Autisme·Psychophobie

Ces neurotypiques qui jouent au fou et à l’autiste en jeu de rôle

Neurotypique = personne dans les normes dominantes neurologiques et psychologiques. Donc ni autiste, ni schizophrène, bipolaire, borderline, ni TDAH, etc. Façon plus respectueuse de dire « les gens normaux ».

GN = jeu de rôle grandeur nature

Cet article s’adresse particulièrement aux rôlistes et aux GNistes. Pour la plupart de ceux que je connais, je vous aime bien et vous trouve plus ouverts et accueillants que la moyenne des gens.

Il y a un sujet dont il faut qu’on parle, cependant.

Il y a quelques jours, j’ai entendu un joueur (neurotypique) qui disait que son dernier personnage était « un connard, un putain d’Asperger ». Pour simplifier la lecture, on va appeler le joueur (NT) Charlie, et le personnage (autiste) Bobby.

Bobby ne comprend pas que les autres réagissent émotionnellement aux situations. Il pense que tout le monde devrait réagir par la logique (et uniquement la logique). C’est ce qui l’amène à se comporter comme « un connard ».

Bon, déjà, Charlie ne semble pas du tout avoir compris le principe de l’autisme (vu sa manière d’interpréter Bobby).

Une vision biaisée et pleine de clichés

Une personne autiste a autant d’émotions qu’une personne non-autiste. Et elle peut donc tout à fait comprendre que les autres aient des émotions eux aussi. Et ce, qu’il s’agisse d’amour, de haine, de colère, d’espoir…

Les différences entre les autistes et les neurotypiques, c’est plutôt que :

Les personnes autistes ont des difficultés à regarder dans les yeux, à lire et à comprendre le langage non-verbal (regard, intonation, gestes…) des neurotypiques, à comprendre les implicites dans les conversations et les attentes sociales. Et du coup, leur propre langage non-verbal est souvent perçu comme « froid », « bizarre », inadapté… et rarement comme normal.

Les personnes autistes ont aussi souvent une sensibilité émotionnelle particulièrement développée, des ressentis émotionnels plus profonds, des connexions avec les gens plus profondes. Je dis bien « souvent », pas « toujours » (on n’est pas tous pareils merci).

Un détail. Il y a une différence entre avoir des difficultés de communication et de compréhension, et ne pas comprendre que les autres aient des émotions. En pratique, je ne saurais pas forcément remarquer qu’une personne neurotypique est énervée (si elle ne le montre pas explicitement) En revanche, je peux tout à fait comprendre le concept de la colère chez les autres. Et une fois que j’ai compris que la personne est en colère je peux en être émotionnellement affecté (1), chercher à coprendre la raison (2) et me soucier qu’elle aille mieux (3). 

Une personne autiste n’est pas une personne qui « n’agit que par logique et ne comprend pas les émotions ».

De leur côté, les personnes neurotypiques ont tendance à juger les personnes autistes sur ce qu’elles semblent projeter (en se basant sur une interprétation biaisée de leur langage non-verbal).

Par exemple, moi, pendant des années, j’ai essayé de m’intégrer à différents groupes (neurotypiques). Et ces gens n’ont jamais été méchants ou hostiles avec moi. Ils toléraient ma présence sans problème. Mais, lorsque j’intervenais dans une conversation, ils répondaient « c’est vrai », « OK »… et continuaient à parler comme si je n’étais pas là. Ou ne me répondaient même pas du tout. Et ce, tout le temps tous les jours.

J’ai mis des années à comprendre. J’ai compris grâce à des autistes plus âgés qui ont partagé leur expérience similaire. Et quand j’en ai fait un article, des dizaines de gens m’ont dit avoir vécu la même chose.

En fait, c’est parce que je ne les regardais pas dans les yeux (principalement). Et parce que mes raisonnements et la structure de mes phrases sont différents des leurs, que je ne module pas mon intonation et mes gestes comme eux, ne me tiens pas et ne marche pas tout à fait comme eux…

Apparemment, chez eux, si on ne regarde pas une personne dans les yeux, on n’a pas envie de parler à cette personne. Et donc JE n’avais pas envie de leur parler.

Bref, les neurotypiques (surtout en groupe) ont l’habitude de ne regarder que l’apparence (intonation, tournures de phrase, regard, gestuelle, look…) pour se faire leur avis sur une personne. Et ils se basent sur ces apparences -de manière assez peu logique- pour en tirer des conclusions (du type « cette personne qui fait des efforts pour être avec nous depuis trois ans, en fait, elle n’a pas VRAIMENT envie de nous parler »).

Le résultat, c’est qu’ils ont développé une vision totalement biaisée et cliché de l’autisme. Les autistes leur semblent facilement être des personnes froides, arrogantes, égoïstes… tout ça basé sur certaines apparences.

De plus, ils pensent que les personnes autistes sont toutes pareilles, et qu’on peut les repérer à des signes extérieurs évidents et identiques chez toutes (non).

Ces clichés sont d’ailleurs entretenus par le cinéma et la télé (ce qui crée un cercle vicieux).

Enfin, beaucoup d’autistes ont du mal à mentir, ou à cacher leurs ressentis (par exemple leur énervement, stress, impatience…) et passent pour impolis, désagréables ou hautains. 

Alors que d’expérience, les neurotypiques sont autant (voire bien plus) arrogants et égoïstes, mais passent leur temps à se donner l’air « agréables » et « cordiaux ». Et ils font ensuite comme si une personne « agréable » était forcément gentille, soucieuse des autres, respectueuse etc. Alors que non. Agréable c’est juste une façade, ça ne veut rien dire au fond.

Le résultat final, c’est qu’on a des glandus comme Charlie qui ont un personnage autiste et se disent « tiens je vais le jouer comme un GROS CONNARD ».

Les joueurs neurotypiques ne devraient jouer que des personnages neurotypiques

Cela peut avoir l’air radical. Et je connais le principe qui dit que « un acteur doit savoir jouer toute sorte de rôle ». Mais je ne suis pas d’accord avec ce principe.

Une personne neurotypique ne peut pas savoir ce qui se passe dans la tête d’une personne autiste. Elle ne vit pas par exemple les différents aspects fréquents dans l’autisme :

  • hypersensibilités au bruit, aux odeurs, au goût, au toucher…
  • hypersensibilités ou hyposensibilités émotionnelles
  • difficultés pour comprendre les attentes sociales (exemple : les codes des entretiens d’embauche ou conversations)
  • difficultés pour comprendre le second degré, les implicites et les sous-entendus
  • interprétation souvent littérale des expressions
  • difficulté à lire et comprendre le langage corporel des autres, et à adapter SON propre langage corporel (et donc à mentir ou jouer le théâtre social
  • difficulté à regarder dans les yeux
  • fatigabilité accrue (à la fois parce que plus de choses nous fatiguent, et parce qu’on se fatigue effectivement plus vite). Cf la théorie des cuillères.
  • difficultés de coordination corporelle
  • difficultés de lecture, d’écriture, de calcul
  • difficultés pour parler (une partie des autistes ne parlent pas ou sont bègues)
  • attention au détail accrue
  • intérêt spécifique pour un ou plusieurs sujets

Et la liste n’est pas exhaustive. Bien sûr toutes les personnes autistes ne remplissent pas TOUS les critères de la liste. Et ça peut changer durant la vie. Il y a des autistes qui ne parlent pas à 10 ans et parlent sans difficulté à 16 ans. Ou qui ont un intérêt spécifique pendant 10 ans et plus ensuite. Ce qui fait l’autisme est le fait de correspondre au schéma. Fin de l’aparté.

Une personne neurotypique ne peut pas comprendre tout ça. Elle ne peut pas l’imaginer, même.

Certaines personnes qui ne sont pas autistes, mais ont des points communs, peuvent l’imaginer au moins en partie. Des personnes dyspraxiques, dyslexiques, dyscalculiques, dysorthographiques. Des personnes haut potentiel. Des personnes avec des TOC. Des personnes épileptiques (hypersensibilités sensorielles). Des personnes TDAH. Et la liste n’est pas exhaustive.

Mais les neurotypiques, non. Même les neurotypiques qui ont des enfants, frères, sœurs, parents… autistes comprennent souvent l’autisme totalement de travers. Forcément, ils vont voir l’apparence que donne la personne (d’être froide, d’être débile, d’être collante ou autre), et pas ce qu’elle ressent, comment elle raisonne… derrière.

En sens inverse, d’ailleurs, je ne sais pas si j’oserais jouer un personnage neurotypique, pour les mêmes raisons. Parce que je ne prétends pas les comprendre suffisamment pour ça.

Pourtant, je comprends sans doute bien plus les neurotypiques que eux ne me comprennent. Normal, puisque moi, j’ai bien été obligé de vivre parmi eux, selon leurs règles, en tentant de ne pas me prendre trop de coups. Comme la plupart des autistes. De plus je suis curieux.

Si malgré mes 24 ans d’observation des neurotypiques, je ne les comprends que très imparfaitement, alors je ne vois pas comment eux (qui en général ne connaissent quasiment rien à l’autisme à part des clichés, ne s’y sont peu ou pas intéressés, n’ont jamais écouté le point de vue d’autistes…) pourraient comprendre quoi que ce soit.

Je sais que la plupart des rôlistes et des GNistes aiment que leurs personnages soient réalistes et cohérents. Alors dans ce cas, si vous êtes neurotypiques, évitez de jouer l’autisme, la bipolarité, la schizophrénie, les TOC, le TDAH, le haut potentiel… Ce ne sera pas cohérent et ça ne ressemblera à rien.

2 ) Il y a autre chose que l’immense majorité des neurotypiques ne peut ni comprendre, ni imaginer.

C’est notre vécu de personnes minoritaires en nombre, et surtout marginalisées. Les violences physiques, morales et sexuelles que beaucoup d’entre nous subissent de la part des institutions et personnes d’autorité (école, hôpital, police…), de leurs familles, collègues / camarades de cours, connaissances et même d’inconnus. L’exclusion sociale. Les insultes. Le mépris. La fausse bienveillance condescendante. Les clichés. Les discriminations (embauche, carrière, salaire, accès aux études…). Le monde de l’entreprise et l’enseignement qui ne sont pas adaptés. Les difficultés pour obtenir et conserver le statut de travailleur handicapé, l’allocation handicap, etc. Le monde associatif et les loisirs qui ne sont pas adaptés (par exemple les sports en club). Les codes sociaux conçus par et pour les neurotypiques, à nos dépens.

Tout ça, c’est indispensable de le savoir, de s’en rendre compte, de l’avoir vécu, pour pouvoir se projeter dans la situation d’une personne autiste (ou bipolaire, ou épileptique, ou TDAH, etc etc).

Sans ça, on ne peut par exemple pas comprendre pourquoi des personnes ont peur qu’on se moque d’elles, ont toujours l’impression qu’on les exclut ou qu’on parle sur leur dos (et pas forcément à tort mais c’est un autre sujet), ont peur de parler aux gens, ont une mauvaise image d’elles-mêmes, se pensent ennuyeuses ou bêtes, etc.

Avec ces deux premiers points, on a déjà deux raisons qui font que les neurotypiques ne peuvent pas jouer correctement des personnages qui ne le sont pas. Ils ne sont pas dans leur tête, et ne vivent pas non plus leur situation sociale.

Donc encore une fois, si vous voulez des personnages cohérents, ne faites pas ça.

3 ) Ce n’est pas respectueux pour les personnes concernées.

Par exemple, l’autisme n’est pas un déguisement. Ce n’est pas une blague. Nous, nos façons de fonctionner, et nos vies n’existent pas pour que des neurotypiques en fassent un rôle caricatural.

C’est d’autant plus énervant que nous, la société entière (nos parents, les recruteurs à l’embauche, nos profs, la police…) fait tout pour nous obliger à nous faire passer pour des neurotypiques, à les imiter, et que faire ça nuit à la santé mentale et physique, à l’espérance de vie. Si on ne le fait pas (ou pas assez bien), cela accroît les risques de chômage, de pauvreté, d’agression, d’exclusion, de violences policières et médicales, de harcèlement…

A côté de ça, il y a des neurotypiques qui ne vivent rien de tout ça, et qui s’amusent à se déguiser « en nous » ou à « jouer notre rôle » pour un jour ou deux, avant de reprendre leur vie en rigolant. Certes ce n’est pas dans une intention méchante, mais ça reste quand même franchement indécent.

Ma remarque vaut pour les neurotypiques qui jouent des autistes en GN / jeu de rôle / murder party. Elle vaut aussi pour les personnes neurotypiques qui écrivent des scénarios et personnages (de GN ou JdR) avec un personnage autiste (sans comprendre l’autisme), et qui attribuent ce rôle à un neurotypique. Parce que oui, Charlie est certes à blâmer dans l’histoire, mais ce n’est pas lui tout seul qui s’est attribué le rôle de Bobby-l’Asperger. Ce sont les organisateurs du GN qui lui ont donné.

Ma remarque vaut aussi pour les déguisements de « fou », que ce soit en soirée costumée, cosplay, à Halloween. Et pour tous les jeux (jeu télévisé, murder party, GN..) qui se passent en hôpital psy, comme si la vie des personnes psychiatrisées était un terrain de jeu pour les autres. Mention spéciale à Fort Boyard 2017.

4 ) Dans le cadre du GN et du jeu de rôle, les personnes autistes peuvent avoir des difficultés spécifiques. Surtout si on leur demande de jouer un rôle qui n’a pas été conçu pour elles.

Du coup, un joueur autiste (surtout débutant), il risque d’avoir besoin de jouer un personnage qui lui ressemble (donc : pas neurotypique au minimum). Ce n’est pas une généralité ni une certitude cependant, il y a des joueurs autistes (souvent expérimentés) qui s’en sortent mieux. 

Mais du coup, vous voyez le souci : si les neurotypiques prennent les rôles d’autistes, les joueurs autistes qui galèrent, il leur reste quoi comme rôle à jouer ? Et encore une fois je parle des autistes mais c’est potentiellement pareil pour tous les autres atypiques (TDAH, bipolaires, HP…).

C’est le même problème pour le cinéma et les séries télé, d’ailleurs (où les neurotypiques prennent un peu trop souvent des rôles qui ne sont pas pour eux, alors que les autres n’arrivent déjà pas à trouver de travail…).

5 ) Quand vous faites ça (que vous jouez un « connard d’Aspie » et que vous en parlez à vos potes après  par ex), il y a des personnes concernées qui vous entendent et qui vous voient. Déjà, des personnes neuroatypiques (notamment autistes) il y en a partout. Cela ne se voit pas forcément, surtout en se basant sur des clichés… En vrai on correspond souvent peu aux clichés.

Il y a des personnes neuroatypiques dans le monde du GN, du jeu de rôle, de la murder party… 

Et vous le savez en fait. Vous nous appelez « excentriques », « bizarres », « personnes avec des difficultés sociales »… 

D’ailleurs je n’ai aucune preuve, mais j’ai l’impression qu’il y en a plus qu’ailleurs. En fréquentant des cercles autistes, HP… j’ai très souvent croisé des personnes rôlistes et GNistes. Et dans le petit groupe de GNistes que je fréquente, j’ai repéré cinq personnes qui ne sont clairement pas neurotypiques (en plus de moi).

Le GN et le jeu de rôle valent mieux que ça

Si cela m’énerve, ce n’est même pas tant que ça en tant que personne autiste ni en tant que militant. De la psychophobie, du manque de respect, j’en vois partout tout le temps. Je n’en suis plus à ça près.

Cela m’énerve en tant que GNiste. Cela m’énerve de voir que des gens se servent du GN, du jeu de rôle, du cosplay, d’Halloween… comme prétexte. Comme occasion « légitime » de jouer au fou ou à l’autiste, parce que c’est qu’un jeu / déguisement après tout.

Ce n’est pas parce que c’est un jeu, que c’est la fête du slip. Les comportements et les propos irrespectueux et méprisants au quotidien ne deviennent pas soudainement corrects par la magie du jeu.

Primo, c’est hypocrite. Parce que ces personnes qui jouent les fous et les autistes (en les caricaturant), le reste du temps, parlent comme si elles étaient tolérantes, ouvertes d’esprit… mais dès qu’elles sont en jeu, elles se lâchent. Donc si vous êtes dans ce cas, au moins, assumez. 

Secundo, utiliser le GN pour se moquer des fous et des autistes, c’est un peu saccager le principe du GN. Le GN vaut mieux que ça.

Tertio ça contribue à nous mettre en difficulté, en marge, au pire à nous exclure, si on veut jouer.

Que faudrait-il faire, du coup ?

C’est une bonne chose qu’il y ait des personnages autistes, bipolaires, TDAH, borderline, schizophrènes… et que toute la diversité mentale et neurologique soit représentée. Mais pas n’importe comment.

D’abord, l’important cela ne devrait pas être de « parler de l’autisme » ou « jouer l’autisme »(par exemple) mais d’inclure les personnes concernées dans le jeu. Parce que mettre des rôles autistes pour les faire jouer par des neurotypiques, cela ne nous inclut pas. Cela revient à faire quelque chose sur nous et sans nous.

Inclure ces personnes, cela passe par éviter les insultes et les blagues psychophobes, éviter l’exclusion sociale (en ne calculant pas la personne dans les conversations par ex), la soutenir pour qu’elle puisse progresser en tant que GNiste, s’assurer qu’elle ait un rôle qu’elle puisse jouer…

Ensuite, aussi bien par respect pour les personnes concernées que pour la qualité et le principe du jeu, il est préférable que ce soient des personnes concernées qui écrivent ET qui jouent.

Donc, un personnage autiste conçu par un scénariste de GN autiste, et joué par une personne autiste dans le GN, par exemple. A la limite, un personnage autiste joué par une personne qui n’est pas autiste, mais dyspraxique, épileptique ou TDAH par exemple (donc, qui peut se mettre à la place d’une personne autiste au moins en partie). Mais jamais, JAMAIS, par des neurotypiques.

Je n’ai rien contre les neurotypiques, mais l’immense majorité n’y comprend rien et est incapable de comprendre, d’imaginer, de se mettre à notre place. Ce n’est pas une critique de dire ça, d’ailleurs. Mais il faut accepter ses limites.

Malheureusement, tout ce que je dis là ne vaut pas que pour le GN et le jeu de rôle. Cela vaut aussi pour le cosplay / déguisement sous toutes ses formes.

Et cela vaut pour toute la fiction, petite ou grande, professionnelle ou amateur. Théâtre, cinéma, séries télé, comics (Batman et les fous, tout un poème), littérature, fanfiction… On a trop de personnages de « fous », d’autistes, de surdoués, de « débiles »… qui sont caricaturaux, cliché, et souvent, conçus et joués par des neurotypiques. Pour un public neurotypique. Pendant que, par exemple, les acteurs autistes rament.

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15 réflexions au sujet de « Ces neurotypiques qui jouent au fou et à l’autiste en jeu de rôle »

  1. Il reste l’épineuse question : comment jouer à l’Appel de Cthulhu sans « jouer au fou/folle ».

    Etant donné que l’Appel de Cthulhu a dans son système de jeu des points de Santé Mentale, que tu perds au fur et à mesure que tu es confronté.e à des situations traumatisantes. Et une fois que tu en as perdu assez (ou trop, c’est selon où tu te places et si tu es un MJ sadique ^^), ton personnage se retrouve confronté à des troubles psychiques. En gros, le PTSD en jeu de rôle.

    Donc concrètement, jouer la folie fait partie intégrante du jeu.

    Et clairement, en tant que NA, j’ai régulièrement eu envie d’emplafonner mes camarades de table, parce qu’iels jouaient de manière ultra caricaturale.

    Pour autant, humpf, je suis beaucoup trop amoureux.se de ce jeu pour y renoncer !

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    1. Je pense que Call of Chtulu est un peu différent. La « folie » dont il est question est a la fois acquise et « surnaturelle » (ce n’est pas une neuroatypie au sens classique). De plus, c’est une composante essentielle du jeu, tout les personnages sont a « égalité » avec ça, donc ca ne pose pas le problème d’un seul personnage NA joué par un NT.
      La perte de point de san est comparable a une suite de traumatismes, certes, donc je vois ton lien avec le PTSD. Mais je pense que tout le monde peut (essayer en tout cas, en restant respectueux) de la jouer, car tout le monde est potentiellement touchable par un traumatisme et/ou un gros craquage mental après une certaine suite d’évenements, et en jouer peut permettre de catalyser certaines angoisses. (sans pour autant s’approprier l’expérience du PTSD)
      Bien sur ça n’empêche pas de reprendre certaines personnes qui ont des mauvais clichés sur les « fous », mais a mon sens la folie mise en scène dans l’univers de Lovecraft est tellement cauchemardesque et grotesque qu’elle n’a rien a voir avec un neuroatypisme « réel ». Et c’est en celà que tout le monde peut se l’approprier, car elle est réellement fantasmagorique (je veux dire, personne IRL n’étant devenu fou après avoir lut le Nécronomicon, je pense que tout le monde peut tenter de jouer cette folie, tant qu’il ne fait pas d’amalgames douteux avec les personnes réellements atteintes de troubles.).
      J’espère que mon commentaire ne blesse ou ne gêne personne ce n’est absolument pas mon but !

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    2. j’ai jamais joué à ce jeu (je suis plus GN) donc pas d’avis sur ce cas précis. Mais plus généralement :

      Perso je trouve justement que ce schéma de la « folie / neuroatypie avec une cause surnaturelle » est problématique en soi. Je développe plus ce point ici

      https://trolldejardin.wordpress.com/2017/06/21/buffy-et-les-neuroatypies-glory-et-ses-fous-77/

      En outre je trouve pas que le côté acquis des neuroatypies change le problème. Beaucoup sont acquises (ou semi-acquises semi-innées).

      Enfin la représentation de « la folie » au sens large, et des atypies spécifiques à la télé, au ciné, en comics… est souvent grotesque, cauchemardesque et assez détachée de la réalité (le but étant d’avoir un schéma simpliste et faisant écho aux clichés + du sensass). Et la représentation des VRAIES personnes concernées IRL (médias, opinion publique…) est souvent aussi cauchemardesque et éloignée de la réalité.

      C’est justement le souci

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  2. Je pense personnellement que le rôle du « fou » correspond à un même que l’on retrouve probablement dans toutes les cultures, et en ceci, il peut être attirant de le mettre en valeur par une approche mythologique/symbolique. Le fou est celui qui peut tout dire, qui est donc plus proche de la vérité. Il possède un côté énigmatique, son point de vue est indéchiffrable, il peut disposer du pouvoir de divination par exemple. C’est un archétype que j’appréciais de retrouver dans mes lectures de jeunesse : il n’est tenu par aucune convention sociale, il incarne la pensée magique par excellence. Il peut dans ce contexte être un excellent compagnon.

    Cependant, comme pour ceux qui désirent jouer des personnages neuroatypiques, il existe des canons généraux du personnage, fondés sur une connaissance littéraire et/ou scientifique réelles (pour le J de R en contexte de science-fiction par exemple). Le fou, pour moi, c’est celui qui correspond à la catégorie « Chaotique neutre » dans la classification Dungeons & Dragons (correspondant à la psychologie du personnage de Jack Sparrow dans Pirates of the Caribbean) : on ne sait jamais quoi attendre de lui, et il n’est pas sûr que lui-même le sache.

    Pour ma part, il me semble que cette idée du « fou », qui est aussi le « fool » que l’on retrouvait dans le personnage de Hamlet de Shakespeare, peut être un moyen pour les personnes un peu trop neurotypiques dans leur vie quotidienne de lâcher prise et de ressentir ce que cela fait d’être différent… cela peut être thérapeutique aussi car qui dit que le « syndrôme neurotyique » ne serait pas un trouble finalement ?

    Je dois bien avouer que les clichés de « Bobby – Asperger » ou de « Glory » dans Buffy (jamais vu) sont bien peu charismatiques à mes yeux. Ceux-ci reflètent des tendances ataviques à la stigmatisation de la différence (le « fou » = le « comportement différent = « l’esprit malsain » = le « mal ») qui me semblent mériter le nom, dans certains contextes, de neuro-racisme. Celui qu’on désigne comme fou-malade appartient à une catégorie de sous-humains que l’on va soit ignorer, soit rejeter ou ségéguer, soit carrément éliminer. Cela se vérifie dans l’histoire et il ne s’agit pas d’un comportement que j’encouragerais, ça non.

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    1. Détail de vocabulaire : il ne vaut mieux pas parler de neuro-racisme, ni employer le mot « racisme » à toutes les sauces, pour toute forme de discrimination, stigmatisation… Par respect pour les personnes qui vivent le (vrai) racisme, leurs vécus et combats.
      Il y a le mot « psychophobie » qui désigne le fait d’ignorer, rejeter, segréguer, éliminer… les personnes désignées comme folles, malades, mentalement anormales ou handicapées etc.

      Et je veux bien que les neurotypiques aient besoin de lâcher prise. Mais pour moi ça excuse pas de se servir de l’archétype du fou (qui, qu’on le veuille ou non, EST socialement lié aux personnes internées en hôpital psy, aux personnes schizophrènes, autistes, bipolaires etc etc). D’ailleurs « fool » veut aussi dire « débile »…

      C’est encore un privilège NT de pouvoir se servir d’un archétype (ultra déformé certes) qui concerne les personnes atypiques pour lâcher prise.

      Honnêtement les besoins des NT (comme lâcher prise) n’ont pas à rentrer en ligne de compte ici selon moi. C’est leur problème pas le nôtre et ils n’ont qu’à trouver un autre moyen de se lâcher

      De plus cela ne leur fait pas ressentir la différence réelle, pas plus que je ne pourrais ressentir ce qu’est le handicap moteur en me promenant en fauteuil un jour ou deux. Cela ne les fait pas être dans notre tête ni avoir notre vie.

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    2. Et puis on n’existe pas pour servir de rôle « charismatique », de rôle de lâcher-prise, de blague ou d’inspiration aux NT. C’est justement le problème qu’ils nous considèrent ainsi.

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    3. Puis aussi désolé de couper les cheveux en quatre (côté autiste lol). Mais qu’est-ce que tu veux dire par « trop neurotypique dans la vie quotidienne » ? On est NT ou pas, c’est un fonctionnement du cerveau, c’est pas un mode de vie qu’on peut avoir à temps partiel

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  3. Ma réponse : le terme « neurotypique » me semble reposer sur une facilité statistique (pour désigner ceux qui ont un cerveau qui se trouve correspondre à ce que la majorité considère comme normal ; au fond, qui suis-je pour déterminer que tel ou tel serait, par rapport à moi, réellement « typique », c’est-à-dire totalement dépourvu de particularités neurologiques ou cognitives ?). Alors je préfère dire « alliste » et « allistique » (ce qui désigne un fonctionnement qui serait plus orienté vers le fait d’aller vers « l’autre » en général ; mais j’admets bien que ce terme reste extrêmement peu précis, puisqu’il repose sur mes propres intuitions, l’analyse de mon fonctionnement comme personne autiste) ou simplement « non-autiste ». En fait, je continue à apprendre beaucoup de personnes encore plus « divergentes » que moi-même. Concernant le terme de neuro-racisme, mon point de vue est que ce terme a tout à fait une cohérence d’un point de vue historique (voir la convergence réalisée entre les malades mentaux et les races dites « inférieures » dans le programme nazi Aktion T-4), et je pense aussi qu’il a, malheureusement, un présent, et probablement un avenir, dans la société ou nous vivons. Je serais prêt à en débattre, mais certes, pas en public. Voilà, euh, désolé pour la dissonance sémantique.

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    1. Le terme neurotypique (NT) n’est pas une facilité statistique. Une majorité statistique ne définit pas une norme sociale. Par exemple, le racisme en Afrique du Sud était dû à une minorité statistique.
      Cela devient une norme seulement si les dominants l’utilisent ainsi.
      En France, si un individu est neuroatypique (NA), il subira des discriminations qu’un NT ne vivra pas (ou très rarement) : harcèlement moral et/ou physique, refus de soin, éducation inadapté etc…
      Il faut bien comprendre que être NT ou NA ne se décide pas. C’est une identité socialement assignée.
      Votre idée d’allistique est uniquement basé sur l’individu sans prendre en compte le côté social d’une interaction.
      Je ne comprends pas votre PS. Je le répète le concept de normalité/anormalité (NT/NA) ne se choisit pas. L’idée d’un cours d’anormalité est assez absurde. Ou bien le but est d’aider l’autre à admettre sa différence et adapter sa vie à cela via des outils/comportements ?

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  4. PS : sans rire, je connais plusieurs non-autistes (« neurotypiques » si vous voulez) qui souffrent probablement de graves et profonds Troubles Allistiques (avec prétention de supériorité (troubles relationnels) enfermement idéologique (trouble du langage) et esprit corporatiste (intérêts restreints et répétitifs). Auxquels cas, je me porte volontaire pour leur donner des leçons d’Anormalité, et s’ils veulent me prendre comme compagnon au cours d’un jeu de rôle… on ne sait jamais…

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  5. Je veux dire que le concept de « neurotypie » (comme celui de « neuroatypie » d’ailleurs) à une réalité, certes, comme vous le soulignez, mais principalement sociale. Si l’on prend un point de vue qui se veut scientifique, comment définir la « neurotypie » ? Va-t-on le définir comme le fait d’être « non-autiste » ? Ou alors par rapport à d’autres spécificités ? Si oui lesquelles ? Y-a-t-il une limite réellement assignable (entre « neurotypique » et « neuroatypique »), avec tout ce qu’on a découvert récemment sur le développement du cerveau, des troubles de la personnalité, des déterminants génétiques ? Pour ma part, je regarde autour de moi, j’essaie de voir les différences de chacun (vous êtes libre de dire que je délire), je vois ici des dépressifs, ici des gens qui ont tel ou tel trouble, ici des gens qui se croient normaux et font tout pour se persuader qu’il vont le rester (un terme qu’il est aussi possible de rechercher : normopathie), et comme spécifié au-dessus, les personnes que je considère avoir des biais cognitifs allistes (au passage, ce n’est pas mon idée, c’est un terme, si ma mémoire est bonne, apparu dans le contexte du mouvement Neurodiversité).

    Sinon oui, Nasca, je suis d’accord que le cerveau autiste dans sa spécificité, selon les découvertes récentes, est déjà formé à la naissance, qu’il y a une unité dans la manière autiste de percevoir le monde. Reste qu’il m’est difficile d’utiliser le terme « neurotypique » uniquement pour qualifier un individu. Par exemple, je connais des gens qui ne sont absolument pas autistes, et résolument pas neurotypiques non plus…

    Je suis sur ce point comme Donna Williams qui, selon le mot de son époux, ne voyait personne comme « typique ».

    Concernant l’idée d’apprendre l’Anormalité, on est libre de trouver cela absurde, pour ma part je me réfère par exemple à la chanteuse Sia Furler qui s’était fait virer du cours de danse à l’âge de 5 ans (décidément trop strange) et qui à présent produit des clips mettant en scène de la danse moderne contemporaine, avec force mouvements « bizarres » (pieds utilisés comme téléphone etc), avec l’idée que les enfants, en voyant cela soient inspirés à mettre plus de bizarre (« weird ») dans leur vie. … J’ai dans l’idée que l’expression de la créativité, comme de ce que d’aucuns nommeraient la folie (si on est d’accord pour ne pas totalement bannir ce terme tout de suite, même si, quand il désigne des gens en souffrance, peut -être extrêmement déshumanisant), peut être une alternative au fait de développer, par exemple, des troubles de la personnalité, addictions à l’alcool ou drogues…

    Enfin. Veuillez m’excuser ! J’ai grandi dans un contexte ou je n’ai jamais vu, de près ou de loin, de personne réellement « normale » (quoique ce terme signifie) ou même psychologiquement stable… Peut-être que d’avoir des cours d’Anormalité, dans mon enfance, en effet, m’aurait aidé à m’accepter psychologiquement dans l’idée d’être déviant, pas forcément aux normes, pas forcément calibré comme il faut.

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