nous entourent, en particulier celle de nos parents, de notre famille… Et à moins que ce soit des personnes particulièrement inclusives et déconstruites, on ne va pas se mentir, c’est souvent la cata.

Déjà, ils veulent toujours nous éduquer et nous socialiser de manière genrée. Des fois ça ne marche pas, on devient trans, c’est ballot.

Des fois, ça marche. Et là, ça donne des autistes cis. Qui sont donc des filles ou des garçons (cis), comme on les a assignés à la naissance. Donc tout va bien. Ou pas.

Parce que, par exemple, il ne suffit pas d’avoir bien intégré l’idée « je suis un garçon », il faut encore arriver à comprendre et à appliquer correctement tous les codes de la masculinité. Et pareil pour la féminité.

Le souci, c’est que les codes de la féminité et de la masculinité, ce sont des codes faits pour des personnes neurotypiques. C’est un peu le même problème que quand on essaye d’ouvrir un logiciel Windows sur un Mac…

Par exemple, un mec cis autiste, il va vite se rendre compte que les mecs cis sont censés être bons en sport, parler aisément en public, avoir de l’aisance sociale, séduire facilement (des filles hein, faudrait pas être pédé en plus), ne pas trop montrer ses émotions… Sachant que toutes ces choses (ou au moins certaines) sont plus difficiles quand on est autiste. C’est ballot (bis).

Et puis, pour la féminité comme la masculinité, il y a des dizaines de codes. Là, j’ai parlé des choses les plus grossières et évidentes, mais il y a des codes subtils, aussi. Par exemple, certains mecs cis n’aiment pas faire la bise car « ça fait pédé ».

Pour ne rien arranger, ces codes ne sont pas exactement les mêmes selon la personne qu’on a en face (on n’exprime pas sa féminité ou sa virilité pareil dans le milieu du théâtre, que dans le milieu des arts martiaux, qu’en fac de droit, etc).

Tous ces codes utilisent l’implicite (c’est à dire LE truc avec lequel les neurotypiques sont plus à l’aise que nous).

Et puis il n’y a pas que les codes du genre, bien sûr.

Les oppressions

Souvent, notre entourage, par l’éducation, arrive à nous faire intégrer des tas d’idées subtilement oppressives (sexisme, homophobie…).

Souvent, des enfants autistes, quand on leur présente ces idées-là, les remettent en cause spontanément, par sens de la justice et de la vérité, et/ou par empathie (plus importante).

En outre, souvent les enfants autistes ne comprennent pas du tout les codes sociaux et implicites. Et beaucoup d’attitudes oppressives passent par l’implicite.

Du coup, les enfants autistes peuvent avoir beaucoup de mal à comprendre pourquoi traiter moins bien des gens selon leur genre, couleur de peau, pourquoi laisser des gens mourir de faim… Et à l’accepter.

En outre, si par exemple il y a un code implicite excluant un enfant pour une différence (poids, handicap…), l’enfant autiste risque de ne pas se rendre compte de cet implicite et de se comporter normalement avec l’enfant exclu.

Tout ça peut aussi concerner des enfants HP (qui ne peuvent s’empêcher de réfléchir et donc ne se contentent souvent pas d’évidences, et ont souvent plus d’empathie et de sens de la justice), ou des enfants hypersensibles (empathie).

Alors que 99% des neurotypiques intègrent et acceptent facilement les oppressions, telles qu’on leur inculque.

Partant de là, on pourrait penser que des enfants autistes, HP, hypersensibles ne devraient jamais intégrer de la haine, de la peur, du mépris ou des clichés négatifs sexistes, racistes, etc. Ni s’habituer à traiter moins bien les personnes minoritaires. Ni accepter et ignorer les souffrances de ces personnes, s’y rendre indifférents.

Pourtant ce n’est pas ce qui se passe. Les personnes autistes et HP intègrent les mécanismes oppressifs autant que les autres. Même si souvent ces enfants mettent plus de temps à l’accepter et y opposent plus de résistance, ils le font.

Pourquoi ?

Les adultes (neurotypiques) s’arrangent en général pour ne nous exposer qu’à des sources allant suffisamment dans leur sens (télé, journaux, radio, livres pour enfants…). Plus tous les propos et gestes des adultes eux-mêmes au quotidien. Forcément en n’ayant que cette pensée servie tous les jours, matin, midi et soir, ça finit par rentrer d’une façon ou d’une autre.

En cas de doute, les parents utiliseront leur autorité naturelle d’Adulte qui détient la Vérité pour bien faire rentrer leur vision sexiste ou raciste ou autre truc en -iste, dans la tête de l’enfant.

Certains adultes traumatiseront même leur enfant en lui hurlant dessus, en l’humiliant, ou par une claque (bref, la violence éducative ordinaire, VEO), pour que l’enfant arrête de poser des questions gênantes.

Et puis, les adultes (neurotypiques) nous obligent à imiter les autres. Les autres, qui sont oppressifs. Par exemple, un mec cis autiste, si il imite les autres (les autres mecs cis, donc) pour s’intégrer, il devra souvent imiter leur misogynie aussi. Pas forcément devenir un horrible macho, mais au moins la misogynie ordinaire.

Et une fois adulte, l’injonction à imiter les dominants continue.

Le résultat, c’est qu’on finit par devenir aussi racistes, âgistes, validistes, classistes, homophobes, transphobes, misogynes… qu’eux. Et même, aussi psychophobes qu’eux (alors qu’on subit nous-mêmes la psychophobie, c’est un peu le comble).

Je ne dis pas ça pour excuser les comportements problématiques venant de personnes autistes, hein. Elles en restent pleinement responsables.

Mais je pense, tout de même, que 99% du temps, on ne deviendrait pas comme ça sans l’influence toxique de nos entourages neurotypiques. Et qu’on apprendrait à construire notre propre opinion sur ces sujets-là, qui serait sans doute imparfaite, mais qui pourrait difficilement être pire que la merde qu’on nous inculque quotidiennement…

Dans ce domaine il y a une lueur d’espoir importante.

On trouve un nombre disproportionné de neuroatypiques (et notamment beaucoup, beaucoup de HP, hypersensibles et autistes) dans les mouvements anti-oppression (contre les racismes, la violence de classe, la transphobie, la misogynie, l’âgisme…). Aussi bien comme personnes concernées que alliées.

Souvent ces personnes ont recommencé, une fois adultes, à remettre en cause ce qu’on leur avait toujours dit, à faire leur propre recherche et réflexion, se sont reconnectées à leur empathie et sens de la justice (que leur entourage avait réussi à inhiber).

Comme quoi, nous sommes capables d’enlever la merde qu’on nous met sur les yeux.

La psychophobie

Là pour le coup, je ne parle pas seulement des autistes, mais de tous les neuroatypiques (car je l’ai vu partout, et dans tous les cercles).

Nos entourages neurotypiques nous inculquent en général très bien la psychophobie. En particulier, le fait de nous classer sur des échelles de valeur (arbitraires), échelles qui vont du plus « normal » au plus « anormal ».

Souvent, on méprise les gens « en dessous » de nous sur cette échelle, et on est très fiers d’arriver à être plus « normaux ». Et puis, de l’autre côté, on jalouse et on envie les personnes « au dessus » de nous, en s’imaginant que pour elles c’est le Club Med.

a ) Il y a des personnes dépressives qui parviennent à travailler, et méprisent celles qui n’y arrivent pas.

Et puis inversement, des personnes dépressives qui n’arrivent pas à travailler, et pensent que celles qui y arrivent ne sont pas « vraiment » dépressives et disent juste ça pour attirer l’attention.

b ) Il y a des personnes HP qui, pour arriver à rattraper leur estime d’elles-mêmes, prennent fierté dans le fait d’être « surdouées », et insistent lourdement sur le fait qu’elles sont « normales ».

Et ne veulent surtout pas être associées aux autistes, et encore moins aux autres neuroatypiques (sur qui elles crachent), de près ou de loin.

En sens inverse, il y a des personnes neuroatypiques et non-HP, qui s’imaginent que pour les HP, tout est facile (le travail, la vie sociale, amoureuse…). Que les HP ne vivent pas d’exclusion, de stigmatisation, ou de psychophobie en général. Et qui les jalousent.

c ) Il y a des personnes autistes qui ne veulent pas être associées aux autres neuroatypiques (bipolaires, schizophrènes, etc) pour des raisons similaires.

d ) Il y a des autistes dits « Asperger » qui se considèrent comme « normales » ou « juste un peu autistes » et qui veulent se distancier des « autres » autistes, des autistes dits « lourds »… 

Et en face, d’autres qui pensent que les autistes dits « Asperger » sont de faux autistes, qui s’incrustent et s’inventent une étiquette. 

f ) Comme le montre cet article, il peut y avoir des hiérarchies qui se créent localement. Ici entre les personnes dépressives, anorexiques, bipolaires et schizophrènes. Et entre les « bons » et les « mauvais » schizophrènes.

Bref. Nos entourages neurotypiques nous inculquent leurs clichés sur les « fous », les « bizarres », les « marginaux », « les petits génies », les « débiles »… depuis le berceau. Ils nous inculquent leur envie pour les petits génies, et surtout, l’idée qu’il n’y a rien de pire que de faire partie des « fous ».

Le résultat, c’est ça. Qu’on se tire dans les pattes, qu’on ne veut surtout pas être mis dans le même sac que « les autres-là », et qu’on reproduit la psychophobie à notre échelle.

L’autre aspect de ça, c’est que souvent, on intériorise la psychophobie contre soi-même, aussi. Haine de soi, honte de ce qu’on est, complexes, déni, intériorisation des clichés, et recherche de la validation des neurotypiques.

Bref.

Le monde neurotypique nous pollue la tête du berceau jusqu’à la tombe. Et fait tout pour nous rendre aussi médiocres que lui.

3 – En nous isolant les uns des autres

Par la psychophobie qu’on finit par intérioriser.

Par les autres oppressions (racisme, LGBT-phobies…) qu’ils apprennent à reproduire aussi. Et qui pourrissent inévitablement les relations jusque dans nos communautés.

Par le fait de toujours nous pousser à fréquenter des « gens normaux » et à « s’y intégrer ». Y compris dans notre vie amoureuse.

Par le fait de nous obliger à nous faire passer pour des neurotypiques au quotidien, ce qui parfois nous empêche de nous reconnaître entre nous.

Un cas particulièrement éclatant, c’est quand nous organisons des réunions non-mixtes (entre autistes, entre schizophrènes, entre neuroatypiques en général…). Il y a toujours des glandus pour faire leur petit caprice à la porte.

« Et pourquoi nous les neurotypiques, on n’a pas le droit de rentrer ? C’est de la NT-phobie. C’est vraiment méchant et injuste et excluant. Ouin ouin ouin. »

Soit dit en passant, les personnes neurotypiques qui sont réellement bienveillantes (il y en a) n’ont pas de problème à accepter l’existence d’espaces communautaires, ou d’espaces non-mixtes. Elles ne voient pas ça comme une « insulte contre les neurotypiques » (ou contre elles en particulier), mais comme un outil pour nous aider nous-mêmes.

4 – En nous empêchant de réaliser notre potentiel

Décourager nos intérêts spécifiques

Là, je vais parler de quelque chose qui concerne particulièrement les autistes et les HP (ou du moins une grande partie).

Je veux parler de ces gens qui trouvent qu’on parle trop de nos intérêts spécifiques. Cela arrive à des enfants comme à des adultes.

« Parle de choses normales. » « Arrête avec tes obsessions ». Et spécial enfants. « Tu devrais t’intéresser à des choses de ton âge ». « Pas étonnant que personne ne veuille jouer avec toi. »

Si ce sont des intérêts connotés ainsi (sciences, histoire, art…), « intello ». Et toutes ses variantes (« arrête de te la péter et d’étaler ta culture »…).

Le résultat c’est que des fois, des personnes à qui on dit ça trop souvent n’osent plus du tout parler de leurs centres d’intérêt, et n’osent plus parler de rien. Et là, on leur dit (ou on leur fait comprendre) qu’elles sont inintéressantes. Et puis elles ont l’impression de n’avoir aucun talent.

D’autres fois, les personnes concernées vont abandonner leur intérêt spécifique, qui pourtant les rendait heureuses et où elles auraient pu s’accomplir personnellement, et parfois dans leurs études ou leur carrière (pas toujours, mais parfois).

D’autant qu’on en revient au même point que tout à l’heure. Lorsqu’on a un intérêt spécifique, souvent, on finit par le maîtriser largement, voire par devenir expert. Et ça fait de l’ombre aux autres…

Ne sois pas trop un intello

Dans la même veine, beaucoup d’enfants se prennent des humiliations, des coups, des insultes, sont ostracisés, pris pour des bonnes poires… parce qu’ils participent beaucoup aux cours, ont de bonnes notes, posent des questions et s’intéressent…

Parfois, ces enfants entrent en dépression, ou développent une phobie scolaire. Ou finissent par saboter leur propre niveau scolaire dans l’espoir qu’on leur foute la paix.

Beaucoup d’enfants (et adultes) neurotypiques supportent mal qu’une personne qui n’est PAS des leurs, PAS comme eux réussisse aussi bien ou mieux.

Et du coup, ils passent dans la catégorie « cancres ». Qui est toute aussi méprisée, mais d’une autre façon.

Du potentiel foutu en l’air par la jalousie et la bêtise des autres.

Réussis, mais de manière académique

On a vu au dessus que ceux qui réussissent bien dans la voie scolaire, académique, des fois, leur potentiel est gâché par les autres.

Mais c’est aussi le cas des personnes neuroatypiques qui n’arrivent pas à s’adapter au système scolaire, mais pourraient briller ailleurs, et à qui l’entourage (parents et profs en tête) met des bâtons dans les roues. Et considère comme des « cancres » ou des « nuls ».

Je connais, par exemple, une petite fille à haut potentiel et hypersensible, dont la mère veut absolument qu’elle fasse de hautes études, comme son frère (à qui elle la compare sans cesse en plus…). Alors qu’elle est clairement attirée par le métier d’actrice et pas faite pour l’école du tout.

En soi, ce genre de choses arrive aussi à des neurotypiques, mais là, ça prend des proportions encore bien pires, puisqu’elle est hypersensible (justement) et qu’elle n’arrive vraiment pas à s’adapter au système scolaire (alors qu’une personne neurotypique y arriverait plus ou moins à sa place, même si c’était désagréable).

Tous ces trucs qu’on a du mal à faire

Prenons Anna. Anna est peut-être autiste. Ou peut-être juste dyspraxique. On n’est pas certains, les médecins ne sont pas d’accord sur le sujet.

En tout cas, Anna est clairement atypique. Et, ce qui nous intéresse ici, elle a d’importantes difficultés de coordination motrice.

Anna veut faire du handball.

Alors, déjà, il vaudrait mieux qu’Anna trouve un cours de handball adapté. Qu’il y ait encore de la place (peu d’offre et beaucoup de demande). Qu’il soit gratuit ou pas trop cher. Pas trop loin de chez elle (il n’y en a pas beaucoup en France, et seulement dans les grands centres, et pas pour tous les sports).

Si ce n’est pas le cas, Anna devra aller à un cours classique, au risque d’être le souffre-douleur de l’équipe et/ou des profs.

De plus, son entourage risque de la décourager. « Non mais tu es nulle en sport, laisse tomber ». « Fais plutôt un truc pour lequel tu es douée ».

Du coup, Anna n’essayera pas. Ou elle essayera, sera dégoûtée par les autres (qui l’auront traitée comme « le boulet de l’équipe »), n’aura pas réussi à progresser (normal), et laissera tomber. Et plus tard, elle aura des regrets.

Dans le cas idéal, pourtant, Anna aurait joué au handball. Peut-être aurait-elle fini par devenir vraiment douée (en mettant plus de temps que les autres). Ou peut-être pas, mais elle se serait amusée et aurait rencontré des nouvelles personnes.

Passons maintenant à Paul. Paul, lui aussi, a un problème de coordination (le même qu’Anna). Et son truc, c’est de composer de la musique sur ordinateur et d’écrire des nouvelles. A force de s’améliorer, il commence à devenir doué, et il est motivé.

Ses parents, « pour son bien », décident de lui imposer de faire du handball, alors qu’il n’en a pas envie, qu’il a des difficultés motrices et sociales. Cela se passe mal (surprise !). Et en plus, cela lui aura tellement bouffé son énergie (en plus du quotidien) qu’il n’aura pas réussi à continuer à développer ses vraies passions…

Nos entourages (par le découragement et le non-soutien), ainsi que la société (par le manque d’enseignement adapté, par les comportements d’exclusion et d’humiliation…) sont souvent doués pour nous couper les ailes. Quel que soit le domaine (sport, cuisine, peinture, musique, écriture…).

Encore une fois, les personnes neurotypiques réellement bienveillantes sont beaucoup moins susceptibles de faire ça. Puisque, étant bienveillantes, elles veulent aider les autres à réaliser leur potentiel, et non le saboter.

Et si elles le font (par maladresse), elles seront capables de se remettre en question sans ramener la discussion sur leur égo.

5 – En sapant notre estime de nous-mêmes

Alors, ici, il y a de multiples moyens.

Nous couper les ailes (voir le paragraphe n°3, juste au dessus).

Les clichés ouvertement stigmatisants. Par exemple, le cliché de l’égoïsme se conjugue à toutes les sauces.

Les autistes sont égoïstes et trop auto-centrés (vous saviez que le mot même « autisme » est construit sur cette idée, à partir de « auto » ? ). Les dépressifs passent leur temps à se plaindre et se regarder le nombril. Les anorexiques passent leur temps à regarder leur poids sur la balance au lieu de s’intéresser aux autres. Les surdoués passent leur temps à se regarder le nombril en se vantant de leur intelligence supérieure. Les personnes qui se suicident ou tentent de le faire ne pensent pas aux autres.

Certaines personnes entendent tellement ce message (« tu es égoïste ») qu’elles pensent être des mauvaises personnes, s’épuisent à satisfaire tout le monde (sauf elles-mêmes) tout le temps, et deviennent des bonnes poires.

Un autre cliché qui se congugue à toutes les sauces, c’est celui qui que « les fous » sont instables, imprévisibles, dangereux, et irresponsables. Que ce soit les bipolaires, les schizophrènes, les autistes, les dépressifs…

D’ailleurs, dans l’imaginaire, il n’y a que des « fous », des « pervers » (ce qui est presque la même chose pour la majorité des gens), des « handicapés sociaux »… qui peuvent commettre des viols, du harcèlement sexuel, du harcèlement moral, des attentats et meurtres de masse. Plus de détails ici.

On notera que ce cliché innocente totalement les personnes « normales » de leur participation à ce type d’actes, ou de leurs responsabilités indirectes. C’est pratique hein.

Tous ces clichés (égoïste, dangereux, instable, imprévisible, trop froid, trop émotif, débile…), forcément, ça mine l’estime de soi, quand on fait partie des personnes visées (et qu’on y croit).

Enfin, il y a les clichés faussement positifs.

Les schizophrènes qui sont « des artistes », qui ont « de l’imagination », qui sont « marrants ». Les autistes qui sont « des génies » dans un ou deux domaines. Et les HP qui sont « des génies », et qui « ont des facilités pour tout », n’ont pas besoin de faire des efforts, ni besoin d’aide.

Ces clichés-là aussi minent l’estime de soi des personnes concernées, en particulier quand elles n’arrivent pas à y correspondre (ce qui est en général le cas). Et qu’elles se sentent encore plus mal, du coup.

Une fois de plus, la différence entre les personnes neurotypiques réellement bienveillantes, et les autres, se situe ici. Les premières feront ce qu’elles peuvent pour booster notre estime de nous-mêmes. Les secondes la piétineront sans y faire attention et s’en foutront. Ou parfois, la saboteront volontairement (pour remonter leur propre égo).

6 – En nous enfumant

Ce que j’appelle « nous enfumer », c’est quand ils croire que si on n’arrive pas à trouver de travail (ou à le garder), c’est à cause de « nos handicaps » ou « notre personnalité ». Et qu’il faut donc faire plus d’efforts pour s’adapter.

Alors que c’est un problème de discrimination.

Quand ils nous font croire que le harcèlement moral, les agressions verbales et physiques (petites ou grandes), c’est juste de l’humour. Ou que c’est « normal, ce sont des enfants ». Ou que c’est à cause de « notre personnalité » et que c’est à nous de faire des efforts (bis).

Quand ils se disent « ouverts » et « tolérants », disent « je suis ton ami », mais nous traitent comme des bonnes poires, des plantes vertes, des singes savants, des défouloirs, des faire-valoir…

Dans ces cas-là, en général, ils nous donnent toujours une carotte de temps en temps, histoire qu’on ne finisse pas par se rebeller. Parce qu’ils ont besoin, d’avoir des faire-valoir, des défouloirs et des bonnes poires à leur service.

Et en même temps ils nous font croire que leur dire NON, ce serait être égoïste, hautain, arrogant.

Quand ils se servent de nous comme d’une caution, pour montrer aux autres à quel point ils sont ouverts et tolérants d’avoir des « amis comme nous ».

Quand ils exploitent notre gentillesse et notre générosité pour nous faire faire leur travail (sans contrepartie). Ou pour nous faire faire leur travail émotionnel. Par exemple en écoutant leurs problèmes, en les conseillant, en réglant leurs conflits à leur place… tout ça sans contrepartie.

Quand ils font semblant de défendre notre cause, tout en parlant à notre place. Voire s’en servent pour gagner de la popularité dans certains milieux.

Quand ils arrivent à nous faire croire qu’on est « paranos » et qu’on « voit le mal partout », qu’on se trompe, et que non non non, il n’y a pas de psychophobie autour de nous.

Quand ils nous font croire qu’on est « susceptibles », « trop sensibles », qu’on n’a « pas d’humour », parce qu’on n’apprécie pas leur humour de dominants.

D’ailleurs, la grande majorité des personnes neuroatypiques est tellement enfumée qu’elle ne se rend pas compte DU TOUT qu’elle subit une situation injuste, irrespectueuse, et inégalitaire.

En général, on a l’impression que c’est normal, puisque ça a toujours été comme ça et que personne ne l’a jamais remis en cause.

C’est difficile, de se rendre compte à quel point le monde entier se fout de notre gueule depuis des années (voire depuis notre naissance).

Les personnes neurotypiques bienveillantes ne cherchent pas à nous enfumer. Si elles (ou d’autres gens) font de la merde, elles l’assumeront. Elles ne chercheront pas à nous faire douter de nous-mêmes. Au contraire, elles nous aideront parfois à réaliser que ce qui se passe n’est pas admissible.

7 – En prenant notre énergie et notre temps

Un dernier moyen de nous diminuer.

Cela passe par le harcèlement moral, les insultes et menaces, les agressions physiques, les difficultés professionnelles, scolaires… bien sûr. Tout ça étant littéralement épuisant.

Mais pas que.

Cela passe aussi par le fait de nous enfumer. Parce que du coup, on ne sait jamais si les gens sont en train de se moquer de nous ou pas. De nous insulter ou pas. Parfois, de parler dans notre dos (notamment au patron pour nous faire virer…) ou pas. On ne sait jamais quand le couperet va tomber.

On finit par être sur le qui-vive tout le temps.

Et puis, lorsqu’on essaye de s’intégrer, de répondre aux injonctions contradictoires, il faut faire attention à tous les détails. A sourire au bon moment, à la bonne personne et de la bonne façon. A ne pas parler trop ni trop peu, trop fort ni trop bas. A paraître intéressant sans saouler les gens. Et à suivre tous les codes.

Tout ça, sans parler (comme je disais au dessus) des gens qui nous font faire leur travail émotionnel, ou leur travail tout court. Ou qui nous donnent plus de travail qu’aux autres.

Le résultat, c’est la double journée. A savoir : déployer deux fois plus d’efforts que les autres pour gérer une journée normale (de travail, d’études…).

L’énergie et le temps gâchés là-dedans, c’est de l’énergie qu’on ne peut pas mettre dans des choses plus productives. Et là, on en revient au point n°4 (nous empêcher de réaliser notre potentiel).

Les personnes neurotypiques bienveillantes, puisqu’elles se soucient sincèrement de notre bien-être, accepteront qu’on ait besoin de conserver notre temps et notre énergie pour nous reposer et pour nous accomplir, lorsque c’est le cas. Les autres nous siphonneront.

Conclusion

Nous sommes diminués.

Nous le sommes quand nous passons à côté d’amis parce que nous ne voulons pas être avec « les fous » ou « les marginaux ». Nous le sommes quand nous n’arrivons pas à nous unir sans nous tirer dans les pattes, à cause de la psychophobie entre nous. Nous le sommes quand nos potentiels, qu’ils soient académiques et scolaires, ou autres, sont gâchés par notre entourage. Nous le sommes quand nous n’osons pas ou ne pouvons pas apprendre de nouvelles choses. Nous le sommes quand nous devenons aussi racistes, sexistes, homophobes… que nos entourages neurotypiques (notamment pour les imiter). Nous le sommes quand nous participons à des jeux sociaux basés sur l’exclusion et l’humiliation afin d’être du bon côté. Nous le sommes quand nous nous détestons nous-mêmes. Nous le sommes quand les autres nous prennent notre temps et notre énergie à leur profit.

Je n’en ai pas énormément parlé, mais dans le cas des enfants et ados neuroatypiques, il y a l’âgisme qui se rajoute par dessus. Les enfants neuroatypiques doivent faire face à ce problème de la part des autres enfants (neurotypiques), mais aussi de la part des parents, profs et autres adultes présents dans leur vie, qui utilisent souvent toute leur autorité d’adulte pour leur briser (encore plus) les ailes.

Et je ne parle même pas des personnes qui subissent le racisme, la misogynie, etc, encore en plus.

Il y a une minorité de neurotypiques qui se soucie, sincèrement de ne pas reproduire les oppressions et de les réduire. Qui se soucie de notre bien-être, de nous permettre de réaliser nos potentiels.

Cependant, la majorité d’entre eux nous diminue.

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23 réflexions au sujet de « Ces neurotypiques qui nous diminuent »

  1. Merci pour cet article, et pour cette phrase :
    « Le résultat, c’est la double journée. A savoir : déployer deux fois plus d’efforts que les autres pour gérer une journée normale (de travail, d’études…). »
    C’est ce sur quoi je cherche à mettre le doigt depuis tellement longtemps… ce qui fait qu’une journée impliquant des stimulations sociales + une autre activité ne peut pas contenir aussi une autre activité supplémentaire, que ce soit des tâches ménagères, un travail salarié, une sortie, une démarche administrative… et que si j’y suis obligée, c’est en en payant le prix fort en terme de récupération obligatoire. En fait une journée impliquant des interactions sociales est déjà une journée de travail en elle-même.
    Merci, je pourrai maintenant utiliser cette formulation pour expliquer aux personne susceptibles de l’écouter, la manière dont je vis ma gestion de l’énergie et de mes activités. C’est vraiment important pour moi.

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  2. Comme TSA et comme « zèbre », j’avoue être atterré par la véhémence de vos propos. Il serait bien de vérifier vos source; boulimique n’a rien a voir avec une personne en surpoids obsédé par la nourriture mais un trouble proche de l’anorexie caractérisé par l’obsession de manger suivi d’une régurgitation systématique. Préparons-nous une guerre contre le neurotypiques? B. Champagne

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    1. Je crois qu’on a utilement atteint le point #NotAllNT, similaire au #NotAllMen en féminisme. Tous les NT sont oppressifs à différents degrés jusqu’à en prendre conscience, et de toutes façons 100% des NA subissent quotidiennement cette oppression. Ça n’a aucune pertinence de prendre leur défense dans un monde qui les défend déjà. Merci pour cet article Troll de Jardin, ça m’a fait énormément de bien. Encore des prises de conscience sur toute cette violence intégrée… merci.

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  3. Merci. Comme zebre, mon énergie au travail passe en ce moment à cacher ma vision, à me faire violence pour ne pas dire les problèmes et les solutions que je vois. Parce que je vois trop vite. C’est épuisant et démoralisant. J’en arrive parfois à la conclusion que je ne suis pas compétente. Merci pour cet article qui me rapelle que je suis peut être compétente ☺

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  4. Merci d’avoir écrit cet article !
    Je vais plus avoir grand chose de neuf à dire en parlant du syndrôme de l’imposteur, c’est juste un exemple de ce que tu décris ^^
    Je me sens tellement triste et en même temps en colère quand je vois à quel point on ruine le potentiel de la plupart des gens en les soumettant à un système tellement oppressant … Dans le fond, on y gagnerait toustes tellement si ça cessait.

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  5. Tes articles ne manquent pas de me faire pleurer à chaque fois que je les lis, tant ils sont frappant pour ne pas dire brutal de vérité. IIs m’ouvrent les yeux et bousculent littéralement mon acceptation des choses et me donne le courage de revendiquer mieux des autres et de partir sans regret à chaque fois quelqu’un, pour son propre confort, choisira d’ignorer mes besoins. Ma vie va peut être changer pour prendre un virage a 110 degré grâce à tes publications, aussi je ne te remercierai jamais assez.

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  6. Merci. Juste Merci. J’ai lu cet article trois fois, les larmes aux yeux à chaque coup. Ça me fait l’effet d’une bombe de voir toutes les choses que j’ai accepté, tous les efforts qu’on m’a contraints de faire pour me cacher. J’aimerais que tout le monde puisse lire ça…

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  7. Texte très intéressant et pas mal de choses à dire/relever ^^

    0)Pour bien commencer, dans les affirmations qui suivront, je précise que je n’ai pas la vérité absolue !

    1)Je trouve qu’il y aurait moyen de rendre le texte plus court ^^

    2)B. Champagne: L’auteur est irréprochable puisqu’il ne précise pas détenir la vérité absolue. Votre commentaire, puisqu’il envoie une image contradictoire avec l’image de l’auteur qu’il a de lui-même, a peut-être « blessé » ce dernier, ce qui expliquerait ses deux réponses sur la défensive. Incident mineur mais schématiquement très fréquent sur face par exemple (ce soir je trouve les mots c’est cool). On s’arrête sur des détails pour prêter à l’auteur des traits qu’il n’a pas

    3)Trool: Vous avez mis des mots sur pas mal de mes pensées, génial pour exprimer la problématique! Thanks

    4)Le truc que je retiendrais le plus: Ce n’est pas nous qui ne voulons pas aller vers les autres, mais les autres qui ne veulent pas aller vers nous. Bon relevé des injonctions paradoxales!

    5)Ça pourrait être bien de préciser que les personnes atypiques sont beaucoup plus souvent empathiques que les typiques, il faut avoir vécu une situation un minimum similaire. Trool, je trouve que vous vous focalisez trop sur les qq personnes typiques empathiques. Je vais bcp m’avancer en disant que si elle a de l’empathie, c’est qu’elle n’est pas si « normale » que ça.
    Du coup les choses sont plus positives que vous ne le dites: les atypiques sont meilleurs que les autres pour garder des relations sur la durée, nourrissent leur besoin de social car frustrés par leurs années de galère et donc peuvent se retrouver à l’âge adulte avec une vie sociale bcp plus développée que certains « typiques », à condition de pas s’être écroulé en chemin.

    6)Je me pose bcp de questions pour mon avenir professionnel, j’aimerais faire de la recherche après mes études mais comment faire avec un milieu pourrit de typiques? C’est chaud d’être ambitieux ^^

    7)Je connais qq dont c’est l’ex qui utilisait la norme pour la manipuler, Manipulation & Normalisation & Harcèlement passent par un même point: la destruction de l’identité de la victime.

    8)Quand on est atypique, en règle général, il vaut mieux fuir tout les groupes de rassemblement non- obligatoires du type scouts/cercles/clubs/… Y a QUE des typiques là-bas, puisque tout les atypiques ont fuit ^^.

    9)Je vais de nouveau pousser loin mais pour moi la norme, peu ou aucune personne y correspondent naturellement. La différence entre typique et atypique se situe dans la seule capacité de mimer (comme un perroquet) le comportement normal. Mimer et seulement mimer. #Supprimer les normes.
    Quelqu’un sait me dire à quoi ca sert une norme ou un préjugé au 21ième siècle?
    Quelqu’un sait à quoi servent les perroquets ?

    10)Le jeu de rôle papier est un outil formidable pour inclure des atypiques de tous bords (testé et approuvé ^^).

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  8. Merci pour cet article,
    Je vois qu’il y a déjà plusieurs personnes qui vous disent la même chose, mais merci pour cet article que j’ai fini les larmes aux yeux.
    Ça me fait tellement de bien de lire quelqu’un mettre des mots sur ce que je vis depuis toujours ou presque.

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  9. Koboldkun: mon mail => nils.vandeneede@laposte.net
    Sympa ta réponse, bel exercice!
    J’ai volontairement écrit ce texte (et en particulier ces questions) de manière provocantes.
    J’expose souvent mes idées qu’il me semble les plus radicales car avec les commentaires d’autrui (comme tu viens de le faire), ça me permet de savoir exactement en quoi ces idées sont radicales.

    J’ai eu la possibilité de posé la question de « à quoi sert la norme? » à un prof d’unif en psycho et il m’a répondu un truc auquel je ne m’attendais pas du tout:
    « La norme c’est toutes les règles de savoir-vivre qu’on ne pourrait pas imposer par la loi sans tomber dans une société trop autoritaire, car la norme serait remplacée par la loi »
    Il travaille notamment sur le harcèlement scolaire et la norme est un outil pour le surveillant pour dire « c’est pas bien d’embêter ton camarade » sur des cas que le règlement scolaire ne précise pas.

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette réponse, mais je vais pas expliciter içi ma réflexion car ça ferait trop long. (il y a toujours moyen que je l’envoie par mail ^^).

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  10. Merci,
    A 27 ans je commence enfin à m’écouter et arrêter de penser que je suis un égoïste intello. Je me reconnais tellement dans ce vécu que j’en ai les larmes aux yeux.
    Je vais essayer de me faire diagnostiquer pour enfin pouvoir dire : « oui je suis différent et il faudra faire avec. L’adaptation sera réciproque. Je ne veux plus essayer de suivre cette « thérapie de conversion ambiante » pour devenir un con arbitraire avec peu d’empathie ».
    Encore merci.

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  11. Merci pour ce texte. Je me suis reconnue à de nombreuses reprise. au secondaire: avoir dû cacher mon intérêt pour mes cours. Avoir dû adapter la stratégie d’être invisible plutôt que de vouloir m’intégrer et intérioriser leur valeurs pour être acceptée. J’ai tentée de rester fidèle à moi même, en me refermant, devenant invisible, ayant une personnalité (je savais bien) faite uniquement pour ma préservation.

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  12. Mille merci pour tous tes articles, j’ai presque eu les larmes aux yeux en te lisant. Pour ma part, je suis diagnostiquée comme précoce et (très) dyspraxique. Le pompom quoi. Et je me pose aussi quelques questions par rapport à un éventuel SA. A voir où me mèneront mes petites investigations, mais clairement pour ma part l’étiquette importe bien moins que ce sentiment persistant de différence, de décalage et de rejet. Je connais trop aussi ces formes d’exclusion « douces » et insidieuses dont tu parles si bien, et cette obligation de faire semblant d’être « normal » (en l’écrivant, on mesure vraiment l’horreur de la chose).

    Sinon, ton hypothèse selon laquelle il y aurait beaucoup de neuroatypiques dans les mouvements luttant contre les différentes formes d’oppression est vraiment très intéressante. Je connais bien certains de ces milieux, et c’est vrai que si j’ai parfois été blessée de ne pas toujours m’y sentir mieux acceptée qu’ailleurs, j’ai aussi rencontré beaucoup de gens formidables et/ou assez singuliers dans leur fonctionnement et leur manière d’être. Sûr qu’en ce domaine il faut absolument se garder de généralisations faciles et d’explications exclusivement psychologisantes, mais je trouve que ce serait tout de même très intéressant d’étudier les corrélations éventuelles entre formes de sensibilité exacerbée, NA et propensions à l’engagement contestataire. Je reste persuadée qu’ajouté à un certain type de socialisation, d’expérience, de trajectoire, ou d’apprentissages personnels (intellectuels ou autres), ça peut faire un sacré cocktail.

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  13. Merci pour cette article, même si cela ne va pas changer grand chose.

    Après tout, quoiqu’on fasse, ce sera toujours de notre faute. Je suis bipolaire, je déteste ma maladie et les autres me font comprendre que je ne devrais pas exister…
    D’autres encore, pense de toute façon que ma maladie n’existe pas. Ou alors que ce n’est qu’un simple trait de caractère et que c’est à moi de changer.

    Par la méditation, par le coaching-machin-truc-je-ne-sais-pas-trop-quoi…

    Et que si je ne vais pas mieux, ce sera uniquement de ma faute. (Heureusement, les médicaments existent….)

    L’ALD et les aide aux « handicapes » m’ont beaucoup aidé et m’aident encore à m’en sortir.
    Mais apparemment, pour certains, je ne devrais pas en avoir. Oui, c’est sûr, si ma vie est un fiasco c’est parce que je suis trop con… Merci à ces personnes psychophobes.

    (Je ne vais pas parler de neurotypique ou neuroatypique, je n’ai toujours pas compris ce que cela voulait vraiment dire, alors je préfère m’abstenir ! ^^’)

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  14. Bon article. Je réfléchis à le reblogger (il faudra que je le relise plusieurs fois).

    Je suis moi-même diagnostiquée bipolaire (c’est fou comme même en étant anonyme j’ai peur de le dire sur internet) avec potentiellement d’autres troubles associés non diagnostiqués (stress très intense, anxiété sociale, etc.). La vie n’est pas tous les jours facile, mais je suis soutenue par mon compagnon neurotypique qui est extrêmement compréhensif, qui s’adapte à moi, qui me rassure sur son amour pour moi, qui ne me fait pas culpabiliser, bref qui m’aide clairement à m’épanouir. Enfin sauf quand on se dispute et que j’en souffre pendant des jours, mais ça c’est pareil avec tout le monde (je suis hypersensible).

    Je suis intéressée par ce que vous dites au sujet du nombre de personnes neuroatypiques parmi les personnes défendant des causes (féminisme, lutte des classes, etc.). J’en avais discuté avec quelqu’un dernièrement, qui m’avait fait part de cette hypothèse, et j’admets l’avoir rejetée car la trouvant très essentialisante. De plus, je connais une personne neuroatypiques en particulier qui ne pourrait pas être plus dominante, alors même qu’elle est bipolaire et donc très susceptible d’être hypersensible.
    Toutefois, ce que vous écrivez me pose de nouveau question puisqu’il y a un certain nombre de neuroatypiques dans ma classe (Master en genre)… Avez-vous des sources sur le sujet ? Ou des sources sur le rapport entre neuroatypie et sentiment d’injustice/empathie ?

    En tout cas, j’ai d’abord mal vécu le fait que vous accusiez massivement les neurotypiques d’être des dominant.es non soucieux/ses de nous intégrer, mais je pense que vous avez raison : nous n’avons pas à culpabiliser d’être exclu.es par les autres. Ce sont bel et bien eux qui nous excluent parfois, non nous qui devrions faire des efforts pour être normaux/ales. Le fait que j’aie mal vécu ce que vous disiez dans l’article montre bien à quel point j’ai intériorisé le fait d’être le problème, et non que les autres le soient. Il faudra donc d’autant plus que je vous relise. 🙂

    Aimé par 1 personne

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