Autisme·Psychophobie

Pourquoi je ne suis pas (et ne peux pas être) NTphobe

Plusieurs personnes, en lisant ce blog, m’ont fait la remarque que mes propos sont « NT-phobes », ou « véhéments » avec les neurotypiques. Une personne a même demandé si « on prépare une guerre avec les NT ». Une autre m’a accusé de « culpabiliser » les neurotypiques, et de « les accuser de tous les maux ».

Je comprends bien pourquoi des gens pensent ça. Parce que j’ai choisi de ne pas ménager l’égo des personnes neurotypiques qui liraient.

J’aurais pu faire comme si la psychophobie était un problème qui tombait du ciel, ou qui était un simple « phénomène social » dont personne ne serait réellement responsable, qui arriverait comme ça.

J’aurais même pu, carrément, ne pas parler de psychophobie du tout, et simplement décrire gentiment les problèmes que des personnes autistes (et neuroatypiques) rencontrent, en mettant tout sur le dos « du handicap » (sans chercher à expliquer plus) et de « quelques abrutis intolérants ».

J’ai choisi de ne pas le faire. Cependant, cela ne signifie pas que mes articles, ou moi-même d’ailleurs, soient « NT-phobes », pour plusieurs raisons.

1 ) Je ne cherche pas à véhiculer de la haine, du mépris, de la peur, du dégoût… des neurotypiques pour ce qu’ils sont.

Je ne défends pas l’idée qu’ils soient « inférieurs » (je ne pense pas qu’il y ait de fonctionnement fondamentalement supérieur ou inférieur à un autre).

2 ) Je ne défends pas l’idée que le fonctionnement neurologique et mental des neurotypiques soit « mauvais ». Qu’il faille le changer, le soigner. Ou que les neurotypiques doivent faire des efforts pour devenir, par exemple, « plus autistes » ou « plus HP ».

Cela n’aurait aucun sens, d’ailleurs, on est autiste ou on ne l’est pas, on est HP ou on ne l’est pas, mais on ne peut pas l’être « un peu » et encore moins « choisir de le devenir ».

Non, j’accepte le fonctionnement des neurotypiques pour ce qu’il est, comme il est. Par exemple, je n’ai jamais compris le caractère grégaire qui est presque omniprésent chez eux (à divers niveaux), et au quotidien, ça m’a souvent saoulé plus qu’autre chose.

Mais je ne leur demanderais jamais de changer ça. Parce que (pour le meilleur ou pour le pire) c’est ce qu’ils sont.

Bref. J’accepte leur fonctionnement, même quand ça m’emmerde, même quand ça me met mal à l’aise, et même quand je ne le comprends pas.

Est-ce que c’est pareil dans l’autre sens ? Clairement, non. Sinon, il n’y aurait pas des débats sans fin dans la communauté scientifique sur les « thérapies pour faire disparaître l’autisme », ni des charlatans qui proposent leurs propres thérapies « alternatives », ni des gens prêts à soumettre leurs enfants à tout ça.

Et personne n’approuverait ce genre de « recherches » et de « thérapies ». Personne (surtout pas des gouvernements) ne donnerait à des organisations qui travaillent là-dessus.

3 ) Non seulement je ne demanderais jamais à des neurotypiques de faire des efforts pour « devenir HP » ou « devenir autistes », mais même si c’était possible, ne leur demanderais jamais de se faire passer pour HP ou autistes (ou autre chose). D’apprendre à cacher ce qu’ils sont, à jouer un rôle.

Contrairement à certaines personnes qui imposent aux enfants autistes des thérapies pour les apprendre à avoir l’air « normaux », ou trouvent normal de le faire.

4 ) Je ne défends pas l’idée que les neurotypiques devraient subir des discriminations (professionnelles, scolaires, médicales…). Ou qu’il serait normal de ne pas prendre leurs besoins en compte. Ou qu’il serait normal qu’ils subissent des violences (morales ou physiques), parce qu’ils l’ont un peu cherché.

Est-ce que eux auraient la même considération pour les gens comme moi ? Rien n’est moins sûr. Beaucoup pensent par exemple que des personnes autistes qui subissent du harcèlement, sont ostracisées, c’est parce qu’elles ne font pas assez d’efforts pour s’adapter. Ce qui, implicitement, place la responsabilité de la situation sur leurs épaules et non sur les épaules des personnes qui harcèlent.

5 ) Parfois, j’admets, je ne prends pas de gants pour décrire des comportements et idées problématiques très répandus, et en désigner les responsables.

J’ai bien parlé des « responsables ». Pas des « coupables ». Ce n’est pas pareil. Les personnes aux comportements psychophobes (ce qui, à divers degrés, inclut la grande majorité des neurotypiques), sont responsables de ces comportements et de leurs conséquences, et doivent l’assumer.

Cela n’est pas seulement une question d’intention. Même une personne qui voulait bien faire, ou qui n’avait pas l’intention de nuire, reste responsable.

6 ) Comme vous pouvez voir, je sépare « personne qui voulait bien faire » et « personne qui n’a pas l’intention de nuire ». Selon moi, ne pas être malveillant et être bienveillant, ce n’est pas synonyme. De même, ne pas être méchant et être gentil, ce n’est pas identique.

Je pense que la plupart des neurotypiques qui ont des comportements psychophobes ne sont PAS malveillants… et ne sont pas bienveillants non plus.

Mais qu’ils se comportent ainsi parce que c’est le plus facile. Ce qui leur demande le moins d’efforts, et parfois leur rapporte de petits bénéfices au quotidien. Et que les conséquences sur nous (ou nous tout court, d’ailleurs), ils s’en foutent au fond. Pourquoi s’en soucieraient-ils tant que ça n’impacte pas leur confort.

D’ailleurs ce sont souvent les neurotypiques avec une façade agréable et cordiale (ceux qui sourient et demandent si « ça va » mais se foutent de la réponse par ex) qui ne font rien quand une personne est harcelée, qui participent « juste un peu pour rigoler » au harcèlement, qui véhiculent des injonctions et jugements « pour notre bien », qui ne tiennent pas compte de nos besoins et difficultés, qui profitent de nous, qui nous laissent s’asseoir à leur table mais nous traitent en plante verte…

Les neurotypiques vraiment méchants sont plutôt rares. Cela ne signifie pas que les autres (les pas méchants) sont forcément gentils, respectueux et soucieux du bien-être d’autrui.

De plus je pense que ceux qui sont vraiment méchants (qui insultent, frappent, humilient, harcèlent violemment…) ne sont pas forcément différents de ceux qui ne sont « pas méchants ». Je pense que ce sont les mêmes, mais qui révèlent une autre partie de leur personne dans d’autres circonstances. Par effet de groupe, par volonté de se défouler, pour rehausser leur égo…

7 ) Je n’ai jamais cherché à « culpabiliser » qui que ce soit. D’ailleurs, je ne pense pas que ça ait la moindre utilité.

Il y a une différence entre « culpabiliser » (et se flageller), et admettre qu’on a fait de la merde, en assumer les conséquences, présenter des excuses si nécessaire, et ne plus le refaire.

Culpabiliser, ça n’aide personne. D’ailleurs, beaucoup de gens culpabilisent tout en continuant à faire de la merde (autant qu’avant).

8 ) Les personnes neurotypiques qui liraient mon blog, et qui sont réellement bienveillantes, gentilles, ça peut leur rendre service. Enfin du moins j’espère et j’essaye.

Je vais faire un parallèle, pour que ça soit plus clair. Je suis abonné à des blogs et chaînes vidéo militantes, par des personnes bipolaires, borderline, schizophrènes, TDAH, etc. Je ne vis pas tout ça.

Les suivre me permet de me rendre compte parfois que je dis, écris et fais des choses problématiques, risquant de nuire aux personnes concernées par tout ça. Et parfois ça pique un peu l’égo.

Cependant, ces personnes me rendent service en m’informant de ça (même si la forme et le fond peuvent piquer). Elles me donnent l’opportunité de mieux les soutenir, de moins leur nuire (à titre individuel) et de moins participer au système qui leur nuit (à titre collectif).

Autrement dit : ces personnes prennent de leur temps libre pour informer notamment des gens comme moi (qui participent à leur oppression) sur leur situation, et leur donner l’opportunité d’être des meilleures personnes.

En retour, moi, j’essaye de montrer de la gratitude. Je ne vais pas profiter de leur travail, et en plus leur reprocher de ne pas ménager mon égo.

Dans le cas qui nous intéresse ici, c’est pareil. En écrivant tous mes articles, je donne une opportunité à des personnes neurotypiques (qui se soucient vraiment de mieux faire), eh bien, de mieux faire justement. Comme elles le souhaitent.

Sachant que je ne suis pas payé pour écrire, et que je pourrais manger une glace, faire un gâteau au chocolat, regarder Doctor Who, réviser mon espéranto… pendant ce temps.

Donc, quand des personnes neurotypiques me reprochent de froisser leur égo, alors que je prends du temps pour (notamment) leur offrir une opportunité sans contrepartie, je trouve ça un peu ingrat.

9 ) D’ailleurs, une question pour les personnes neurotypiques qui lisent ici, et qui me reprochent ensuite de froisser leur égo, de ne pas les ménager.

Qu’est-ce que vous faites ici ? Clairement, vous n’êtes pas ici pour apprendre à ne plus être psychophobes et à ne plus contribuer au système d’oppression (même si vous prétendez que si). Si c’était le cas, vous ne réagiriez pas ainsi.

Alors, pourquoi perdez vous votre temps (et le mien) à lire ce blog et le commenter ? Pourquoi vous ne le passez pas plutôt à vous promener, ou caresser votre chat, ou regarder un film ?

Mon blog s’adresse à deux catégories de personnes. Les personnes concernées par la psychophobie, primo. Et les personnes neurotypiques qui veulent les soutenir et cesser de leur nuire, secundo.

Si vous ne faites pas partie d’un de ces deux groupes, quel est l’intérêt de venir ici ? Sérieusement ?

10 ) Un avant-dernier point.

Je ne ménage pas les neurotypiques, c’est vrai. Mais je ne ménage pas non plus les autres. Il y a toute une série de dynamiques que je trouve merdiques au sein de nos communautés, et je n’en parle pas non plus avec du miel et des licornes.

Par exemple, il y a des personnes autistes (« classiques » comme on dit) qui pensent que les autistes dits « Asperger » sont des faux autistes, des faux handicapés, qui s’inventent des difficultés. Et des autistes dits « Asperger » qui veulent se distancier des « autres » autistes.

Donc : on ne peut pas m’accuser de plus ménager les uns que les autres.

11 ) Et enfin, le point le plus important, peut-être.

En termes de rapports de pouvoir (sociaux et politiques), des personnes neuroatypiques (comme moi) n’ont pas le pouvoir d’être « NT-phobes ».

Elles n’ont pas le pouvoir de discriminer les neurotypiques (à l’embauche, à la promotion, au salaire, dans leurs études…). Ni de leur faire subir en masse du harcèlement, des agressions, ou des micro-agressions verbales (plus insidieuses, car cachées sous forme d’humour et autres propos anodins). Ni de vouloir les « soigner » et changer leur fonctionnement de force.

Un peu d’histoire. Nous n’avons jamais interné, lobotomisé, bourré de médicaments contre leur gré, stérilisé en masse les neurotypiques pour ce qu’ils étaient. Et nous ne les avons pas non plus assassiné en masse pendant la Shoah (c’était plutôt l’inverse…).

Publicités

4 réflexions au sujet de « Pourquoi je ne suis pas (et ne peux pas être) NTphobe »

    1. Oui…

      Des fois c’est dit carrément comme ça, puis des fois c’est un peu plus subtil.
      « Ah t’es autiste toi ? Mais tu peux parler / faire des études / tu as des amis / tu es normal »
      « Ils sont pas VRAIMENT handicapés »
      « Ils devraient pas toucher d’AAH et avoir la RQTH ils sont pas vraiment handicapés »
      Parler d’eux comme des gens « un peu NT »
      Etc etc

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s