Autisme·Psychophobie·TCA

Que faire si votre enfant est concerné par le TAS et/ou la néophobie ?

Dans l’article précédent sur le TAS (trouble de l’alimentation sélective) et la néophobie, j’ai abordé tout ce qu’il fallait ne pas faire. Je vais tout de même revenir sur un point. Surtout, ne forcez pas votre enfant à manger quelque chose. Jamais, JAMAIS.

Et ne forcez pas non plus votre enfant à rester dans une pièce avec une odeur qui l’incommode, ou à cuisiner des aliments qui le dégoûtent.

Que faut-il faire du coup ? Je ne prétends pas avoir la science infuse, ce que je propose ici, ce sont juste des pistes.

A propos de l’alimentation à la maison

1 ) Accepter que votre enfant aura peut-être une alimentation plus restreinte que « la plupart des gens », et qu’il aura peut-être toujours des difficultés.

De toute façon, c’est un fait. Autant l’accepter.

Et cela peut paraître paradoxal. Mais si vous acceptez ce fait et que vous ne partez pas sur des attentes démesurées, vous vous mettrez moins la pression, vous mettrez moins la pression à votre enfant et… il arrivera à manger plus de choses.

En gros, plus vous voulez « très fort » que votre enfant mange de tout, moins vous y arriverez.

2 ) Donner des informations précises à votre enfant sur les aliments. L’inviter, éventuellement, à lire les étiquettes et lui expliquer les mots qu’il ne comprend pas.

C’est plus facile de ne pas avoir peur d’un aliment, si on sait ce que c’est en détail.

3 ) Faire participer votre enfant aux courses et à la cuisine, sans le forcer. Préférer l’incitation (par exemple, « si tu m’aides à cuisiner, tu pourras manger tel plat que tu aimes »).

4 ) Et parlez de diététique et de santé avec votre enfant. Cela implique de vous renseigner un minimum. Parlez-en de manière sérieuse. Autrement dit, si vous ne savez pas, dites « je ne sais pas, je vais me renseigner » ou « je ne sais pas, tu peux te renseigner à [telle source] ». Ne dites pas n’importe quoi pour avoir l’air de savoir.

5 ) Quand vous vous renseignez, privilégiez les sources scientifiques. Ne lisez pas des sources produites par des amateurs, des charlatans, des sectes, des gens qui veulent promouvoir le véganisme par des infos incorrectes (il y en a…). Lisez des professionnels. Et si c’est possible pour vous, n’hésitez pas à aller voir des bases de données médicales, ou demandez à des professionnels de confiance quand vous avez l’occasion.

Cela ne veut pas dire que les scientifiques sont forcément indépendants (l’influence des lobbies existe), objectifs, ou ont forcément raison. Mais il vaut mieux lire diverses sources scientifiques, plutôt que des textes de charlatans.

Cela implique aussi de ne pas se contenter de regarder juste ce qu’il y a sur la première page de Google (même si c’est n’importe quoi) sans creuser plus.

6 ) Ensuite, il est tout à fait possible d’amener votre enfant à voir des articles, vidéos, ou même livres (si il aime lire) sur la diététique. Ainsi, votre enfant prendra lui-même conscience du besoin d’une alimentation équilibrée, des risques d’une mauvaise alimentation. Et il se l’appropriera au lieu de le vivre comme une injonction autoritaire et externe.

7 ) Attention. Parler de santé ne veut pas dire dramatiser. Il y a une différence entre partager l’information (de manière factuelle) que « manger trop de tel aliment augmente les risques de telle maladie, on peut l’éviter de telle manière », et dramatiser en mode « Ohlalala tu vas avoir le cancer c’est horriiiiiiiiiiible ».

8 ) Ne pas changer la présentation d’un aliment. En effet, quand le cerveau voit un aliment (même familier) présenté différemment, il l’interprète comme « un nouvel aliment ».

9 ) Goûter vous-mêmes de nouveaux aliments, et parler de ce que vous aimez ou non avec vos enfants.

10 ) Féliciter l’enfant qui fait un effort pour goûter quelque chose de nouveau.

Et, si par exemple votre enfant ne peut pas manger de produits laitiers et d’oeufs, plutôt que d’insister sur ces produits-là, vous pouvez diversifier avec les produits qu’il PEUT manger. Il existe des dizaines de légumes et de fruits, qu’on peut combiner pour faire des centaines de plats (d’autant plus quand on rajoute les épices, le thym, le romarin…).

Dans beaucoup de cas, un enfant (ou un adulte) concerné par le TAS peut tout à fait avoir une alimentation variée et équilibrée (et prendre plaisir à manger), avec des aliments qui ne posent pas problème.

Par rapport à l’école

Une personne (sur facebook) m’a parlé du problème des repas à l’école et pendant les sorties scolaires, pour les enfants concernés par le TAS et/ou la néophobie. 

Alors, il n’y a pas forcément de solution réellement satisfaisante. Tout dépend de quels aliments posent problème, et de l’école. Quelques idées cependant. D’abord, parlez-en à votre enfant, et demandez lui ce qu’il préfère. Par exemple, votre enfant préfère t-il aller à la cantine (avec ses amis) ou l’éviter ? Si votre enfant ne supporte pas l’idée des repas scolaires, alors… 

1 ) Dans la mesure du possible, éviter la cantine. Et préférer les paniers-repas. 

2 ) Dire à l’école « mon enfant a un problème de santé ». Si possible, obtenir un certificat médical disant « L’enfant ne peut pas manger [tels aliments] ». 

Et dans le dialogue avec l’école, éviter de rentrer dans les détails. Malheureusement, la plupart des gens ne prennent pas les TCA et les troubles psy au sérieux. Ils pensent que c’est un caprice (encore plus pour les enfants). Donc, autant laisser penser que c’est un problème de santé physique.

3 ) Insister sur le fait que « mon enfant ne peut pas manger [tels aliments] », « ce n’est pas possible« , « ça le rend malade »… Ne pas en faire quelque chose d’ouvert à la discussion ou au débat.

4 ) Pour les sorties scolaires, si possible, panier-repas.

Et ailleurs ? 

Je pense ici aux repas au restaurant, en voyage, en famille… bref, hors de la maison. Le principe reste le même. Insister sur le fait que votre enfant ne peut pas manger « de tout ». Ce n’est pas un choix. C’est un fait qui ne dépend pas de votre volonté ou de la sienne, et qui n’est pas négociable. Si des gens râlent, accusent votre enfant de caprices ou d’impolitesse, évidemment, soyez de son côté sans réserve. 

La vie privée de votre enfant

Il peut être pertinent de dire aux gens que votre enfant a des soucis alimentaires, par rapport au repas. Mais ne racontez pas les détails aux gens sans l’accord de votre enfant. Que ce soit le détail des difficultés quotidiennes, le diagnostic exact… Qu’on soit enfant ou adulte, quand on a des TCA, on ne souhaite pas forcément que n’importe qui soit au courant des détails

4 réflexions au sujet de « Que faire si votre enfant est concerné par le TAS et/ou la néophobie ? »

  1. J’aurai aimé que mes parents aient connaissance de cette liste. Au bout de quelques années, ils ont arrêté de me forcer, mais ont continué à me culpabiliser, à me faire passer pour « la gamine difficile ».
    maintenant « la gamine difficile » mangent beaucoup de choses (sauf les fruits, ça ça reste au dessus de mes forces, j’en ai des frissons..)

    Aimé par 1 personne

  2. Je vous remercie beaucoup pour cet article et le précédent. Je suis maman de 3 garçons qui mangent de tout et d’une jeune fille que nous avons toujours considéré comme « difficile ». En fait je comprends en lisant votre article, qu’elle a un TAS. Je regrette l’attitude que j’ai eue, par ignorance. Maintenant je vais faire autrement. Merci, merci pour elle et pour nous !

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  3. Je me suis reconnue dans tout ce que vous avez écrit dans cet article. Quand j’avais 10 ans, ma mère est tombée dessus et m’a fait comprendre que je n’étais pas la seule à avoir ce problème. J’ai ressenti une grande liberation. Pendant toute ma primaire, je n’ai fait que manger du pain et de l’eau à la cantine. Les surveillant m’obligeaient à rester alors que tout le monde était parti pour essayer de m’obliger à manger, mais jamais ils n’ont réussi. Après pleurs et angoisses, le directeur a fini par en parler à mes parents et m’a assigné une dame qui elle aussi essayait de me faire manger des aliments « interdits ». À cause de cette inquiétude qu’a provoqué la simple idée d’aller manger, j’ai fait une crise. Grâce à cet arricle, j’ai pu comprendre ainsi que mon entourage que c’était un « vrai » problème et pas un caprice. J’ai aujourd’hui 14 ans et j’ai un panier-repas pour la cantine. Bien entendu certaines personnes ne comprennent toujours pas mais bon, ce n’est pas mon problème. Je ne mange ni fruits, ni légumes, ni produits laitiers (mis à part le lait de vache frais), ni sauces, ni… en fait il serait plus simple de dire ce que je peux manger, ça serait plus court. Mais je m’inquiète pour ma santé dans l’avenir. J’ai l’impression de manger toujours la même chose ( ce n’est pas exagéré) (la même soupe tout les soirs, la même compote de pomme et de la même marque à tous les repas, etc.

    Néanmoins, je ne pourrais jamais assez vous remercier ! Maintenant, je ne stresse plus autant à l’idée de manger. Mais j’ai encore du mal avec les restaurants. Heureusement, j’ai des parents formidables qui m’aident de leur mieux. Merci encore.

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  4. Bonjour,
    J’ai 19ans et je découvre pour la première fois ce trouble. Je l’ai toujours eu, mais je n’y ai jamais fais attention. J’ai été amené à faire des recherches là dessus parce que je vois une diététicienne, j’ai découvert cette année que j’avais le SPOK, et on dirait que ça aussi en plus !
    Je ne sais pas trop comment gérer la chose, ma mère (ou autre membre de ma famille) me forçait parfois à manger des choses jeunes, mais comme je vomissais systématiquement ce que j’avais ingéré, ma mère a commencé à dire à ma famille de ne pas me forcer (sûrement pour ne pas avoir à passer encore une nuit blanche avec moi). J’ai donc vécu une bonne partie de ma vie sans me soucier de ça, et en évitant les aliments que ne plaisait pas, soit à cause du goût, de l’odeur, de la texture, qu’importe, c’est juste une sélection que j’ai commencé à faire inconsciemment et qui a continué jusqu’à ici.
    Ces informations qui m’ont permis de voir que j’avais ce trouble, ne me semblait pas importante, je ne les ai donc pas communiqué à ma diététicienne. Je veux dire, qui s’en fous que je trouve pas les cacahouètes immangeable mais que j’aime pas leur texture ? Donc je n’ai rien dis, mais elle m’a confronté à un fait à mon dernier rendez-vous avec elle (qui était justement hier), je stagne. Mais, pourquoi ? Ni elle, ni moi ne savions. Je lui ai brièvement parlé du fait que les odeurs et certains aliments me dégoûtent, et elle m’a conseillé de voir un psy, que je vois la semaine prochaine. Je verrais comment cela avancera, mais en tout cas, cet article et celui qui explique le trouble m’ont beaucoup aidé pour savoir un peu plus ou me situer, merci !

    Bien à vous,
    Prooute.

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