Autisme·Psychophobie

Repas de Noël, culte des apparences, parents, et psychophobie ordinaire

(Avertissement : je raconte ma vie dans la suite.)

Je viens de passer la soirée du réveillon, et le lendemain matin avec ma famille (neurotypique, à part moi).

D’habutude, c’est déjà assez désagréable et épuisant pour moi. D’abord, il y a les discussions portant sur des banalités (ou small talk), ingrédient incontournable et principal de la majorité des conversations neurotypiques. Le small talk est compliqué et/ou pénible pour beaucoup de personnes autistes, haut potentiel…

Le small talk, dans le meilleur des cas, je n’y prête pas attention et reste concentré sur facebook ou une lecture. Ensuite, très rapidement, je trouve ça ennuyeux, et ensuite, carrément pénible.
Et si je suis fatigué, ou malade, ou les deux, je trouve ça directement pénible. Manque de pot, en ce moment, je suis un peu malade.

Ensuite, il y a leur manie de parler fort. Et de se lever tout le temps pour un oui ou pour un non, en faisant des bruits de pas. Plus les bruits de cuisine / couverts d’un soir de Noël. Détail : je suis hypersensible au bruit (encore plus si je suis fatigué et malade). Et la soirée a duré plus de sept heures…

Il y a ma grand-mère qui ne peut pas s’empêcher de s’asseoir à deux centimètres de moi (alors qu’elle a toute la place) et de me toucher pour un oui ou pour un non.

Tout ça, sans oublier les questions sur mes études, ma recherche de boulot… Où je me retrouve face à trois adultes qui s’y mettent tous en même temps, déchargeant sur moi LEURS inquiétudes. Et me rappelant que ma situation est compliquée et incertaine (chose que bizarrement, je n’ai PAS envie qu’on me rappelle, on se demande bien pourquoi…).

En général, les soirs de Noël, je prends sur moi et participe à la soirée (d’autant que je vis chez ma mère).

Dans les soirées habituelles, ça se passe « correctement », on va dire. Je passe plus de temps sur Internet (via mon téléphone) qu’à écouter tout le small talk autour, mais je souris un peu, échange un peu avec chacun, et ça passe.

Il y a quelques moments de réel échange, heureusement. Mais pas tant que ça, sur sept heures. C’est trop long, sept heures de small talk.

Ils font semblant de ne pas s’aperçevoir que je m’ennuie et n’ai pas grand chose à leur dire. Je sais qu’ils le voient, parce que :

  • A d’autres moments, ils me le font remarquer. Ma mère est assez spécialiste de me reprocher de « faire la gueule » quand on n’est que tous les deux, mais de faire semblant de ne pas s’en apercevoir devant les gens. Mon père le fait aussi, un peu plus subtilement.
  • Même aux soirées de Noël, des fois ils disent en « blaguant » des choses comme « Eh ben tu t’ennuies de nous ou quoi ? »…
  • Je ne sais pas cacher ce genre de choses. En général, TOUT se voit sur mon expression faciale. Quand une conversation m’ennuie, ou que je n’ai pas envie d’être là, ou que quelqu’un me saoule, ça se voit assez facilement.
  • D’autres gens m’ont déjà fait remarquer à quel point je suis transparent de ce côté.

Autrement dit, mes parents m’imposent systématiquement toutes ces soirées, alors qu’ils savent que je trouve ça lourd. Tout en faisant semblant le moment venu de ne rien voir.

Hier, le scénario a un peu changé. En effet, étant fatigué et malade, j’ai choisi de rester allongé. Je n’ai pas dormi (j’en avais besoin, pourtant, mais ils faisaient tellement de bruit que ce n’était pas la peine d’essayer… bref).

Et ils ont passé la soirée à me demander de venir avec eux (au moins dix fois par heure). Ou à gueuler entre eux « ben alors il vient pas, qu’est-ce qu’il a », « pourquoi il ne vient pas manger »… Alors que j’avais clairement besoin de repos. A défaut de dormir, j’aurais bien aimé au moins pouvoir passer une soirée allongé à regarder des vidéos et lire tranquille, mais non. Pas possible.

La cerise sur le gâteau, c’est que les invités avaient posé leurs sacs et manteaux dans ma chambre (où je me reposais), et du coup passaient pour un oui ou pour un non…

Il y a quelques années, j’aurais trouvé ça mignon (même si lourd) de voir à quel point on « s’inquiétait pour moi », et du fait que je ne sois pas à table. Mais je ne trouve plus ça si mignon.

En effet, ils ne s’inquiétaient pas réellement pour moi et mon bien-être.

Ils disaient s’inquiéter que « je ne mange pas », mais aucun n’a eu l’idée de m’apporter à manger dans ma chambre (par contre, pour interrompre mon repos dix fois par heure, oui…).

Ils disaient s’inquiéter de ne pas me voir. Et à la fin, ont dit que du coup, la soirée était moins bonne. Sauf que dans les soirées habituelles, je parle assez peu et m’ennuie plus qu’autre chose. Et ils le voient bien (puisqu’ils « blaguent » dessus parfois…). Mais ça ne les dérange pas.

Donc en fait, que je ne passe pas une bonne soirée, ils s’en foutent. Tout ce qui compte, c’est que je sois assis à table. Que je sois symboliquement présent. Bref, l’apparence.

Pour résumer : ils m’ont pourri la soirée, parce qu’ils voulaient que je maintienne l’apparence (d’être assis avec eux) malgré la fatigue et la douleur. Certes ils l’ont fait avec le sourire et un ton gentil, mais ils l’ont fait quand même.

Le culte des apparences

Ce genre de choses m’est arrivé très souvent, en réalité.

Quand mes parents m’emmenaient à des repas ou invitaient des gens, et exigeaient que je « sois poli » et me « tienne bien ». Comprendre : discuter avec les gens, ne pas rester trop silencieux, ne pas rester sur mes propres occupations (lecture, téléphone…), mais ne pas non plus trop parler de mes intérêts spécifiques. Et ne pas parler des « sujets qui fâchent » (comme la politique). Respecter toutes les conventions sociales dans ma façon de parler et de me tenir. Ne pas faire de commentaire face à des propos oppressifs.

Rire lorsque des gens se moquaient de mes bizarreries devant moi et que ça faisait marrer toute la table. Répondre aux questions intrusives des adultes.

Bref me comporter comme un parfait petit neurotypique (que je ne suis pas, et c’est évident d’ailleurs…).
La seule déviation autorisée, c’était de jouer (un peu) les petits professeurs sur un de mes intérêts spécifiques. Mais juste un peu. Pas trop, sinon ça aurait pu ennuyer des gens. Et surtout, ne pas tenir de propos politiques trop contraires aux opinions majoritaires. Bref, être un singe savant amusant et consensuel, pas plus.

C’est ça, qu’ils veulent vraiment dire, quand ils disent « sois poli », « tiens toi bien », « ne me fais pas honte ».

La cerise sur le gâteau, c’est que lorsque je ne me comportais pas « comme il fallait » (parce que prenant trop de place, ou disant mes opinions trop franchement, ou au contraire trop renfermé et silencieux…), mes parents en général ne disaient rien devant les gens.

Mais me lançaient des regards noirs. Me filaient des coups de pied sous la table. Ou me disaient de « faire un effort » mais sur un ton faussement blagueur. Ou me prenaient à part pour m’engueuler. Ou m’engueulaient plus tard, une fois seuls. Mais restaient tout sourire devant les gens.

Et en privé ?

Ma mère m’a très souvent reproché de « lui faire la gueule » lorsqu’elle me parlait en mode small talk, et que je ne l’écoutais qu’à moitié, restant concentré sur un de mes intérêts. Ou qu’elle sentait qu’elle me dérangeait (même si je ne le disais pas).

Je fais l’effort de ne pas lui dire, je reste toujours (verbalement) poli, mais mes expressions me trahissent.

Et pour elle, c’est un motif suffisant d’énervement. En réalité, elle voudrait que je fasse semblant de m’intéresser systématiquement à sa conversation, d’une manière suffisamment crédible. Et que j’interrompe à chaque fois mon travail pour elle (tant pis si ça me déconcentre).

Encore une fois, elle sait que ça m’emmerde, mais elle voudrait que je « fasse comme si » et respecte les apparences totalement.

Elle n’a par ailleurs jamais tenu compte (du tout) de mon hypersensibilité au bruit, du fait que souvent ça m’empêche de travailler ou dormir.

En somme, ma famille ne tolère (je dis bien tolère, pas accepte) mes neuroatypies que tant qu’elles ne dérangent personne, et que je maintiens les apparences (surtout devant les autres). Et me le fait systématiquement payer, par des micro-agressions, dès que ce n’est pas le cas.

Prétendre que je suis normal

D’ailleurs, sur le fait que je sois neuroatypique, là aussi, il y a une énorme hypocrisie familiale. Non seulement chez mes parents mais les oncles et tantes, cousines et cousins… 

Tout le monde sait que je ne suis pas « normal », ne serait-ce qu’en voyant mes expressions faciales, mes intonations, ma posture, mon manque de coordination et de repérage spatial, mon regard (je regarde peu dans les yeux), mes mots et tournures de phrase, mes difficultés sociales et dans les études, ma sensibilité au bruit, au goût, aux odeurs, mes « difficultés » alimentaires…

A l’extérieur tout le monde s’en rend plus ou moins compte, sinon je n’aurais pas subi autant d’exclusion sociale, de discrimination à l’embauche, de micro-agressions et de harcèlement. On ne m’aurait pas traité de « fou », « psychopathe », « intello », « bizarre » et j’en passe pendant des années. Si tout le monde dehors voit mes atypies, ma famille doit bien le voir aussi. 

D’ailleurs, quand on dit à son enfant régulièrement de « se comporter normalement », c’est bien qu’on voit qu’il n’est pas dans la norme…

Pourtant, tout le monde prétend que je suis normal. Enfant, l’école m’a soupçonné d’être surdoué (car c’est le truc qui ressemble le plus extérieurement à ma forme d’autisme, et que c’était le seul truc qu’ils connaissaient). Mes parents n’ont jamais poussé plus loin de ce côté, et n’en ont jamais vraiment reparlé. La politique de l’autruche quoi.

De plus, toutes les fois où dans mon adolescence, je me suis vaguement posé des questions sur le sujet (me demandant si je n’avais pas telle ou telle atypie mentale par exemple), mes parents ont tout de suite découragé mes questionnements. Ils ont décrété que j’avais trop d’imagination, que je ne devrais pas me poser tant de questions, et que je suis juste normal.

Et comme je ne corresponds pas (extérieurement) aux archétypes du « fou », ou du « surdoué-génie », ou du « débile » (bref, les archétypes de la télé), ils peuvent prétendre que je n’ai aucune atypie. Et faire comme si j’étais normal. Et avoir les mêmes exigences et attentes envers moi qu’envers un neurotypique.

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Une réflexion au sujet de « Repas de Noël, culte des apparences, parents, et psychophobie ordinaire »

  1. Bonsoir/bonjour, présentation très succinct. Je suis Bipolaire et Borderline.

    Ton blog m’intéresse assez, depuis quelques temps… Je vis des formes de psychophobie assez « blessante ». Sans parler d’un passé houleux…

    À bien des égards, ton texte sur tes repas de famille à noël me parle… Bien que ce soit pour des raisons différentes.

    Passé un noël en phase down, sans médicament (Je ne le sait que depuis peu et donc ai un traitement depuis peu) est véritablement un enfer… Et bien sûr, je peux toujours me brosser pour que ma famille essaye un « minimum » de comprendre…

    Faire semblant, voilà un masque bien douloureux… Oui, c’est là où nous somme totalement différent… J’arrive à faire semblant (Pour le meilleur ou pour le pire)… Même quand cela me ronge…

    Breff, j’aime bien ton blog. Merci.

    Cordialement,

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