Militantisme·Psychophobie·Véganisme

Les comparaisons animaux/personnes marginalisées sont toujours problématiques par essence

(Avertissement : je mentionne des insultes à nom d’animal contre toutes les minorités).

Avant d’expliquer pourquoi ces comparaisons sont problématiques, je vais commencer par rappeler autre chose : elles ne sont pas utiles.

On peut tout à fait dénoncer l’exploitation animale, simplement en la montrant pour ce qu’elle est. Les situations sont suffisamment horribles pour se « suffire » à elles-mêmes comme argument.

Au passage, « montrer » ne veut pas dire asperger les passants de sang dans la rue, faire des campagnes-choc traumatisantes qu’on impose au public… Merci. Il y a d’autres manières, qui sont en plus, plus efficaces.

Il n’y a pas fondamentalement besoin de faire référence (de quelque manière que ce soit) aux oppressions humaines, donc. Et, en plus, c’est humainement et politiquement nul de le faire. Pourquoi ?

L’animalisation des personnes marginalisées et dominées

Les personnes autistes sont régulièrement comparées à des « animaux sauvages » (de manière explicite ou implicite). Le lien ? On perçoit les autistes comme incapables de vivre pleinement en société, individualistes, dénués d’empathie…

Il y a aussi toute la thématique de « l’autisme chez les rats ».

Les personnes homo et bi sont comparées depuis longtemps à des animaux « incapables de réfréner leurs pulsions sexuelles », qui couchent avec n’importe qui n’importe où n’importe comment, et on a longtemps appelé les relations homo de la bestialité.

Les personnes grosses sont comparées (par « humour ») à des « baleines » ou des « thons », surtout les femmes.

Les pauvres « grouillent » dans les rues surpeuplées, s’entassent « comme des animaux », on les accuse de se « reproduire comme des lapins »…

Et on retrouve ça partout dans le colonialisme et le racisme (Vietnamiens comparés à des termites, Irakiens à des cafards, Juifs à des rats, Chinois à des fourmis ou des frelons asiatiques, Algériens à des renards, Femmes Noires à des antilopes, gazelles, lionnes, Noirs comparés à des singes, etc).

A chaque fois, le but est évidemment de déshumaniser ces groupes, d’en faire une masse informe et de les rendre interchangeables, de nier leur intelligence, leur capacité à ressentir et à souffrir, la valeur de leur vie, etc. Et de justifier des traitements inhumains (stérilisation, lobotomie, traitements chimiques non-consentis, meurtre, etc).

En plus, cette animalisation s’insère dans une déshumanisation plus large. Pour parler de ce qui me concerne, les autistes, en plus d’être comparés à des animaux sauvages, sont toujours représentés (de manière implicite) au cinéma comme des robots, des cyborgs, des extraterrestres…

Et pendant des siècles, les enfants autistes (entre autres) étaient considérés comme des changelins. C’est à dire, de « faux enfants » crées par des fées, qui auraient volé les véritables enfants. Sans oublier les accusations de sorcellerie et de possession démoniaque.

Animaux, surnaturel, extraterrestres, robots… en tout cas, toujours quelque chose de non-humain.

C’est pour cette raison, que ça peut être si violent pour des personnes marginalisées de voir et d’entendre la moindre comparaison avec les animaux. Même une comparaison subtile, indirecte, ou pour « la bonne cause ».

Je sais qu’il y en a que ça ne dérange pas (ou qui le font elles-mêmes), mais ça ne vous autorise pas à le faire. Comme je disais dans un autre article, si vous êtes dans le bus, et que quelqu’un a froid, vous fermez la fenêtre même si d’autres n’ont pas froid. Dans ce cas, c’est pareil, le fait est que ça dérange et blesse une grande partie des personnes marginalisées (même si pas la totalité), et ça devrait suffire à arrêter de le faire. Sans discuter.

Par ailleurs, le fait que des personnes concernées le fassent pour elles-mêmes n’autorisent pas à faire pareil. De même, les personnes neuroatypiques sont totalement légitimes à faire des blagues sur l’autisme ou la folie, à s’auto-définir comme des fous, des malades, des débiles, des intellos, des personnalités difficiles, des gros autistes… si elles le souhaitent. Cela n’autorise pas les NT à utiliser des insultes et blagues psychophobes. Et pareil pour les comparaisons animales.

En outre, arrêtez d’utiliser le fait que des personnes concernées « soient d’accord avec vous » ou « le fassent aussi » comme caution contre d’autres personnes concernées, qui elles sont dérangées par une comparaison avec les animaux. Les personnes concernées (y compris d’accord avec vous) ne sont pas votre caution. Merci.

D’ailleurs, pourquoi vous (les personnes privilégiées qui font ça) tenez tant à ces comparaisons, tout en sachant qu’elles sont blessantes ET inutiles ? Posez-vous la question.

Les différences objectives (et importantes) entre exploitation animale et oppressions humaines

Les antispécistes veulent toujours intégrer l’exploitation animale dans la « pyramide des oppressions ». Déjà, je suis sceptique sur l’idée de regrouper toutes les oppressions humaines ensemble dans une pyramide ou un grand tout (mais c’est un autre sujet). Et quand bien même, l’exploitation animale est à part. Puisque les humains ne la vivent pas, et à l’inverse, les animaux ne vivent pas de sexisme, de classisme, de validisme, de croisements d’oppressions (entre validisme et racisme, etc).

Finalement la plus grande différence c’est que les animaux ne font pas partie de nos sociétés. Du coup on ne peut pas atteindre une « égalité des espèces », du moins pas de manière comparable à l’égalité entre, par exemple, les hétéros et les autres (qui elle peut être atteinte).

La manière de le vivre et d’y réagir ne peut pas être la même

Les espèces animales étant toutes psychologiquement et neurologiquement (et sociologiquement, pour celles qui fonctionnent en sociétés) différentes entre elles, le vécu et les réponses ne peuvent pas être les mêmes.

Ainsi, des animaux peuvent d’une certaine manière « intérioriser » leur place inférieure, en se soumettant au dressage / éducation, en ne cherchant pas à s’échapper…

Cependant, c’est tout de même très différent de la manière dont les humains intériorisent leurs oppressions.

Et que les humains intériorisent leur place dominée ou non, ils construisent leur identité par rapport aux structures de domination (de manière conforme ou opposée à elles). Identité nationale, ethnique, de ville, de quartier, d’entreprise, conscience de classe, identité de genre, etc. Ce que les animaux ne font pas (ou pas du tout de la même manière).

Ensuite, les oppressions humaines fonctionnent principalement grâce à des chaînes sociales, économiques et psychologiques, à l’intériorisation de leur rôle par des opprimés. Elles font aussi collaborer des personnes dominées à l’oppression de leurs propres groupes (ou de groupes encore plus bas dans l’échelle).

Ce n’est pas le cas de l’exploitation animale, qui passe par la mise en cage littérale des animaux d’élevage.

Les animaux résistent certes à leur manière (s’échapper, se battre, grogner…) mais ne sont pas capables d’avoir une action politique organisée.

Enfin, les animaux ne vont pas comprendre le sens des « insultes spécistes » (c’est pour ça que ce concept n’a aucun sens pour moi). Ils ne vont pas être blessés quand les humains se traitent entre eux de noms d’animaux (langue de vipère, mouton, perroquet, coq…) et ne comprendront pas la référence.

Ce qui pourra blesser des animaux, ce serait de leur gueuler dessus, en les regardant méchamment, de les frapper… évidemment. Mais ça n’a rien à voir avec le choix des mots.

Du coup, les insultes « spécistes » n’ont pas du tout le même effet sur les animaux que, par exemple, les insultes psychophobes ont sur les personnes neuroatypiques. De plus, elles n’ont pas la même fonction sociale. Une insulte psychophobe n’est pas juste une insulte, elle sert à véhiculer des injonctions et des clichés à l’égard des personnes neuroatypiques, à les humilier, à les décrédibiliser, à leur rappeler leur statut « Autre » dans la société, etc. Même quand elles ne sont pas adressées directement et explicitement à une personne NA, elles sont blessantes et excluantes pour les personnes NA.

L’exploitation animale peut être nécessaire (dans certains cas)

Je crois, personnellement, que la vie humaine doit passer en priorité. Autrement dit : si ce n’est pas nécessaire pour la survie d’humains, il n’est pas justifié de tuer ou exploiter des animaux. Mais si c’est nécessaire dans ces buts, alors c’est justifié. Je sais que cette position ne fait pas l’unanimité, et je sais que c’est du « Human First », j’assume.

Les personnes qui ont faim peuvent être amenées à tuer des animaux pour les manger, et c’est normal. Et cela arrive toujours aujourd’hui, en Occident comme ailleurs. Oui, même en Occident, des personnes doivent tuer et cuisiner des petits animaux pour pouvoir manger à cause de la misère. De même, les gens n’ont pas le choix en cas de famine.

Exploiter les animaux pour le travail agricole et le transport est une nécessité aussi lorsque l’électricité n’est pas accessible. Cela fut nécessaire en Europe de l’ouest jusqu’au 20ème siècle (inclus), et le redeviendra en cas d’effondrement de notre système de production d’énergie actuel.

Enfin, l’expérimentation animale (pour les médicaments) est de moins en moins nécessaire aujourd’hui… parce qu’on a développé de nouvelles méthodes (expériences informatiques, in vitro et in vivo). Autrement dit, ne pas faire d’expérience sur les animaux est désormais un luxe que nous pouvons nous permettre, mais ça n’a pas toujours forcément été le cas.

Et personnellement, entre sauver des animaux de test et des malades humains (si ce choix se présente ainsi), je choisirais toujours sans hésiter les malades humains.

Il existe d’autres situations où l’exploitation des animaux est nécessaire : chiens d’aveugle, chiens de sauvetage, chiens démineurs… Même si la technologie robotique permettra peut-être de s’en passer.

Tous ces exemples prouvent que l’exploitation animale PEUT être nécessaire.

En revanche, la psychophobie, le validisme, l’homophobie, le racisme, le sexisme… n’ont jamais été nécessaires à la survie des groupes dominants et privilégiés. A leur confort sur certains aspects oui, leur survie non.

La différence entre l’animalisme et les luttes humaines

Les mouvements de justice sociale humains sont crées et portés par des personnes concernées (même si il y a des personnes dominantes qui usurpent les causes des autres).

Le mouvement de libération animale n’est pas, lui, porté par les concernés (animaux) mais par des dominants (humains).

C’est ce qui explique en grande partie les problèmes de ce mouvement d’ailleurs.

Et comparer ou relier le mouvement animaliste aux autres renforce quelque part l’idée que (comme les animaux), les personnes marginalisées auraient besoin de sauveurs, de protecteurs… Ce qui n’est pas le cas.

En conclusion, vouloir relier ou comparer les deux est inutile et casse-gueule au mieux.

Et j’inclus ici ce qui est implicite. L’utilisation du concept de spécisme, d’antispécisme, d’insulte spéciste et de privilège humain, concepts directement transposés des luttes humaines. L’injonction aux milieux militants marginalisés pour « inclure la cause animale » dans leur lutte. Le fait d’inclure le spécisme dans la liste des oppressions avec le validisme, le racisme…

Honnêtement en tant que personne marginalisée je trouve ça malaisant et même carrément insultant.

4 réflexions au sujet de « Les comparaisons animaux/personnes marginalisées sont toujours problématiques par essence »

  1. 2 choses :

    1 : Juste pour le dire, mais stop avec ça : « Manger végan permet de soigner la Bipolarité… »
    Cette argument est faux, totalement invalide. Vraiment, merci d’arrêter.

    2 : Cela ne me dérangerai pas DU TOUT, de devenir un robot. (Style transhumanisme)
    Les problèmes lié aux animaux serait réglé… (Bon, on devra trouvé de l’énergie autrement et cela pourrait avoir d’autres répercutions, mais bref…)

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  2. Scoop pour toi, Veganese, les gens considères comme inférieur tout ce qui n’est pas utile à la société et son prêt à tuer leur prochain si cela permet à une population considéré comme meilleur et plus utile en leur volant leurs organes…

    Alors leur parler de mettre les autres animaux d’une autre espèce comme égale au statut de celui d’un être humain ? ça va être difficile…

    Tu ne me crois pas ? renseigne-toi sur Nietzsche, l’utilitarisme et l’eugénisme ! tu vas voir, la « morale », c’est leur dernier souci…

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  3. Tuer un animal pour le manger, c’est considéré comme un sacrifice dans plusieurs endroits du globe. En occident, trop souvent, les animaux d’élevage c’est considéré comme une ressource comme une autre. Qui dit ressource dit exploitation, nécessairement. Qui chapeaute tout cela? L’industrialisme. Ou plutôt, son porte-parole éhonté, le capitalisme. Temple Grandin en a plus fait pour le bien-être des animaux que plusieurs revendicateurs à la vertu douteuse. Autrefois, il y avait une prière avant le repas. Il y avait du respect pour la vie enlevée. Aujourd’hui, le capital humain de nos belles sociétés se croit permis de gaspiller la nourriture, de commander de gros repas qu’ils ne mangent même pas à moitié. Ces fameux humains qui sont dominants et privilégiés, hé bien, ils ne le sont peut-être pas tant que ça. Les animaux en captivité, ce n’est pas tout le temps beau à voir. Je ne vois pas tant de différences que cela, entre les humains et les animaux. Humans First, peut-être, mais sur l’arche de Noé, il n’y avait pas tant d’humains que ça. 🙂

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