Autisme·Homo/bi/pansexualité·Psychophobie·Spectre de l'aromantisme·Spectre de l'asexualité

Gay ? Bi ? Aromantique ? Pan ? Asexuel ?

J’ai regardé cette excellente vidéo de H Paradoxae. La vidéo parle de plusieurs sujets. Le plus important, c’est que les identités (orientation sexuelle et romantique, genre…) ne sont pas nécessairement figées, qu’elles peuvent évoluer. Que chez certaines personnes, cela change. Et que ce n’est pas grave, ça fait partie de la vie, c’est légitime. 

Par exemple, si une personne est bi entre 14 et 24 ans, et qu’ensuite elle devient hétéro (parce que son orientation a changé), ça ne veut pas dire qu’elle a « toujours été hétéro » et que ce qui s’est passé avant n’avait aucune valeur. Et ça veut encore moins dire que le fait d’être bi serait (pour toute personne bi) « une phase » sans valeur. 

Un exemple télévisuel. Dans Buffy (attention, spoilers en blanc). 

Le personnage de Willow, toute sa vie jusqu’à 19 ans, est hétéro. Elle est attirée par des garçons, fantasme sur des garçons, elle est amoureuse de Xander puis d’Oz (avec qui elle sort). Ensuite, Willow rencontre Tara, et en tombe profondément amoureuse.

A partir de ce moment, Willow se définira constamment comme lesbienne. Et en effet, elle n’est plus attirée que par des filles (notamment Kennedy), elle a cessé d’être attirée par les garçons. Anya (la petite amie de Xander) se méfie de Willow, par jalousie. Willow lui répond « Je suis lesbienne maintenant« , sous-entendu qu’elle n’est plus attirée par des garçons.

Bref, l’orientation de Willow a changé. Avant elle était hétéro, et maintenant elle est lesbienne, c’est aussi simple que ça. Et ça n’invalide pas non plus le fait qu’elle ait été attirée par des garçons avant. 

La vidéo de H Paradoxae nous explique, de manière très pédagogique, que c’est normal si notre genre ou orientation change. La majorité des gens ont la même orientation sexuelle et romantique, et la même identité de genre, toute leur vie. Mais pour certaines personnes ça évolue dans le temps.

La vidéo de H Paradoxae aborde aussi un autre sujet. Le fait de se questionner sur son identité, et de changer d’étiquette. C’est un peu différent du point précédent. En effet, on ne parle pas, par exemple, d’une personne dont l’orientation aurait réellement changé. On parle d’une personne qui a mis du temps à comprendre son orientation, à trouver le mot juste. Ou d’une personne qui n’a pas trouvé le mot juste, d’ailleurs, car on peut se questionner pendant des années voire toute sa vie, changer d’avis dix fois, ne jamais savoir… Et on a le droit, de changer d’avis, de ne pas savoir, de ne jamais savoir

Cet aspect me concerne personnellement. Avec le recul, je pense que j’ai toujours été bi (d’ailleurs quand j’ai réfléchi à mon orientation à 14 ans, spontanément j’ai pensé « Je suis bi »). Je pense que j’ai toujours été, aussi, sur le spectre asexuel et aromantique.

Mais j’ai mis du temps pour le comprendre, par manque d’informations justes (et d’informations tout court…) sur le sujet. 

Actuellement je me définis bi, la plupart du temps pour faire simple. Je corresponds aux définitions inclusive de la communauté militante bi (« personne attirée par plus d’un genre », « ni hétéro ni homo »). Je ne corresponds pas à la définition plus répandue dans le public (« personne attirée par les femmes et les hommes, si possible à 50-50 »).

Mais pas mal d’autres mots peuvent décrire mon orientation sexuelle et romantique en fait. Quoisexuel. Quoiromantique. Aromantique / spectre aro. Asexuel / spectre ace. Queer. Asexuel-fluide. Grey-asexuel. Grey-aromantique. Bon au quotidien je dis juste bi, je ne vais pas tout détailler auprès des gens que je rencontre. 

Par le passé, je me suis défini, dans l’ordre, bi. Puis gay (même si je sentais que ce n’était pas ça). Puis pansexuel et panromantique. Puis asexuel et aromantique. Et maintenant, bi sur le spectre ace et aro. 

Mon questionnement

A 15 ans je pressentais déjà être bi, et surtout ne pas être gay. Mais à l’époque je n’avais encore été attiré que par des garçons.

Par ailleurs, je ne connaissais pas bien la bisexualité (à part « attirance égale pour les femmes et les hommes »). Et je ne savais pas que l’orientation de certaines personnes changeait dans la vie (je pensais que c’était fixé de la naissance à la mort pour tout le monde), que l’orientation romantique et sexuelle ne correspondent pas toujours, ni que le spectre aromantique et asexuel existait.

Donc j’en ai conclu que je devais être simplement gay et que mon malaise venait de l’homophobie intériorisée. Que je « voulais être bi pour ne pas être gay ». Sauf que des années plus tard je constate que j’étais bien bi (entre autres).

En effet il n’y a pas besoin d’avoir déjà eu une attirance pour des personnes de plusieurs genres (et encore moins d’être sorti avec plusieurs genres) pour pouvoir se définir bi. Il suffit de savoir que ça peut arriver. Et moi à 15 ans, sans avoir eu d’attirance autre que pour des garçons, je ressentais déjà que je pouvais en avoir (d’autres attirances).

Le spectre de l’asexualité

J’ai du mal à différencier une attirance sexuelle et une attirance platonique, esthétique, câline… Et en général quand je me demande si j’ai envie de coucher avec quelqu’un la réponse honnête est « Je sais pas ». Quoisexuel.

Je n’ai que peu d’attirance sexuelle pour autrui (1). Rarement (2). Pour très peu de personnes (3). Et sous des conditions très spécifiques (4) qui dépendent de la personne (elle doit être proche et de confiance, ne pas être neurotypique…), de mon état mental et physique et du moment.
Je suis donc Grey-asexuel aux quatre sens possibles du terme.

En pratique j’ai la plupart du temps le même vécu qu’une personne asexuelle mais avec une attirance une fois de temps en temps (fréquence pouvant être inférieure à une fois tous les deux ans).

J’ai des fantasmes sexuels qui m’excitent sur diverses personnes, et une libido. Mais chez moi le fantasme relève de l’imaginaire. Et du coup les rares personnes qui m’ont réellement sexuellement attiré ne m’ont jamais fait fantasmer quand elles n’étaient pas là. Inversement, les personnes sur qui je fantasme, cela ne veut pas dire que j’ai réellement envie avec elles.

Point important : une personne asexuelle peut avoir une libido « normale » voire importante. Elle peut avoir des rêves érotiques. Des fantasmes. Aimer le porno ou les récits érotiques. Se masturber. Ou pas, elle peut aussi être entièrement détachée de la sexualité. En tout cas, ce qui fait que la personne est asexuelle c’est qu’elle n’a pas de désir pour d’autres personnes.

Avoir de la libido et des fantasmes sans avoir de désir pour autrui, sans avoir envie de coucher avec, ce n’est pas contradictoire.

Moi j’ai mis du temps à comprendre que je suis sur le spectre ace, car j’ai des fantasmes, une libido.
Que j’ai souvent des attirances « coup de cœur » pour des personnes proches (envie de voir tout le temps la personne, admiration pour son physique et sa personnalité…) qui peuvent ressembler apparemment à du désir sexuel, sans en être.

Pourtant je suis bien sur le spectre ace, car j’ai très peu de désir, peu souvent et dans des circonstances spécifiques. Et 99% du temps je n’en ai pas.

Le spectre de l’aromantisme :

J’ai (aussi) du mal à clairement différencier l’attirance romantique et les attirances platonique, amicale, esthétique…
Autant au niveau du concept théorique (c’est quoi l’amour romantique ? quelle différence avec l’amitié ?) que pour identifier concrètement mes propres attirances.
Quoiromantique.

Je n’ai eu d’attirance clairement romantique que deux fois dans ma vie (il y a des années) Clairement romantique car il y avait l’envie d’être en couple, sortir avec, de partager des gestes romantiques (pouvoir dire « c’est mon copain » à mes proches, repas romantiques, mots d’amour…).

C’est très, très rare voire inexistant chez moi l’amour romantique. En plus quand c’est arrivé c’était des circonstances et personnes très spécifiques. Cela m’est arrivé dans des périodes de dépression, d’anxiété, de troubles alimentaires, d’isolement… et sur des personnes qui représentaient une leur d’espoir et de bonheur. Cela m’est arrivé, aussi, quand j’étais ado. Cela ne m’est jamais arrivé autrement. 

A côté de ça, j’ai régulièrement des coups de coeur sur des amis. J’ai tout le temps envie de les voir, ils me manquent, j’admire leur beauté et leur personnalité, etc.
Mais ce n’est pas de l’amour romantique. Cela ne va pas avec l’envie « d’être en couple » et tout ce qui tourne autour.

Étrangement il m’arrive d’avoir des fantasmes romantiques. Je vais par exemple m’imaginer « Si je sortais avec un garçon » ou « Si je sortais avec un couple hétéro ». Et avec ces personnes imaginaires, je me projette dans des situations romantiques. Dîner aux chandelles. Fiançailles. Présentation à la famille. Etc.
Mais ces fantasmes ne se traduisent pas par de l’amour romantique pour des personnes réelles. Cela relève de l’imaginaire.

Pour tout résumer.
J’ai une libido et des fantasmes sexuels. Par ailleurs j’ai des fantasmes romantiques (les deux types de fantasmes n’étant pas spécialement liés). Cependant ces fantasmes ne traduisent pas d’attirance et de désir romantique ou sexuel réels. 

Le désir d’avoir des relations sexuelles avec autrui est faible, rare, et dans des circonstances et pour des personnes très spécifiques. Le désir d’avoir des relations romantiques est rarissime.

A côté de ça j’ai souvent des attirances (câlines ? amicales ? esthétiques ?) très fortes pour des amis.
Un peu comme si j’étais attiré par plein de gens et par personne à la fois.

PolyA, ace et aro ?!?

Je suis polyamoureux car je suis susceptible d’avoir des désirs et relations multiples. Et ce même si, par ailleurs, j’ai peu de désir sexuel et encore moins romantique.

Ce n’est pas un paradoxe (sauf si on part de l’idée que les poly ont forcément plein d’attirances et de relations tout le temps, généralité simpliste).

Je suis bi

Mes attirances, fantasmes et désirs (romantiques, sexuels et autres) vont vers des garçons, des couples hétéros (les deux personnes ensemble) et parfois des personnes non-binaires.

J’ai clairement réalisé que j’étais bi après un crush sur un couple hétéro. Et avec le recul, j’avais déjà eu des crushs sur des couples hétéros, mais je ne savais pas que c’était possible à l’époque. Donc je n’avais pas vraiment compris ce que je ressentais. 

Le « contexte hétéro » me repousse

Jusqu’à il y a quelques années je ne connaissais que le modèle classique (cis binaire) des relations. Amitié « sans plus » / plan cul / couple exclusif. Homo / hétéro. Relations hétéronormées (centrées sur la pénétration notamment).

Dans ce modèle je ne pouvais me projeter que dans une relation gay avec un garçon (cis). En effet d’une part je ne suis pas du tout attiré par le sexe « pénis dans vagin ».

D’autre part, l’idée d’être dans une « relation hétéro », ou qui y ressemble ou perçue comme telle, me dérange très profondément. Les attentes et le rôle social qui vont avec aussi. Donc je peux difficilement me projeter dans une relation à deux avec une femme.

Cependant depuis j’ai découvert que toute relation intime n’est pas sexuelle. Toute relation sexuelle n’implique pas pénétration. Les relations ne sont pas forcément exclusives ou à deux. Je peux être attiré par des couples hétéro et des personnes non binaires.

Comment tout ça s’articule en pratique

Au collège/lycée j’avais beaucoup de fantasmes sexuels sur des garçons. Avec le recul je ne sais pas si j’étais réellement attiré ou si c’était juste un fantasme (à l’époque j’ignorais que certaines personnes asexuelles ont des fantasmes sans désir de les réaliser).

Probablement un fantasme car ils étaient tous valides et neurotypiques. Je m’ennuyais parmi eux, je n’étais pas à l’aise avec eux et je n’aimais pas leur comportement social (individuel comme en groupe). Je n’avais d’attirance ni romantique ni amicale. Je ne me serais pas vu partager des câlins, du soutien, de la tendresse… avec eux. On n’avait rien à échanger.

Bref, si je m’étais retrouvé dans un lit avec l’un d’eux j’aurais probablement juste été très mal à l’aise (et je le savais). Et au quotidien je n’étais pas excité par eux.

Mais comme j’ai dit, mes fantasmes relèvent de l’imaginaire et non de la réalité.

A l’époque j’ai conclu que je devais être gay (« tu fantasmes sur des garçons donc tu es gay »). Même si je sentais vaguement que non.

Je suis sorti avec un ami d’ami qui m’a abordé. Je n’avais pas spécialement de désir (romantique, sexuel ou autre) pour lui. Mais je me disais qu’il fallait bien saisir cette « chance » car sinon personne ne s’intéresserait (romantiquement et sexuellement) à moi. D’ailleurs c’était un narcissique (abusif…).

J’ai eu un coup de foudre romantique (sans désir sexuel) pour un ami à 17 ans. Dans une période d’isolement social, de manque d’estime de moi, de dépendance affective, de dépression, de troubles alimentaires… Bref, il a suffi qu’une personne m’accepte et passé du temps avec moi (amicalement) pour que j’aie un coup de foudre romantique. Ça ne m’est plus jamais arrivé depuis.

Avant le Bac, j’ai été abordé dans la rue par un homme qui m’a fait des avances. Et là encore j’ai accepté sans désir et pour de mauvaises raisons (« il FAUT que j’aie des relations, et si je saisis pas les rares opportunités personne ne voudra de moi »). Et là aussi il y a eu abus. 

Depuis que j’ai pris conscience de ma vraie orientation et de mes atypies, et que j’ai changé de fréquentations, les choses ont changé.

J’ai toujours très peu de désir sexuel. Et j’en ai eu pour deux personnes particulièrement proches avec qui j’ai eu des relation intimes (pendant la même année), puis c’est retombé à zéro. Là par exemple j’ai passé deux ans sans aucun désir sexuel.
Je n’ai toujours pas de désir romantique.

Par contre j’ai sans arrêt des « coups de cœur » pour des amis. C’est pas sexuel ni romantique (enfin je crois pas) mais c’est plus que « juste » de l’amitié. Ça se traduit par une envie de me rapprocher fortement, de les voir tout le temps, se faire des câlins, se tenir la main…

Par ailleurs j’ai une relation QPR (queerplatonique ou quasi-platonique) avec un ami depuis des années. On n’est pas en couple. On a eu des relations sexuelles il y a quelques années et on se l’autorise mais ce n’est pas central. On se fait beaucoup de câlins. 

Mes atypies et mon orientation 

Mes atypies jouent à plusieurs niveaux.

1) En phase d’anxiété et dépression, je suis susceptible de développer de l’amour et du désir romantique (pour une personne représentant un rayon de soleil dans le mauvais temps). Surtout pour le pire d’ailleurs.

Quand j’ai eu un coup de foudre romantique à 17 ans, c’était totalement malsain pour moi, ça prenait toute la place dans ma tête, j’ai été totalement dévasté de me prendre un râteau pendant des mois, j’idéalisais totalement l’objet de mes sentiments…

Je n’ai jamais eu d’amour romantique sain dans des circonstances saines.
Quand ça va, je suis aromantique. Et je suis capable de forts attachements, de relations queer platonique… mais sans perdre le contrôle ou idéaliser la personne. Et sans que mes sentiments soient romantiques.

En pratique je n’ai eu que deux fois des sentiments clairement romantiques, et une fois des sentiments à la limite du romantique. Chaque fois en période de mal-être et de troubles psy.

2) En phase d’anxiété et dépression, ma libido augmente. Je dis bien ma libido (niveau d’excitation, fantasmes…) et non mon désir de coucher effectivement avec des personnes. La libido devient un moyen de gérer et d’oublier le stress, la tristesse, et tout ce qui ne va pas.

3) L’hypersensibilité sensorielle impacte mon rapport aux câlins et à la sexualité.

4) J’ai souvent eu l’impression d’avoir une attirance romantique ou sexuelle (ou été dans le flou) quand en fait non. En réalité c’était alors un fantasme, ou de l’attirance esthétique, amicale, câline.

C’était lié au manque d’info sur tout ce qui existe hors de homo/hétéro, mais aussi aux difficultés à reconnaître les émotions et sentiments.

5) Ce que les NT appellent « amour romantique » et surtout « amitié » ne me parle pas. De mon point de vue, leur façon de vivre l’amitié est trop superficielle, grégaire et consommatrice. Et leur façon de vivre le couple ne me parle pas plus. En outre, je n’ai jamais compris leur séparation amitié / couple / plan cul.

Moi de mon côté je m’attache beaucoup aux gens une fois que ce sont des amis. Et du coup ça ressemble parfois extérieurement au fait de « tomber amoureux ».

Bref. Si mon orientation est complexe, pleine de variations et de paradoxes apparents, c’est parce que je suis autiste, HP complexe et tout le reste.

6) Je n’ai pas forcément beaucoup de disponibilité mentale pour les attirances sexuelles et romantiques. En période normale, il y a les intérêts spécifiques et le manque de cuillères.

En période de mal-être il y a les idées noires, la tristesse, la peur de l’avenir, l’ennui, les addictions, encore plus de fatigue… (anxiété-dépression, TCA).

Le vécu politique

J’ai parfois l’impression de ne pas avoir vécu tant de problèmes que ça autour de mon orientation (bi, spectre aro et ace, polyA).

En fait c’est surtout parce que la psychophobie et le validisme me placent d’emblée hors des normes genrées hétéro. En tant que personne HP complexe et autiste je suis classé comme asexuel (voire aromantique) par défaut. Pas intéressé par les relations, pas sociable ni empathique, bizarre (geek, intello, nerd), pas désirable, incapable de séduire… Exclu socialement des filles et garçons (valides NT) , des homos et des hétéros (valides NT).

Mes autres atypies neuro-psy (TOC, « passif agressif », troubles alimentaires, dépression…) et physiques (faiblesse musculaire, scoliose, acné) renforcent ça.

Au bout du compte, même si j’étais hétéro je ne serais probablement pas considéré et traité comme tel par les NT (hétéros).

Pendant ma scolarité j’avais réussi à faire croire que j’avais des relations avec des filles et des attirances pour des filles, et tout le monde y a cru. Très peu de gens m’ont sérieusement soupçonné d’être gay. On me posait des questions sur « les filles » comme pour les autres. Bref on me croyait hétéro (par défaut si on est pas perçus comme homo on est classés hétéros). Et des années plus tard j’ai recroisé des gens qui me croyaient encore hétéro.

Pourtant on ne me traitait pas avec le respect que les personnes hétéro reçoivent normalement.

=> j’ai eu des blagues, propos et gestes sexuels déplacés (que les garçons NT ne se permettaient qu’avec les filles et avec moi, voire seulement avec moi) assez souvent

=> du harcèlement moral, du racket et des violences physiques (incluant insultes psychophobes, sexistes et homophobes)

=> de l’exclusion directe et subtile

=> j’étais tellement désexualisé pour les gens que l’idée d’avoir une relation avec moi était une blague en soi

=> mes parents s’inquiétaient que je ne sois pas assez désirable et m’emmerdaient

=> mes parents et mes camarades s’inquiétaient de mon manque apparent d’intérêt pour les relations sexuelles et romantiques (en fait ils avaient peur que je sois ace et aro) à cause de l’autisme (j’avais l’air plus absorbé par mes intérêts spécifiques que par le sexe)

=> j’avais intériorisé que j’étais pas désirable par nature et que c’était un drame
Etc, etc

Et tout ça, c’est arrivé du fait de la psychophobie. J’avais beau avoir fait croire que j’avais des relations avec des filles et caché mes attirances pour les garçons avec succès, j’étais quand même exclu du privilège hétéro. J’étais perçu comme freak ou comme non-sexuel et non-désirable d’office.

Et si j’avais réellement été hétéro je suis persuadé que ça aurait été pareil.

De même, dans le milieu homo j’ai toujours été marginalisé et désexualisé. Et ce n’était pas parce que j’étais sur le spectre aro et ace (ce que personne ne savait, même pas moi) mais parce j’étais autiste.
Là encore, ça aurait été pareil si j’avais été simplement gay (allosexuel et alloromantique, cad ni ace ni aro).

Bref. Je n’aurais pas vécu beaucoup moins de discrimination (études, emploi), de violences (physiques, morales et sexuelles), de négligence parentale, de manque de respect, d’exclusion… Si j’avais été hétéro (ou même gay, ce qui reste mieux accepté que bi, aro, ace…). 

Mis à part quelques incidents spécifiques (le médecin au dépistage VIH qui m’explique que c’est pas bien de coucher avec des garçons, mes parents qui m’outent comme « gay » sans me demander, les gens qui nient que je sois bi, ceux qui croient que je vais draguer leur copain car bi et poly…). Ces incidents-là n’auraient pas eu lieu si j’étais hétéro monogame.

Socialement mon orientation est la cerise sur le gâteau (mais pas le gâteau).

Donc je n’aurais pas vécu beaucoup moins de discrimination, violence, manque de respect… en étant hétéro. 

Parce que j’aurais été exclu de la norme hétéro de toute façon. Quelle que soit mon orientation réelle.

Par contre, au niveau psychologique, l’homophobie, la biphobie, l’acephobie, l’arophobie, la polyphobie ont fait une différence importante.

Déjà car le placard (et la peur de l’outing) c’est pénible et épuisant. C’est devoir mentir, inventer et cacher des choses, me cacher pour téléphoner, vivre avec une épée de Damoclès… Et ce alors que j’ai moins de résistance au stress et de facilité à mentir que les NT.

Ensuite car j’ai galéré à gérer mes attirances (ou non-attirances), mes relations… sans avoir le vocabulaire, les concepts et le soutien appropriés. Par exemple j’avais intériorisé que tout le monde a du désir et des relations sexuelles, et que je devais moi aussi passer par là, et donc je me suis (1) forcé et (2) mis à la merci de prédateurs. Au lieu de vivre sereinement mon côté asexuel (je l’aurais fait si j’avais su).

Plus le malaise et la honte de ne pas avoir la bonne orientation.

Bref.

Publicités

15 réflexions au sujet de « Gay ? Bi ? Aromantique ? Pan ? Asexuel ? »

  1. Le petit bref à la fin…
    Déjà toi tu n’as pas eu cela avant, les terminologies, concepts, etc. Mais maintenant tu les as… Et tu nous les donnes. Je viens par exemple avec ton article de découvrir me rapprocher très très fortement de l’aromantisme, ou plutôt grey/quoi… Avec les coups de Coeur et tout… ‘fin c’est une claque quand on se croyait « romantique » comme au XIX et Coeur d’artichaut… Et je ne pense pas être la seule qui puisse profiter d’un article de cette qualité.
    Ensuite, même si on donne aux autres, il reste une part de soi qui face au passé  » hum. Malaise. Si j’avais su. « . Surtout lorsqu’il y a eu un passif d’abus… Là je peux concevoir qu’il soit… Moins aisé de passer au-dessus de son passé et de ne pas se dire « j’aurais pu l’éviter si j’avais su ». Mais je ne veux préjuger, si cela se trouve tu ne penses absolument pas cela.

    Un  » passe » devenu « passé » je sais plus trop où dans ton article. Je hais les relecture même en relisant j’en oublie… Alors au risque que ce soit mal pris, j’aide autrui avec ses fautes d’orthographe/ d’inattention.

    Enfin, maintenant que tu sais, tu arrives à l’appliquer ? Le dire ? Te respecter ? Parce que ce n’est pas toujours aisé… J’aurais presque envie de mettre un hastag autisme pour la blague. Hum. Bref.

    En tout cas, tu as trouvé, tu peux relire ton passé sous cet angle, et tu peux aussi être bien derrière. Sans nier ce qui a été vécu, je ne sais juste pas comment y répondre. La partie témoignage personnel apporte toujours beaucoup mais je ne sais jamais comment y répondre.

    Dernière question : Polyamour, ce concept m’est étranger, je sais ce que c’est mais à éprouver… C’est difficile. Je suis assez paire, deux, quand même. Du coup cela m’intéressait de voir et comprendre, si tu as une ressource éventuellement fiable, ou un jour l’idée de faire un article sur ce sujet spécifiquement s’il te plait !

    Cordialement,

    Aimé par 1 personne

    1. Après le polyamour peut tout à fait marcher « en paires », il y a des gens qui ont un couple principal et d’autres relations autour (même si du coup, ça crée des dynamiques de pouvoir pas toujours saines entre justement le couple central, et les autres autour qui sont traité.es comme des « satellites » ou pire).
      Il y a des gens qui ont plusieurs relations de couple, mais chaque relation ne contenant que deux personnes.

      Bref il y a toutes les possibilités.
      Perso, j’ai parfois des « crush » (enfin c’est pas vraiment romantique et je sais pas comment appeler ça, bref) sur des couples hétéros, donc là évidemment c’est une relation à trois dont j’ai envie, mais c’est pas une généralité.

      J'aime

  2. Question oubliée… Est-ce que l’on est vraiment par nature cette orientation ou la NA (HQI complexe, autisme) donne un comportement, un fonctionnement, etc. Qui peuvent se retrouver dans ces orientations ? L’étiquette collée sur un fonctionnement provenu de autre chose (aucune connotation péjorative à étiquette ici) ? Je ne sais pas si je suis claire…

    J'aime

    1. Oui clairement, par exemple la difficulté à distinguer, comprendre et identifier clairement les émotions (liée au HP-C et à l’autisme) chez moi joue clairement un rôle, dans le fait que justement il y ait pas l’amitié d’un côté et l’amour romantique de l’autre.

      Par ailleurs, je suis incapable de ressentir ou de partager ce que les neurotypiques appellent « amitié » (ou « potes », etc), comme je disais dans l’article, mes attachements sont bien trop profonds et durables, alors que cette forme de relations est superficielle, consommatrice (centré sur le plaisir immédiat, pas d’effort pour connaître réellement les gens ou les soutenir en cas d’emmerdes, les personnes pas assez « positives » ou populaires sont zappées même si c’était des amis avant, on se fait des amis en quelques jours puis on change d’amis comme de chemise selon les circonstances de sa vie…), théâtrale (au sens de théâtre social, démonstrations d’amitié même si il y a rien derrière) et grégaire (le groupe, la place dans le groupe, le regard du groupe et du chef de file…).

      Je suis aussi incapable de partager ce que les NT appellent « amour romantique », sauf en tant que béquille (et béquille assez mauvaise voire toxique en plus) quand ça va vraiment pas du tout dans ma vie, que j’ai rien d’autre à quoi me raccrocher (pas d’intérêt spécifique, pas d’amis, pas d’espoir d’amélioration…).

      J'aime

  3. J’adore les vidéos d’Alistair aussi ❤ Je crois qu'on a nécessité de définir de plus en plus de catégories parce que les relations amoureuses et sexuelles, les attirances romantiques ou sexuelles sont de plus en plus codifiées, tout en semblant moins l'être théoriquement, socialement (+ de souplesse dans ce qui est accepté). Comme s'il fallait forcément porter une étiquette, se mettre dans une case, savoir se "définir", comme si un vécu/ressenti n'était légitime que s'il entrait dans une catégorie. Je suis fascinée par la richesse de ces nouvelles terminologies, et tant mieux si ca aide des personnes à mettre des mots sur comme ce qu'elles ressentent (moi la première, je ne crache pas dessus), mais au final le vrai problème n'est pas de trouver des mots qui collent aux comportements ou ressentis mais d'accepter que chacun puisse avoir un ressenti unique et changeant.

    Merci pour ton témoignage, aussi, au fait, c'est toujours intéressant de voir comme d'autres personnes vivent ces questions 🙂

    Aimé par 2 personnes

    1. Si je peux me permettre de te répondre sur les étiquettes… Avant j’étais contre absolument avec une critique brutale puis j’ai un peu réfléchis. Je trouve que mettre des étiquettes aide, parce que « tous unique ressenti » alors évidemment mais c’est difficile à définir, rien n’est clairement dit, établi et j’ai un mal de chien avec cela. Les étiquettes je les prends comme des étiquettes alimentaires, avec une description du produit dedans, comme les grandes classes et les grands genres « végétaux, animaux, poissons, etc. », pour moi elles permettent une définition sémantique générale, même si après chacun a ses traits sémantiques individuels (l’analyse sémique, même si elle a des limites, est hyper intéressant là-dessus). Les hyperonymes, les grandes classes, ont des hyponymes, parfois fixes, qui se spécialisent de plus en plus en plus jusqu’aux virtuèmes (traits distinctif individuels voire spécifiques d’un individu). Mais on a une classe plante qui partage des propriétés. Et parfois cela aide à poser des mots sur son ressenti même… J’essaie d’écrire sur les relations depuis plus de deux mois, avec un ressenti qui ressemble beaucoup à celui de l’article sans arriver à être claire même avec moi-même. En plus, ces termes sont des raccourcis efficaces, même si il faut parfois expliquer derrière, préciser. En tout cas, là, en ayant ces étiquettes, j’ai compris beaucoup de choses, on découvre même la signification de traits, de comportements observés chez soi, des trucs non-notables ou incompris qui s’éclairent. Donc catégoriser pour moi semble purement informatif, et donc utile à ce sens. Même si derrière on ne fige pas et ne juge pas selon cela

      Aimé par 1 personne

    2. Je ne suis pas contre loin de là !!! pardon si je me suis mal exprimée. Je sais que c’est un processus nécessaire et je ne critiquerai jamais l’usage d’étiquettes par les personnes qui en ont besoin (comme dit, je suis la première à les avoir cherchées pour moi !). Je suis juste intriguée par la multiplication de mots autour des relations romantiques et sexuelles ainsi que du ressenti du genre. Vivre hors étiquette n’a pas l’air d’être accepté, être sans étiquette est une souffrance pour la personne qui se sent hors-normes, alors on peut créer des mots à l’infini puisque chaque ressenti est personnel et unique. Je ne critique pas, je suis fascinée (PS : je suis linguiste, aussi, et j’adore quand on crée de nouveaux mots 😀 mais je comprends les réalités sociales et psychologiques derrière).

      Le concept de « neurogenre » me plaît particulièrement 😉 par exemple

      Aimé par 2 personnes

    3. neurogenre ? Ah oui j’ai du le voir quelque part ! Eh bien, personnellement je le vis plus comme une souffrance parce que rien n’est clair et que c’est le bordel après, mais oui c’est vrai que ce qui n’a pas de nom est considéré comme hors-normes… Voire n’existe pas ! Quand on va voir dans le détail c’est vrai qu’il y a de ces termes… Ou plutôt tellement que l’on peut se poser des questions sur ce que l’on nomme ou non ! Mais je comprends le pdv que je partage !

      J'aime

    4. Et hum, linguiste, tu as fais science du langage ? Ou autre chose ? ce qui veut dire que tu as des cours ? Des références biblios ? Des infos ? Tout ceci m’intéresserait beaucoup si tu as s’il te plaît ! Ou rien que poser des questions sur certains concepts peu clairs, discuter de linguistique hors cours chiants aussi… (je suis en lettres modernes mais nous avons de la linguistique… logiquement.)

      J'aime

    5. j’ai commencé par lettres aussi, puis SdL en master de recherche et début de thèse, mais je ne suis pas formée sur tous les domaines… et je me suis beaucoup autoformée, beaucoup de mes cours étaient décevants. Tu peux me contacter en MP via mon blog, je serais ravie de voir ce que je peux apporter (ou pas, on verra 😉 ) !

      J'aime

    6. Perso je pense que la myriade d’étiquettes queer est politiquement importante. Parce que soyons honnêtes, entre des cis-hétéros (allosexuels, alloromantiques, ça je l’inclus dans « hétéro ») valides, en général, il y a pas tant de différence que ça dans leur vécu de la sexualité, du couple, des attirances…
      Donc évidemment, EUX n’ont pas besoin de 10000 étiquettes et peuvent se ranger sous les mêmes sans souci.

      Par contre, il y a difficilement plus divers que les personnes queer. Ou même chaque sous-groupe. Il y a des homos qui le sont toute leur vie et d’autres qui le deviennent par changement d’orientation.

      Dans toutes les personnes bi (ou pouvant s’identifier bi), il y a des personnes ace et aro, des personnes dont l’orientation sexuelle et romantique ne « correspondent pas », des personnes attirées par les couples, des personnes à l’orientation fluide, des personnes qui veulent être en couple hétéro mais avoir des plans à trois avec une personne de leur genre… et puis bien sûr les fameuses personnes bi que tout le monde connaît, qui sortent avec des femmes et des hommes à 50-50. Des personnes attirées par les hommes et les femmes (avec proportions variables), d’autres juste par les non-binaires, ou par tous les genres, etc.

      Et pareil dans la diversité des genres. Ou dans le spectre ace et aro.

      Et toutes ces différences sont concrètes et importantes (ça a pas les mêmes implications d’être ace après un trauma, ou ace depuis toujours par exemple), personnellement et politiquement.

      De plus, avoir des centaines d’étiquettes est important d’un point de vue de communication. Alors bien sûr, les glandus vont râler toujours que « ça fait trop d’étiquettes le public va être perdu ». Mais perso je trouve que justement, en voyant ça, le public est plus à même de comprendre et d’accepter la VRAIE diversité des personnes queer, et qu’elles sont TOUTES légitimes à être respectées et incluses.

      Le fondement de l’hétérosexisme (homophobie, biphobie, acephobie, arophobie) et du cissexisme c’est aussi ça, d’ailleurs.
      De base prétendre que tout le monde est cis et hétéro. Et ensuite, si c’est pas le cas, vouloir ranger les gens dans des petites cases rigides (soit t’es homo soit t’es hétéro et ça changera jamais de ta vie; à la limite tu peux être bi mais seulement à 50-50…). Bref, effacer la diversité queer.

      Par contre, là où ça pose problème, c’est quand on veut imposer aux gens d’avoir une étiquette, ou pire de rentrer dans une étiquette « reconnue », qu’on fait des hiérarchies de valeur entre les étiquettes…

      Aimé par 1 personne

    7. J’espère que je ne me suis pas fait mal comprendre, je suis totalement pour tous ces mots, personnellement et politiquement. Je sais bien à quoi ils servent.
      J’étais juste en train de me faire la réflexion que c’est incroyable (et génial, quelque part) à quel point l’omniprésence, la rigidité et le poids d’une norme unique nous pousse à chercher toujours plus loin d’autres définitions des sexualités, relations amoureuses, etc. Je ne suis pas sûre cela dit que les personnes hétéro-cis-monogames etc. soient un groupe aussi monolithique qu’il paraît. Je pense qu’il y a une norme imaginaire véhiculée et que plus on se rapproche de cet idéal imaginaire, plus on est légitimé socialement/politiquement. Mais plus on parlera de et acceptera de divergences, plus d’autres personnes se reconnaîtront dans la différence et sortiront de la comédie de la normalité. Que ce soit pour les attirances et la sexualité, les relations amoureuses, le genre… ou, plus généralement, pour tout le reste. (les neuroatypies par exemple amèneraient – j’en rêve, un jour – les neurotypiques à revoir leur définition de la normalité et de la majorité, et à libérer chez eux-mêmes leurs particularités ; mais on diverge peut-être sur ce point donc ce sera une discussion pour une prochaine fois 🙂 )

      Pour revenir à la question des attirances etc., je me ressens comme tellement sortant de toute étiquette (ou fluide) que j’ai décidé de ne plus en utiliser aucune (je n’en ai plus besoin pour moi, donc tout va bien), même si de l’extérieur sur ma situation présente, ca semble juste que je suis hétéro monogame tout ce qui a de plus « normal » :p Merci donc du rappel : on a le droit de changer, on a le droit de ne pas savoir, et on a le droit de s’en foutre aussi et tant pis pour les autres qui aimeraient nous définir mais ne le peuvent pas 😀

      J'aime

  4. Eeeet je rajoute un dernier truc, j’ai l’impression que aromantique et asexuels sont tout de même plus connus et traités que les grey… J’ai du mal à trouver des ressources sur les greys, des témoignages… Comme le tien. Ensuite, le souci, autre, en société étant cette séparation amitié, amour, l’on est obligés parfois de chercher la relation amoureuse pour satisfaire le « queerplatonic » ou pouvoir vivre notre grey-romantisme, plutôt, plus librement. Pas que comme chaque relation a ses codes de communication et de comportements chez les humains, avec des amis c’est ceci, en couple c’est ceci et nous on ne peut pas trouver notre compte donc ployer pour pouvoir espérer un peu… C’est dommage et aliénant.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s