Pâquerettes

Troll de Jardin fête son premier anniversaire

Oui, cela fait déjà un an que j’ai crée ce blog (en comptant depuis la création initiale, sur Canalblog).

Au début, je l’avais crée sur un coup de tête. J’étais lassé de devoir répéter sans arrêt les mêmes choses à des personnes neurotypiques (sur la psychophobie et l’autisme), à des personnes cis (sur la non-binarité). Alors je me suis dit « je vais faire un blog et tout mettre dessus, et dès que quelqu’un me saoulera, je lui enverrais un des articles au lieu de me fatiguer à tout reprendre ».

Car oui, c’est éreintant de faire de la pédagogie tout le temps. D’ailleurs, à ce sujet, je vous invite à regarder cette vidéo de la chaîne Vivre Avec. L’autrice y parle ici (en tant que personne concernée par le syndrome d’Ehlers-Danlos, un handicap physique) de la pédagogie qu’elle doit souvent faire auprès des personnes valides.

Pour le coup, je ne suis pas concerné par cette situation précise (étant valide moi-même), mais je peux confirmer que c’est pareil sur les autres sujets similaires.

Beaucoup de personnes (en général en position dominante) pensent que les personnes concernées (par une discrimination, une situation de violence, d’exclusion, etc) leur doivent de la pédagogie. Autrement dit, que nous avons le devoir moral de passer du temps à leur expliquer, à leur ré-expliquer jusqu’à ce qu’ils comprennent, à leur dérouler tout par le menu (y compris les infos les plus simples qu’on trouve en première page Google…), et tout ça avec le sourire.

Qu’on doit accepter de débattre avec elles (qui ne sont pas concernées et en général ne maîtrisent pas le sujet) sur des sujets qui nous concernent nous, toujours avec le sourire. Même si leurs arguments sont oppressifs.

Et ce, même si ces personnes sont dix à nous faire le coup dans la semaine. En général, d’ailleurs, elles ont toujours l’impression de nous sortir des arguments extrêmement intelligents et percutants, alors que ce sont des arguments creux qu’on a déjà entendu trente fois (parfois mot pour mot) et qu’on connaît par cœur.

Bref. Revenons à octobre dernier. J’en avais marre de subir des débats stériles avec des personnes vautrées dans leurs privilèges, leur ignorance, et qui pensaient que je leur devais de la pédagogie.

J’ai donc décidé de faire un blog. Et puis, au début, honnêtement, il s’est transformé en défouloir pour moi. Je l’ai utilisé pour lâcher toutes mes exaspérations et frustrations sur la psychophobie et d’autres sujets. D’ailleurs, pas mal de gens ont trouvé le ton très violent à l’époque. C’était vrai, et parfaitement assumé d’ailleurs.

Au début, donc, je n’avais pas de but spécifique à part « avoir un truc à répondre sous la main » et me défouler.

Ensuite, en écrivant, ça a nourri ma réflexion, ça m’a amené à me renseigner sur de plus en plus de choses, à réfléchir à beaucoup de sujets, qui m’ont donné envie d’écrire sur d’autres choses, et ainsi de suite. C’est devenu une vraie stimulation intellectuelle. Et aussi, comme on dit au Pays des autistes, un intérêt spécifique (obsessif et constant).

Au fil du temps, je me suis demandé « dans quel but exactement je fais tout ça », et quelques idées se sont dégagées. En particulier, d’écrire contre la psychophobie.

J’ai décidé de ne pas faire d’articles d’information sur l’autisme, expliquant en détail comment je perçois le monde, mon hypersensibilité au bruit, aux odeurs, au toucher, aux lumières, ma façon de raisonner, de communiquer, et tous les autres détails qui font l’autisme au quotidien.

Pourquoi ? Parce qu’il y a pas mal de blogueuses (et quelques blogueurs) francophones qui font ça déjà très bien, je vous les conseille d’ailleurs. Superpépette, déjà (sur Youtube). Au Royaume d’une Aspergirl. Et les Tribulations d’une Aspergirl.

En revanche, il y a moins de blogs et de sources francophones sur la psychophobie (en tant qu’oppression systémique), ou sur la Neurodiversité (en tant qu’idée et que mouvement politique).

Mes textes sur ces sujets s’adressent, avant tout, aux personnes concernées par la psychophobie au sens large (et sur certains thèmes, aux personnes autistes spécifiquement).

J’ai remarqué que trop de personnes concernées par la psychophobie se tirent dans les pattes pour des raisons futiles. Souvent, parce qu’on leur a appris à être (elles aussi) psychophobes.

Et puis, j’ai aussi pris conscience que la société nous enfume, tout le temps.

Elle nous fait croire que nous sommes seuls à être comme nous sommes.
Que c’est à nous de nous adapter aux autres, de faire des efforts, de ne pas déranger.
Que lorsque nous avons des problèmes (à cause de la psychophobie), c’est parce que nous ne sommes pas assez adaptés, que nous sommes trop timides, trop arrogants, ou toujours trop ou pas assez quelque chose.

Quand je dis que la société nous enfume, c’est parce que du coup, la plupart d’entre nous n’ont même pas (ou qu’à moitié) conscience de vivre une situation profondément irrespectueuse, inégalitaire et injuste.
Et puis en plus, souvent, on nous met des espoirs plus ou moins bidon dans la tête, par exemple, l’espoir qu’on sera réellement traités avec respect si on parvient à s’adapter et à s’intégrer suffisamment.

Bref, si j’écris tous mes textes, c’est avant tout pour aider d’autres personnes concernées à prendre conscience que NON, leur situation n’est pas de leur faute.
Que si elles sont exclues du marché du travail, ce n’est pas « leur handicap » qui est en cause mais bien une discrimination.
Que si elles sont exclues socialement, ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas fait ce qu’il fallait, mais parce qu’elles vivent dans un monde psychophobe.
Qu’elles ne valent pas moins que les neurotypiques, et n’ont pas à se comparer. Qu’elles n’ont pas besoin de la validation des neurotypiques pour être des personnes qui valent le coup d’être connues.
Et bien d’autres choses encore.

J’aurais aimé que quelqu’un me dise tout ça, il y a des années. Cela m’aurait évité de m’épuiser à essayer de comprendre ce qui n’allait pas chez moi, à faire des efforts d’intégration (qui ne pouvaient évidemment pas réellement marcher, sauf superficiellement, puisque le problème de fond ne venait pas de moi…).

En outre, si nous voulons renverser et abolir la psychophobie, il faut d’abord que nous prenions collectivement conscience de notre situation, pour nous regrouper.

Quand je dis « nous » ce n’est pas seulement les autistes, mais toutes les personnes concernées. En effet, je ne crois pas qu’on puisse avancer si chaque groupe reste dans soin coin.

Et oui, je dis bien « abolir » et « renverser ». Pas obtenir des miettes, des petits pas. Pas obtenir plus de « tolérance ». Mais le Respect (avec un grand R) et l’Égalité (avec un grand E).

En effet, la « tolérance », les miettes, les petits pas, je ne trouve pas ça réellement intéressant. C’est toujours une façon d’endormir les gens pour les maintenir, en définitive, la tête juste hors de l’eau. Et de se donner bonne conscience sans régler le problème de fond. Et puis les petits pas, ça a toujours un prix. Pour être « tolérés », il faut toujours « s’intégrer » et donc faire plus d’efforts pour ressembler aux dominants, ne pas les déranger…

Non merci. Nous méritons le vrai respect, sans conditions ni prix, et pas moins.

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Une réflexion au sujet de « Troll de Jardin fête son premier anniversaire »

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