Autisme·Psychophobie

Analyse des insultes psychophobes

Point vocabulaire.

Neuroatypique = personne hors des normes psychiatriques, mentales et neurologiques dominantes. Quelles que soient les raisons (trisomie, schizophrénie, bipolarité, borderline, PTSD, haut potentiel, dys, anxiété, autisme, TOC, TDAH, etc). Mot pour remplacer « les fous » (et tous les autres mots stigmatisants).

Neurotypique = personne dans la norme mentale, neurologique et psychiatrique dominante. Façon plus respectueuse de dire « les gens normaux ».

Psychophobie = ensemble des violences institutionnelles, des violences physiques, morales et sexuelles, des discriminations, de l’exclusion sociale, de la stigmatisation, des clichés et… des insultes (c’est le sujet ici), contre les personnes neuroatypiques.

Effet plante verte = situation où une personne est en apparence acceptée dans un groupe, mais est en réalité exclue des conversations, ignorée… 

(Avertissement : l’article est rempli de vocabulaire psychophobe, puisque c’est le sujet).

Je parlerais ici spécifiquement de l’utilisation de ces mots comme insulte, contre un groupe de personnes ou une personne en particulier. Par exemple insulter quelqu’un de « timbré », « schizo » ou « triso ».

Je ne parlerais pas de l’utilisation de ces mêmes mots pour faire des blagues (par exemple sur la schizophrénie).

Je ne parlerais pas non plus de l’utilisation à tort et à travers de ces mots, pour parler de n’importe quelle situation ou pour parler de soi. Exemples : « ça m’a fait un électrochoc », « j’ai l’impression d’être schizophrène, je suis pas la même personne à la maison et au travail », etc.

Ces usages peuvent être problématiques aussi, mais s’analysent différemment je pense.

Je ne pense pas non plus aux personnes concernées qui utilisent ces mots elles-mêmes par humour. Par exemple, des personnes autistes qui utilisent ces mots entre elles (par humour), qui font des blagues sur le sujet… c’est tout à fait différent. Puisque justement, elles SONT concernées. Ce n’est pas pareil que quand des personnes non-concernées (en particulier neurotypiques) le font de l’extérieur.

Maintenant que j’ai précisé de quoi cet article ne parle PAS, on peut aller au but. Les insultes psychophobes.

Au-delà de faire la liste des insultes psychophobes, de montrer qu’elles sont blessantes et à éviter, je trouve intéressant de voir :

-à qui chacune d’elles s’adressent

-ce qu’elles sous-entendent

-pourquoi les gens les utilisent (quelle fonction sociale il y a derrière ces mots)

En effet, chaque insulte vise des personnes et des comportements précis, dans des contextes spécifiques.

Les catégories d’insultes psychophobes

1 ) Les insultes qui font directement référence à la santé mentale et à la psychiatrie (de manière générale), d’abord. Fou, taré, timbré, schtarbé, maboul, dérangé, zinzin, « il lui manque une case », « elle a pas le gaz à tous les étages », « il a été bercé trop près du mur »…

2 ) Les insultes qui font référence au manque d’intelligence. Débile, QI d’huître, demeuré… En théorie, ces insultes peuvent viser n’importe qui, y compris des neurotypiques supposés peu intelligents (pour une raison X ou Y).

Cependant, dans les faits, elles stigmatisent surtout les personnes à bas QI, les personnes trisomiques, les personnes non-verbales (plein de gens pensent que ne pas parler = débilité), les personnes dys… Et plus généralement toute personne atypique qui « a l’air débile ».

Le mot « cancre » peut être utilisé comme ça. Ce n’est pas forcément le cas. Le mot peut être utilisé contre toute personne (neurotypique ou non) qui a des mauvais résultats à l’école / dans ses études, et/ou qui ne fait pas d’efforts dans ses études et s’en fiche.

Cependant, dans les faits, beaucoup de personnes neuroatypiques ont des difficultés dans leur parcours scolaire, pour plein de raisons différentes. Ces raisons tournent souvent autour de l’exclusion sociale, de la stigmatisation, de la violence, et du fait que l’enseignement n’est pas adapté. Donc, le mot « cancre » peut facilement prendre un sens psychophobe.

Il y a aussi les insultes qui font référence aux handicaps (qu’ils soient intellectuels, sociaux…). Comme par exemple « handicapé ».

3 ) Les insultes qui font référence à une neuroatypie en particulier. Schizophrène, trisomique, borderline, maniaque, dépressif, autiste, psychotique, hyperactif, hypersensible, toqué etc.

4 ) Certains mots ne semblent pas faire référence à ce sujet, à première vue. Sauf qu’en fait (très souvent) si.

Les mots comme assisté et profiteur d’allocs, à la base, sont du mépris de classe (contre les pauvres, les chômeurs…).

Ils peuvent prendre un sens psychophobe lorsque c’est utilisé contre des personnes neuroatypiques. Beaucoup de gens pensent que les handicaps sociaux, psychiques, mentaux, ne sont pas des vrais handicaps, ou ne sont que des « handicaps secondaires » (sic), que c’est « que dans la tête », que l’autisme c’est « un effet de mode », que la dépression, l’anxiété et les TCA sont des caprices, etc etc.

Du coup, à leurs yeux, ça semble abusé que les personnes concernées reçoivent des aides publiques.

Le mot excentrique n’est à la base pas une insulte. Cependant il est souvent un euphémisme pour parler de personnes neuroatypiques qui ne cachent pas leurs différences. Un euphémisme pour fou, bizarre, etc.

Le mot personnalité difficile est souvent aussi utilisé comme un euphémisme pour « neuroatypique qui dérange » aussi.

Le mot intello est très souvent utilisé contre des personnes neuroatypiques (autistes, surdouées, TOC…) qui ont des intérêts spécifiques qui ne rentrent pas dans la norme sociale de leur milieu. Ces intérêts étant en général l’histoire, à la sociologie, à la science, à la mythologie, à la littérature, etc. On reproche en général aux intellos, en outre, de ne pas partager les intérêts majoritaires des neurotypiques qui les entourent, de trop parler de leurs propres intérêts, d’être des chouchous de l’autorité (en général à tort), de trop bien réussir.

On reproche souvent à ces personnes d’être hautaines ou arrogantes (parce qu’elles ne savent pas communiquer comme les neurotypiques l’attendent, parce qu’elles sont ou ont l’air solitaires, parce qu’elles s’intéressent à des sujets intellectuels…).

Il y a souvent une bonne part d’envie et de jalousie mal placées envers la personne dite intello. Aux yeux des autres, cette personne est mieux vue et mieux traitée par les figures d’autorité (patron, prof, parent), tout est plus facile pour elle grâce à son intelligence, elle va forcément réussir sa vie sans effort et j’en passe.

Sans amis est aussi une insulte à éviter en général. Ça craint de stigmatiser les personnes seules (que ce soit par choix ou pas). J’en parle déjà ici.

C’est une insulte, très souvent, psychophobe. En effet, les personnes isolées (ou qui semblent isolées) sont souvent neuroatypiques.

D’une part, parce que pour beaucoup, le contact social avec les neuroatypiques, voire le contact social avec n’importe qui, peut être fatigant et/ou pénible (ou pire). Il y a beaucoup de raisons. Fatigabilité rapide (cf la théorie des cuillères), hypersensibilité au bruit, au toucher, aux odeurs et à la lumière, phobie sociale, agoraphobie…

D’autre part, parce que les personnes neuroatypiques sont souvent exclues, mises à l’écart, ou non-respectées, dans les interactions sociales.

Je parle d’abord du harcèlement (scolaire, professionnel, dans l’espace public…), des violences physiques, de l’exclusion claire d’une personne.

Mais je parle aussi du fait de traiter les personnes comme des plantes vertes, bonnes poires, singes savants, défouloirs, faire-valoir, caution (« j’ai un ami autiste donc je suis tolérant », etc), créatures exotiques.

Des blagues répétées qui servent en réalité à rappeler à la personne son statut. Du non-respect des limites et besoins spécifiques de la personne (ex : pousser lourdement une personne avec un trouble alimentaire à manger contre son gré, toucher une personne hypersensible au toucher…). Des remarques et questions déplacées. De la négation de la situation (ex : « ton anorexie c’est juste un caprice »). Des injonctions (à sortir, faire du sport, faire un régime, manger, etc). Du refus de s’excuser après de tels propos.

Bref, il y a plein de raisons qui font que des personnes neuroatypiques sont « sans amies » (beaucoup plus que pour les neurotypiques). C’est souvent quelque chose de subi et/ou une source de souffrance.

Plante verte. Cette insulte vise souvent les personnes qui ne parlent pas beaucoup dans une conversation, qui ont l’air de n’avoir rien à dire, etc.

Pour moi, cette insulte est à peu près du même tonneau que l’insulte « sans amis ». De plus, les personnes qui ont un rôle de plante verte dans un groupe sont souvent dans ce rôle parce qu’elles sont mises à l’écart, parce qu’on ne les inclut jamais dans la conversation, qu’on répond à peine quand elles parlent, etc. Bref, être une plante verte c’est un statut (imposé) plus qu’autre chose.

Entre le sans amis et la plante verte, il n’y a pas énormément de différence en réalité. Le sans amis est la personne qui est seule dans son coin. La plante verte est autorisée à s’asseoir avec le groupe, mais n’en fait pas plus partie en réalité.

Victime. Les personnes exclues, harcelées, etc, sont souvent appelées avec mépris et dérision des « victimes ». Encore une fois, cela ne reflète en réalité pas leur personnalité, mais le statut social qu’on leur assigne.

Cette insulte est intéressante, parce qu’elle sert à justifier la violence, tout en étant causée par elle. Autrement dit, la personne est traitée avec mépris et violence, ce qui fait d’elle « une victime » pour les autres, et le fait qu’elle soit « victime » justifie encore plus de violence, et ainsi de suite…

Cela ne concerne pas nécessairement que des personnes neuroatypiques, mais assez souvent, quand même.

Dans le cas de personnes autistes, par exemple, on dira ça aussi pour souligner que (à cause de leurs handicaps sociaux) elles ne « savent pas se défendre » ou s’imposer. Et donc que si on s’en prend à elles c’est de leur faute. « Il n’a qu’à arrêter de faire sa victime ».

No-life. Bien qu’elle soit utilisée à tort et à travers, cette insulte vise à la base des personnes qui ne sortent pas de chez elles, qui passent leur temps sur leur ordinateur à jouer aux jeux vidéos (et éventuellement à programmer, coder…). Ces personnes (au moins dans l’imaginaire) n’ont pas d’amis.

Les personnes dans cette situation peuvent avoir de réels problèmes, même des problèmes graves, je ne dis pas le contraire. C’est d’ailleurs une raison de plus pour ne pas l’utiliser comme insulte (c’est déjà assez la merde pour ces personnes sans les stigmatiser…).

L’insulte « no-life » vise surtout des personnes neuroatypiques, qui sont isolées socialement, et/ou qui sortent pas ou peu, et/ou qui ont des intérêts spécifiques liés à l’informatique et aux jeux vidéos, et/ou qui sont cyber-dépendantes.

Souvent des personnes agoraphobes, phobiques sociales, dépressives, autistes…

Geek. Le mot geek a pris des sens très variés, et n’est pas (plus) forcément une insulte, heureusement. Il peut être utilisé pour des personnes neurotypiques ou non. Même chose pour le mot nerd.

Cependant, ces mots peuvent devenir des insultes psychophobes facilement. Tout dépend de la personne dont on parle, de la manière dont c’est dit (si il y a un ton méprisant, etc).

Lorsque geek et nerd sont utilisés de manière psychophobe, c’est pour viser des personnes neuroatypiques qui ont des intérêts spécifiques pour l’informatique, les jeux vidéos, les jeux de rôle, la science-fiction, le fantastique, la mythologie, la science…

On leur reproche de trop s’y intéresser, de trop en parler, de ne pas assez s’intéresser à « autre chose » (c’est à dire aux intérêts des NT), etc. Un peu comme pour le mot « intello » en fait.

Toutes ces insultes (geek, nerd, no-life, intello, sans amis, victime…) vont souvent ensemble d’ailleurs.

L’utilisation de ces insultes entre neurotypiques :

Exemple : dans un groupe d’amis neurotypiques, A dit à B « tu es bipolaire ou quoi, arrête de changer d’avis comme de chemise ». Un peu plus tard, B dira à C « arrête de faire ton autiste ».

Dans ce cadre, on pourrait se dire que ce n’est pas grave, puisque aucune personne neuroatypique n’est visée et n’entend la remarque (en théorie). C’est plus compliqué que ça.

Déjà, si il y a une personne neuroatypique présente (et ça ne se voit pas sur la tête, merci), elle risque de se sentir exclue ou mal à l’aise. Surtout si elle fait partie du groupe directement visé (ici les bipolaires ou les autistes).

Sans forcément se sentir mal à l’aise, elle peut aussi trouver ça lourd (elle aura probablement entendu ça 300 fois avant…).

Plus grave, ces insultes servent à se rappeler que les neuroatypiques ce sont les Autres. Il y a les gens « normaux », et puis les Autres (les fous, les débiles, les handicapés…).

Le groupe social (neurotypique) fonde sa complicité sur l’exclusion des Autres, dont on se moque et qu’on insulte.

Ces insultes stigmatisent à la fois les comportements spécifiques des personnes neuroatypiques (les traits autistiques par exemple), et le fait d’être neuroatypique en soi.

Bien sûr, quand des neurotypiques s’insultent de « fou » ou « autiste » entre eux, ils ne le font en général pas méchamment, et n’ont pas l’intention calculée d’exclure ou de blesser. Cette mécanique d’exclusion est inconsciente. Mais elle est réelle.

Cela reste beaucoup, beaucoup moins grave, cependant, que d’utiliser des insultes psychophobes contre ses adversaires (notamment politiques) ou, pire encore, contre les criminels, les terroristes…

L’utilisation d’insultes psychophobes contre des adversaires

J’en parlerais plus en détail dans d’autres articles. Mais c’est une longue tradition d’utiliser des insultes ou sous-entendus psychophobes (débile, fou, instable, « il a été en hôpital psy quand il était jeune vous savez », etc) contre ses adversaires politiques.

Malheureusement, les milieux militants progressistes n’y échappent pas. Il n’est par exemple pas rare de voir ça utilisé contre les harceleurs sexuels, les harceleurs de rue, les violeurs… Les féministes qui utilisent cet argument se disent probablement que rajouter des insultes psychophobes, ça va rendre ces mecs (misogynes) plus antipathiques, que ça va enfoncer le clou, et montrer que leur comportement n’est « pas normal ».

L’utilisation de ces insultes contre les personnes violentes et criminelles

Exemples. « Les nazis devaient être fous ». « Ils sont tarés, les Tchetchènes, de persécuter les gays ». « Les terroristes du Bataclan, il devait leur manquer une case ». Etc.

Ce discours se retrouve dans les conversations ordinaires, bien sûr, mais aussi et surtout chez les journalistes, les politiciens, les experts… ce qui est bien plus grave.

Derrière ça, il y a le fait que les personnes neuroatypiques (aussi bien schizophrènes que borderline, autistes…) sont un bouc émissaire de toutes les violences. Comme par exemple :

  • Les meurtres, agressions… en général
  • Le terrorisme. Pas seulement le terrorisme islamiste. Mais aussi les attentats à la bombe de chrétiens fondamentalistes (contre les hôpitaux et médecins pratiquant l’IVG). Les tueries par des masculinistes, des suprématistes blancs, des homophobes…
  • Le viol
  • Le harcèlement de rue
  • Le harcèlement scolaire
  • Le harcèlement au travail
  • Les abus psychologiques et la manipulation (dans les relations intimes en particulier)
  • Les violences contre les femmes
  • Les violences contre les personnes bi, lesbiennes, gays…
  • Les violences contre les personnes trans et intersexes
  • Les violences contre les personnes noires, arabes, juives, asiatiques, latinas… (racisme)
  • Les violences contre les enfants, notamment les viols d’enfants
  • Les violences contre les personnes SDF
  • Le nazisme

Cela permet de ne pas réfléchir aux causes réelles, et de ne pas y apporter de solution (ces solutions qui demanderaient des efforts à tout le monde et surtout aux dominants). De ne pas remettre le status quo en cause.

Les causes réelles, cela peut être (selon le cas) le racisme, l’homophobie, la transphobie, la misogynie, le mépris de classe, la pauvreté, la complaisance sociale envers le viol et les abus, l’exploitation des gens qui travaillent, les guerres impérialistes, etc.

Il est donc plus pratique de dépolitiser la question, de déresponsabiliser les groupes dominants, et de décréter que les personnes qui commettent ces actes de violence sont des personnes isolées qui agissent à cause d’un problème dans leur tête.

En outre, cela permet aux neurotypiques de se dire « moi, je ne pourrais pas faire ça, car je suis normal ».

J’irais même plus loin : cela permet aux neurotypiques de s’auto-congratuler. D’affirmer leur supériorité morale et éthique sur tous les autres.

Ce que j’appelle « supériorité morale et éthique » c’est l’idée que les personnes neuroatypiques seraient violentes, imprévisibles, irresponsables, égoïstes, égocentriques, auraient moins (ou pas du tout) d’éthique et de scrupules, seraient naturellement criminelles, etc. De plus, seuls les « fous » et « débiles » seraient susceptibles d’avoir des idées racistes, misogynes, homophobes…

En miroir de ça, les personnes neurotypiques seraient bonnes, gentilles, bienveillantes, altruistes, responsables, etc.

Beaucoup d’œuvres culturelles (films, séries…) reflètent ça. La plupart des neuroatypies y passent au cinéma. Schizophrénie, personnalité multiple, bipolarité, borderline, TOC, TDAH, autisme, haut potentiel…

Je ne développe pas plus ici, j’ai prévu d’écrire des articles sur la psychophobie au cinéma et dans la culture en général.

L’utilisation de ces insultes contre une personne neuroatypique, en tant que telle

Comme on l’a vu, il y a différents types d’insultes. Certains mots qui ne sont pas à la base des insultes, et/ou qui ne parlent pas à la base de personnes neuroatypiques, deviennent des insultes psychophobes dans certains contextes.

Perso, je trouve que ces insultes psychophobes qui ne disent pas leur nom, ce sont les pires d’ailleurs.

Les insultes reflètent le dédain pour les personnes neuroatypiques (et leurs atypies), les torts qu’on leur reproche et dont on les punit.

Ces insultes peuvent porter sur l’intelligence (pas assez ou trop élevée), la santé (mentale et psychique), le fonctionnement de l’esprit, les interactions sociales, et l’expression de la personne (langage verbal et non-verbal, look, intérêts…). Elles réduisent la personne à ces aspects (et à la vision biaisée et cliché que les autres en ont).

Ces insultes servent à humilier la personne, à l’exclure, à la décrédibiliser (et à décrédibiliser ses opinions, ses demandes, ses besoins…), à rappeler à la personne son statut inférieur et défectueux, à la faire taire.
Elles servent aussi à véhiculer des injonctions.

Ces insultes servent à intimider. Elles précèdent souvent les coups, l’exclusion, la discrimination… et les justifient. Une personne neuroatypique qui reçoit ces insultes (surtout si ça lui est souvent arrivé) sait qu’il risque de lui arriver une merde ensuite.

Les torts reprochés aux neuroatypiques peuvent être très divers. Quelques exemples.

« Intello » = arrête de parler de ce qui t’intéresse toi, mais écoute-nous parler de nos intérêts (et adopte nos centres d’intérêt); ne montre pas ton intelligence, ça nous fait de l’ombre (et puis on est jaloux et envieux). Bref, reste à ta place.

« Cancre » = tu pourrais faire des efforts (même si l’enseignement et le contexte social de l’école ne te sont pas adaptés, que tu vas te briser la santé en t’y adaptant…) pour avoir des bonnes notes, rendre fiers tes parents, et être un bon neuroatypique obéissant.

« No-life », « Geek », « Nerd » = tu devrais te faire des amis (neurotypiques), t’intéresser aux mêmes choses que tout le monde et de la même manière que tout le monde. Ne t’intéresse pas trop à un sujet en particulier. Comporte-toi normalement.

« Handicapé » = Tu pourrais te bouger, pour bosser comme tout le monde, au lieu de demander de l’aide à ta famille et de profiter des allocs, que les honnêtes gens payent avec leurs impôts. Tu n’es qu’un handicapé, donc tu es moins important et a moins de valeur (tu es à peine une personne).

« Profiteur d’allocs », « assisté » = pas besoin d’en dire plus.

« Excentrique » = tu es bizarre, tu devrais te comporter normalement (mais on te le dit avec un mot d’apparence pas méchante parce qu’on est hypocrites).

Chaque usage de ces insultes renforce la dévalorisation et l’intimidation contre TOUTES les personnes neuroatypiques (pas seulement celles directement visées).

Conclusion

Les insultes psychophobes (y compris celles qui sont subtiles, implicites, indirectes) servent à décrédibiliser, à exclure, à humilier les personnes neuroatypiques.

A véhiculer des injonctions à leur égard.

A leur rappeler leur statut d’Autres inférieurs et défectueux.

A les intimider.

A justifier et rendre plus acceptable les violences, discriminations… à leur égard.

A les réduire à leur neuroatypie, aux clichés qui vont avec, et au regard des neurotypiques sur elles.

Bref, bien qu’il n’y ait pas de volonté consciente de nuire, ces insultes SONT des armes.

Elles servent en outre à réaffirmer la supériorité intellectuelle, sociale, morale, éthique des neurotypiques, et à renforcer le groupe (par l’exclusion des Autres).

Et elles sont une composante essentielle de la psychophobie, en tant que système qui englobe toute la société.

Les aspects les plus graves de la psychophobie (meurtres, internements forcés, mauvais traitements, coups…) sont inséparables de la culture qui permet que ça arrive. Et cette culture est véhiculée par les insultes psychophobes.

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